Ces livres des ex qui abîment la politique 1

Par Saint-Simon

Le genre littéraire est en vogue. Il n’est pas très moral et il ne fait pas toujours vendre. Mais enfin, on suppose qu’il soulage un peu ceux qui s’y livrent. Ce genre littéraire, c’est le livre des ex-ministres, ex-collaborateurs et parfois ex tout court, qui brûlent, une fois sortis du Palais bon gré ou mal gré, ce qu’ils ont adoré et ce pour quoi ils auraient donné leur âme afin d’en être.

Le quinquennat en a connu plusieurs, la plupart aussi vite oubliés que les bonnes pages et citations assassines ont été lues. Tout aussi vite oubliés, ces commentaires acides de dix anciens ministres dans un numéro du Monde de mai dernier sur ceux qui ont été leurs chefs, premiers ministres et président de la République depuis 2012.

Alors pourquoi prendre la peine d’en parler si on considère que ces écrits sont simplement l’écume de la politique et qu’il vaudrait mieux les laisser se décomposer dans les poubelles de l’Histoire ?

Parce qu’on nous annonce déjà le prochain, celui d’Aquilino Morelle, cet ancien conseiller talentueux de François Hollande à l’Elysée, contraint, dans les conditions peu glorieuses qu’on sait, de quitter un poste auquel s’attache, plus qu’à tout autre, un devoir d’exemplarité. Cet énième livre, à défaut de faire déborder notre bibliothèque, est la goutte d’eau qui fait sortir notre patience de son vase à la contenance pourtant conséquente.

Lorsqu’on accepte de faire partie, avec beaucoup de bonheur, jamais sous la contrainte, d’une équipe gouvernementale, en qualité de ministre ou de conseiller, on entre dans un collectif au service des Français. On s’astreint à un devoir de solidarité et de discipline qui amène parfois à accepter des décisions qu’on ne partage pas. En pratique, on constate que le bonheur d’exercer ce type de responsabilité, la crainte de les perdre aussi, dotent souvent les titulaires d’une capacité forte à « avaler les couleuvres », à « manger leur chapeau » et à supporter avec déférence leurs chefs.

A ce devoir de solidarité, s’ajoute l’obligation morale d’assumer le bilan auquel on a participé, quelles que soient les raisons pour lesquelles sa mission au gouvernement a pris fin, mission dont on n’est pas propriétaire et dont on sait qu’elle est par nature temporaire.

C’est sur cette obligation morale que les auteurs de ces livres s’assoient, au prétexte d’un besoin soudain irrépressible d’exprimer leurs convictions, en réalité parfois par calcul politique, pour nuire au président de la République sortant – Aquilino Morelle est proche d’Arnaud Montebourg –, parfois par dépit amoureux au propre comme au figuré, la plume trempée dans le fiel de l’amertume personnelle, parfois encore pour sentir de nouveau le doux souffle de la griserie médiatique. Dans tous les cas, bien loin des préoccupations des Français.

Un peu de respect et de pudeur donc, mesdames messieurs les ex. Vous avez eu la chance de faire partie de l’aventure, ne la salissez pas parce que votre fin ne vous a pas convenu ou parce que vous soutenez désormais un autre candidat.

Un commentaire

  1. Bravo pour ce billet.
    En réalité, ces livres, que je ne lirai pas, parlent de ceux qui les rédigent et de leur petitesse, mesquinerie, jalousie, etc… et non pas de ceux ou celles qu’ils souhaitent démolir après les avoir courtisés

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s