Fillon-Juppé : la primaire des carpes et des lapins Réponse

Par Saint-Simon

On parle beaucoup du mariage pour tous depuis le 1er tour de la primaire de la droite et du centre. On devrait aussi parler du mariage des carpes et des lapins.

Bien sûr, il est de coutume, entre les deux tours des élections, que les vaincus du 1er tour et leurs amis se rallient à celui ou celle arrivé(e) en tête et les primaires ont cette vocation de rassembler une famille politique par un processus électoral. Mais ce qui se passe depuis dimanche en matière de ralliements dépasse de loin tout ce qui avait été observé jusqu’à maintenant.

Le camp Fillon connait ces derniers jours une croissance à la hauteur des chances de l’emporter de son champion. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’un rassemblement large qui va des centristes Morin, Sauvadet, Leroy, du gaulliste tendance chiraquienne Baroin, jusqu’à Frigide Barjot, Frédéric Poisson et Bompard, Lang et Chauprade, ex-frontistes qui se disent prêts à voter pour François Fillon à côté duquel Alain Juppé constitue à leurs yeux un dangereux gauchiste.

Les sarkozystes également sont de la partie, suivant comme un seul homme leur champion déchu qui, dans un second discours d’adieux, a donné son vote à son ex- « collaborateur » François Fillon, pourtant auteur à son propos de cette aimable formule : « imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? » 

Dans les bagages de Nicolas Sarkozy, citons notamment Rachida Dati et Eric Ciotti. Rachida Dati a beaucoup de mérite : elle a usé de tous les noms d’oiseaux (‘’désagréable’’, ‘’ingrat’’, ‘’mal élevé’’, ‘’méthode de voyou’’, etc.) à l’endroit de François Fillon et s’est rangée derrière Jean-François Copé dans la guerre qui a opposé les deux hommes pour la présidence de l’ex UMP. Le chapeau doit être difficile à avaler… Eric Ciotti, quant à lui, a longtemps été un lieutenant de l’ancien premier ministre avant de trahir pour soutenir un Nicolas Sarkozy lui apparaissant comme le seul capable d’affronter les défis du temps. Depuis lundi matin, le député des Alpes-Maritimes court les plateaux de télé et les radios pour dire tout le bien qu’il pense de celui qui est (re)devenu le sauveur de la France. Les ex-nouveaux convertis dépassent tout le monde en ferveur.

Que penser de Bruno Le Maire qui jurait ses grands dieux avant le 1er tour qu’il ne se rallierait à personne et qu’on retrouve désormais aux côtés du futur vainqueur pour sauver les sièges des parlementaires qui lui sont proches ? Risque-t-il de se trouver en contradiction avec François Fillon ? Peu de chances finalement puisque, malgré 1000 pages de programme, on ne connait toujours pas sa ligne politique.

François Fillon, on se doute, doit observer cet habituel petit ballet des bassesses politiques avec une pointe d’ironie. Mais les électeurs, eux, peuvent légitimement s’interroger : de quel côté penchera sa majorité, et sa politique avec, s’il l’emporte en mai 2017 : vers le centre ou vers l’extrême-droite ?

Du côté d’Alain Juppé, on en a presque de la peine pour lui, les ralliements sont nettement moins nombreux et d’un rapport électoral limité : NKM et ses 2,6%, Copé lesté de ses 0,3%. S’y ajoutent quelques centristes. Cette équipe restreinte aurait pu lui faire gagner en cohérence. Même pas. Entre Hervé Mariton, fer de lance politique de la Manif pour tous, ultra-libéral sur le plan économique, le droitier décomplexé Jean-François Copé et Alain Juppé qui se présente dans cet entre-deux tours comme un modéré en économie comme en matière de mœurs, on nous expliquera les convergences !

Les électeurs s’y retrouveront-ils dimanche prochain ? Il faudra bien qu’il y ait un vainqueur et ce sera probablement François Fillon. Ce sera plus difficile ensuite quand les différentes familles de la droite, plus éloignées que jamais les unes des autres, afficheront devant les Français dans leur ensemble un rassemblement aussi vaste qu’artificiel, et lorsqu’Alain Juppé appellera à voter pour François Fillon alors qu’il juge son programme « brutal et irréalisable ». Dans ce camp aussi, la clarification serait nécessaire entre toutes ces carpes et ces lapins, au risque d’un quinquennat difficile en cas de victoire à la présidentielle. Les mariages électoraux ne durent jamais très longtemps. La gauche vient d’en faire la difficile expérience.

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