La Grande Dépression… d’Henri Guaino 9

Par Aristote

Je m’inquiète pour Henri Guaino. Sincèrement. Car ce monsieur ne va pas bien du tout.

Certes, l’homme du discours de Dakar nous a habitués à sa vision tragique de l’histoire, ces prophéties quasiment millénaristes, ces excès de langage et  de comportement. En clair, tout va mal et tout va aller de plus en plus mal. Et il faudra souffrir et souffrir encore pour qu’un jour ça aille peut être un peu mieux.
Mais à l’époque, la désespérance de Guaino nous parvenait de manière sporadique, au gré de quelques échos, de quelques prises de paroles et à travers les discours de Nicolas Sarkozy.
Aujourd’hui, Henri Guaino est élu. Et l’on n’entend plus que lui.
Orateur pénible, anxiogène, grandiloquent contre la loi sur le mariage pour tous.
Procureur outrancier d’un juge qui a eu l’outrecuidance de mettre en examen Nicolas Sarkozy. Bretteur  triste et fatigant de l’opposition. Un Malraux aux petits pieds.
Et voilà qu’il rabâche à qui veut l’entendre que tout va aller encore plus mal, que nous nous approchons dangereusement de la Grande Dépression des années 30. Une déclaration de plus, qui, à sa décharge, est particulièrement en vogue ces temps ci.
Les années 30 : le nouveau mantra. Pas une discussion politique qui ne se conclut par « ça fait quand même penser aux années 30« . Lassant.
En oubliant un peu trop vite qu’a cette époque, l’Europe n’existait pas, que des nations orgueilleuses brûlaient de se battre entre elle. Et que l’Europe, aussi imparfaite soit elle, est née de cette barbarie. L’Europe de la paix militaire, même si le capitalisme financier infernal nous a déclaré la guerre et que nous luttons si mal encore.

Mais Henri Guaino, qui n’ignore rien de l’histoire et connaît les dangers à flirter avec le passé sans aucune distance, Henri Guaino y va, de sa voix rocailleuse qui ne manque pas de charme, de son œil noir et de son sourcil broussailleux pour égrener à qui veut bien l’entendre, ses visions apocalyptiques. Tout va mal et tout ira encore plus mal, qu’on se le dise !
À ce stade, une question s’impose : est-ce une posture politique, une dramaturgie volontairement entretenue, comme une vestale entretiendrait la flamme pour mieux préparer  l’arrivée de l’homme providentiel, en l’occurrence  Nicolas Sarkozy ?
Ou bien le pense-t-il vraiment ? Est-il fabriqué du bois de ces élus, hommes et femmes, qui ne peuvent barrer que dans la tempête, se repaissent de la tragédie, s’en nourrissent pour construire des réflexions ou s’entremêlent leur propres failles, leurs propres névroses et celles du monde qui nous entourent ? Guaino fait-il partie de cette catégorie de dirigeants en psychanalyse permanente, qui nous infligent publiquement leurs états d’âmes, leurs angoisses, leur histoire, leur blessure sous le prétexte de « faire de la politique »
On me rétorquera que la politique est, de toutes les affaires humaines, celle qui exalte les plus grands sentiments et les plus viles pensées, une danse de mort et de vie.
Mais tout de même, a-t-on besoin de subir, matin midi et soir, les états d’âmes dépressifs, atrabilaires des uns et des autres ? Non !
On moque beaucoup l’indéfectible équilibre de François Hollande, sa maîtrise, son humour. Certes, on peut moquer mais  moquons nous alors aussi, à  gorge déployée, de cette nouvelle armée de Cassandres et de révolutionnaires en chambre qui diagnostiquent, analysent, théorisent, influencent, malgré tout les citoyens avec des pensées aussi lugubres et déprimantes qui n’apportent rien, si ce n’est de nous laisser tous mariner un peu plus encore dans notre mauvais jus.

Être lucide et combattif ne signifie pas forcément verser dans la dramaturgie, et mourir dans un déluge de flammes et de sang.
Construire, reconstruire, ne signifie pas forcément que nous soyons obligés d’en passer par le chaos des nations.
Et s’il ne faut pas confondre prudence et sagesse, il ne faudrait pas non plus confondre mission et mélodrame.

De la joie, que diable ! De l’enthousiasme ! De la gourmandise ! Et pas cette rengaine, ces mots du pire qui ne construisent jamais le meilleur.
On peut très bien incarner, avancer panache au vent sans ces tourments de l’âme. Il faut de l’espoir, du courage et de la joie pour remobiliser. Pas ces discours de la peur, de la colère stérile  qui coupent les ailes, replient, renferment, recroquevillent.
Se déployer, avancer, créer, faire jaillir, propulser. Avec joie et bienveillance.

 

9 Commentaires

  1. Ping : GUAINO | ideesdujour

  2. C’est vraiment super de vous avoir retrouvés !!!! Depuis l’élection de François Hollande vous me manquiez. Mare de lire et d’entendre ces dénigrements permanents. En résumé, ça fait du bien de lire des lignes raisonnablement critiques et/ou d’un optimisme lucide.

  3. Pour couper l’herbe sous les pieds des Cassandre, ne faudrait-il pas expliquer aux citoyens comment nous allons lutter contre le « capitalisme financier infernal » ?
    Pour l’instant c’est une lutte de l’ombre, nécessairement. Mais il faudra, dans les prochains mois marquer des points, expliquer que nous pouvons gagner cette « guerre ».

    En tout cas, merci à Ze Rédac d’avoir repris du service. Il était grand temps !

  4. je pense que de tout le temps tirer sur le pianiste fini par nous casser les oreilles et les c….., F. HOLLANDE est-il responsable de 30 années de dérives gouvernementales ? dont une forte majorité est de droite, mais pour plus d’équité (mot bannit à la droite..), on dira que la gauche y a un peu contribué…c’est l’heure du bilan financier de la France ! tout le monde s’est servi largement dans la caisse, mais maintenant la caisse est vide, aussi, pour ne pas se faire trop taper sur les doigts, FH est responsable de TOUT….NS n’a pas fait de vagues…résultats 600 milliards d’euros de dette supplémentaire et
    3 000 000 de chômeurs à la fin de son quinquennat…une performance que beaucoup souhaite revoir ! quelle RIGOLADE !!!
    regarde la poutre que tu as dans l’œil avant….

  5. Guaino me fait à ces amants éconduits qui clament leur amour en rêvant les pires tourments pour son ex : magnanime, il apparaitrait alors pour tirer la belle d’embarras qui, toute contrite, réclamerait alors le pardon pour son inconséquence et jurerait un amour éternel à son sauveur.

    Ce mec va donc être candidat en 2017 !
    Et il va se ramasser un score à la Marie-France Garraud.
    Ça devrait le calmer un peu.
    D’ici là, il va nous falloir endurer…

  6. Question dramatisation inutile, Guaino et Mélenchon ne sont-ils pas à mettre dans le même sac ?

  7. Merci pour votre retour sur ma messagerie!! Pour ou contre, peu importe, j’aime vous lire dans l’ensemble et aiguiser mon esprit critique grâce à vos articles!

  8. Tout à fait d accord avec beaucoup de commentaires précédents: merci pour votre retour et ne disparaissez plus plusieurs mois….

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