Le testament du président Hollande Réponse

Par Cyrano

Le voile est enfin levé. Jusqu’au dernier instant le suspens a été intense, et c’est exceptionnel en cette période où le secret est systématiquement transpercé par les fuites, comme une parabole de l’impossibilité à lever le mystère Hollande.

Le président de la République a annoncé ce soir qu’il ne se serait pas candidat à sa succession. Dans un discours écrit de sa propre main, il l’a fait avec les mots de la sincérité, avec tout l’épanchement dont ce grand pudique est capable. Des mots directs, empreints de conviction sur la question de son bilan. Des mots honnêtes lorsqu’il s’est agi de reconnaître ses erreurs. Des mots lucides pour constater que les conditions du nécessaire rassemblement autour de sa candidature ne sont pas réunies. Des mots de responsabilité face au risque de victoire d’une droite réactionnaire ou d’une extrême-droite dangereuse et lorsqu’il a placé l’intérêt du pays au-dessus de son ambition personnelle. Des mots non-dits peut-être qui auraient pu exprimer l’injustice du bashing incessant dont il a été l’objet.

A quelques exceptions près – dont celle, notable et regrettable, de Mélenchon –, la gauche salue avec plus ou moins d’emphase le courage de cette décision. Après l’avoir poussé dehors, le premier ministre célèbre « le choix d’un homme d’Etat ». Emmanuel Macron a tenté de trouver la mesure entre l’expression d’une sympathie personnelle et le risque d’être associé au bilan du sortant. Arnaud Montebourg a fait le service minimum, oublieux des combats communs, obnubilé par sa propre candidature. A droite, les éléments de langage ont rapidement été distribués par l’équipe Fillon, l’expression « aveu d’échec » revenant dans toutes les déclarations. Le jeu habituel de la politique dans un moment qui aurait certainement mérité mieux.

Reste à savoir désormais ce que les Français penseront de cette décision unique. Le lien, c’est vrai, était rompu, ils n’ont jamais vraiment compris le président et le chemin sur lequel il voulait les emmener. Beaucoup d’entre eux souhaitaient que François Hollande ne se représente pas. Il les a entendus, il ne s’est pas accroché comme tant d’autres avant lui, et il est donc probable qu’ils lui en rendent justice, comme d’ailleurs à son bilan : non seulement la France est dans une situation économique, sociale et budgétaire meilleure aujourd’hui qu’en 2012, mais les décisions pour préparer l’avenir ont été prises. On pense particulièrement aux marges de manœuvre redonnées aux entreprises pour rétablir la compétitivité de la France, et aux engagements environnementaux au travers de la COP21 et de la loi de transition énergétique.

En donnant l’exemple de la dignité et de la lucidité face à la situation actuelle, François Hollande élève la politique et montre la voie à suivre par son camp : celui de l’esprit de responsabilité, de la fin des aventures individuelles et du nécessaire rassemblement à gauche. C’est son testament. Mais gageons que son expérience de la nature humaine en politique ne l’engage pas à l’optimisme sur ce point.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s