Quel bordel ! Réponse

Par Renaudot

Rarement la vie politique, sous la Vème République, n’a connu, qu’on nous pardonne cette expression un peu crue, un tel bordel.

A droite, à quelques jours de la primaire, trois candidats seraient désormais dans un mouchoir de poche selon les derniers sondages dont nul ne peut dire la fiabilité puisqu’on ne connait pas le corps électoral de cette élection.

Alain Juppé, grandissime favori depuis plusieurs mois, ne parait plus si certain de l’emporter et a besoin d’une participation large allant jusqu’aux centristes voire jusqu’à la gauche, participation qui pourrait lui faire défaut si une partie de l’électorat qui semblait lui être promis le déserte en se disant que Macron c’est mieux et en plus jeune.

Celui qui paraissait le candidat naturel au moment de son retour en politique, Nicolas Sarkozy, ne l’est plus mais n’a pas abdiqué ses chances, boosté qu’il est par le brexit et le vote américain et cette tentation populiste dont il pense qu’elle n’épargnera pas la France. Lui compte sur la mobilisation du cœur de l’électorat de droite, n’hésitant pas à apporter le crédit d’un ancien président aux idées lepénistes.

François Fillon plafonnait depuis des mois à 10% dans les enquêtes d’opinion. Il connait une envolée sondagière remarquable, au point que sa victoire ne parait plus absurde. La candidature d’Emmanuel Macron pourrait lui profiter, de même qu’à Nicolas Sarkozy, en affaiblissant celle d’Alain Juppé.

Les résultats du 1er tour de la primaire, dimanche, promettent des surprises et l’entre-deux-tours s’annonce particulièrement tendu, notamment sur l’enjeu essentiel des ralliements. Quant à l’après…

À gauche, la situation est bien pire. Tentons de résumer : une primaire tardive, fin janvier, qui ne rassemblera guère que les socialistes, les radicaux de gauche et quelques ex d’EELV ; une multiplication des candidatures hors primaire : Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, peut-être un communiste, deux trotskistes et désormais Emmanuel Macron ; celui-ci, ex-conseiller de l’Élysée et ex-ministre, fort d’une popularité transpartisane, qui fait acte de candidature sans passer par la case ‘’primaire’’ au risque de diviser encore la gauche au 1er tour de la présidentielle ; un premier ministre qui piaffe d’être candidat et qui pour y parvenir tente de décourager une candidature du président, frise la crise institutionnelle en lui faisant publiquement la leçon, organise une coterie en débauchant ses amis de 30 ou 40 ans.

Ajoutons-y des femmes politiques importantes à gauche, manifestement prête à barrer la route au premier ministre s’il est candidat à la primaire : Ségolène Royal, Martine Aubry, Christiane Taubira ; un Arnaud Montebourg oublieux de ses années ministérielles dont l’obsession est d’en découdre avec François Hollande ; un premier secrétaire du Parti socialiste s’accrochant comme à une bouée de sauvetage à sa primaire mal embarquée de la Belle Alliance ; enfin, un président de la République dont la potentielle candidature est contestée de toute part dans son propre camp malgré un bilan honorable et une légitimité institutionnelle, et qui en appelle en vain à l’esprit de responsabilité et « au rassemblement » pour éviter l’autodestruction de la gauche.

Pendant ce temps, Marine Le Pen a inauguré, goguenarde, son local de campagne et son nouvel emblème, une rose (comme celle du PS) bleue (couleur de la droite). Personne, ni à droite ni à gauche, n’a relevé la contradiction de la « candidate du petit peuple » qui installe sa permanence dans les très beaux quartiers parisiens. Tous tellement affairés, dans un vertige d’irresponsabilité collective, à cultiver leurs égos qu’ils en occultent la menace de l’extrême-droite et ne se rendent pas compte du spectacle qu’ils offrent. Pour paraphraser un ancien président : la maison brûle et chacun vaque, comme si de rien était, à ses petites occupations.

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