Copé : le « chef de guerre » se tire-t-il une balle dans le pied ? 7

Par RichardTrois

Jean-François Copé en réunion à Besançon le 24 mai 2012 - cc UMP Photos

Jean-François Copé en réunion à Besançon le 24 mai 2012 – cc UMP Photos

«L’UMP a besoin d’un chef de guerre et d’un homme de rassemblement.» C’est ainsi que parle Jean-François Copé de lui-même. Jamais avare de compliments quand il se les adresse.

Chef de guerre ? Sans doute. Jean-François Copé ne fait pas dans la dentelle. Il est comme un poisson dans l’eau, dans ce « gros rouge qui tâche » façon Buisson qui a fait office de ligne stratégique à Nicolas Sarkozy. Le bon élève de l’école buissonnière a même appuyé sur l’accélérateur depuis le 6 Mai. Dans sa volonté de paraître, d’émerger en meilleur opposant, d’exprimer le ressentiment d’une droite qui se vit propriétaire du pouvoir, Jean-François Copé vocifère. Il reprend les pires outrances de l’extrême-droite et de la « droite populaire ». Les drapeaux  de la Bastille. La pente haineuse contre Christiane Taubira. Le mépris des femmes et de la parité sous prétexte de gagner le plus de sièges possibles. L’indignation surjouée dans la roue du président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer lequel reproche au Premier ministre l’annonce d’un décret un décret rétablissant la retraite à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler tôt. Et voilà Jean-François Copé indigné que l’on puisse tenir la promesse électorale de François Hollande et l’engagement de toute la gauche.

Homme de rassemblement. C’est là que l’on entrevoit la principale difficulté de Jean-François Copé dans sa gestion de l’après-défaite. Certes Jean-François Copé rassemble patiemment les apparatchiks.Une à une, il prend les pièces de l’échiquier UMP à un François Fillon qui préfère ignorer l’organisation d’un courant, se plaçant dans une position plus gaullienne que partisane. Du rassemblement des mousquetaires  François Baroin, Christian Jacob et Bruno Le Maire auxquels se sont joints Valérie Pécresse et Luc Chatel aux prises de guerre plus récentes,  Valérie Rosso-Debord ou même le très sarkozyste Christian Estrosi, le secrétaire général de l’UMP, promesses à l’appui,  constitue son armée en vue du congrès UMP de l’automne. Objectif la prise de l’UMP pour la conquête de l’Elysée en 2017. Rassemblement, collégialité sont les maîtres-mots de Copé pour ce qui est l’organisation des législatives. Ce sont les mots qu’il a employé ce jour même lors du séminaire de l’UMP sur les législatives devant quelque 500 cadres et candidats.

Mais la stratégie qui vaut pour un congrès et un vote militant vaut-elle pour les élections législatives qui surviennent dans la foulée d’une défaite de la droite qui la laisse idéologiquement en vrac ? Rien n’est moins sûr. Certes le « chef de guerre » Jean-François Copé requinque des militants groggys par une défaite qui leur fait d’autant plus mal qu’ils sont souvent persuadés que quelques semaines ont manquées à Nicolas Sarkozy pour l’emporter. Des militants qui relèvent la tête, entrent « en résistance », ce n’est pas si mal pour tenter de limiter la casse aux législatives surtout quand l’UMP est dans la ligne de mire du FN.

Pourtant il y a dans les vociférations, dans l’outrance des attaques menées par Jean-François Copé un danger immédiat pour les législatives et peut-être futur pour l’impétrant. Dans l’immédiat, la poursuite de la stratégie de course à l’échalote avec le FN, cette  stratégie Buisson qui a échoué lors des présidentielles risque de produire les mêmes effets, puissance 10, avec la possibilité d’un maintien des candidats d’extrême-droite au second tour. Les gaullistes, les centristes qui ne se reconnaissent pas dans cette manière de faire et à qui l’UMP propose des candidats qui ne leur ressemblent pas risquent d’aller à la pêche à la ligne voire de choisir la modération ailleurs. Au-delà de la stratégie politique, il y a aussi un problème d’image pour qui veut donner envie de voter UMP. Le Parti Socialiste et sa toute nouvelle porte-parole, Charlotte Brun l’ont compris qui taclent l’UMP en moquant l’Union des Mauvais Perdants. Une image repoussoir, quand au même moment le gouvernement de François Hollande brille des feux de la nouveauté et du changement. Paritaire, à l’image de la France, soucieux de répondre aux attentes des Français notamment avec le combat engagé pour l’emploi par Arnaud Montebourg, le contraste est grand et jette une noirceur certaine sur le comportement de l’UMP dirigée par Copé.

Pour ce dernier, il y a un danger plus grand encore, qui va au-delà des législatives. Il tient dans le mimétisme naissant, frappant qui fait de Jean-François Copé le nouveau Nicolas Sarkozy. Un danger parce qu’en congédiant Sarkozy, les Français cherchait à se défaire d’une personnalité, d’une politique, d’une façon de faire qui soudain leur revient en boomerang sous la forme d’un clone plus jeune. On rêve… Mais c’est pourtant ce qu’est en train de nous faire Jean-François Copé. Une manière de faire d’autant plus bête que le cloné fera tôt ou tard son retour sur la scène politique et se retrouvera face à son clone.
Enfin la gauche peut se réjouir. Y-a-t-il meilleure façon de se tirer une balle dans le pied quand on vient de perdre que de reprendre les habits du perdant ? Sans doute pas. Voilà en tout cas un drôle de chef de guerre pour la droite.


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Photo : UMP Photos – Licence Creative Commons

7 Commentaires

  1. Rassembler, rassembler, à droite depuis les séduits par la rhétorique Besson-LePen jusqu’aux orphelins de Bayrou, et à gauche depuis le NPA jusqu’àux radicaux qui freinent pile à l’entrée dans la droite molle. Voilà où nous mène le bipartisme. Il faut trouver un tout petit peu plus de 50 % de l’électorat pour diriger le pays, et mécontenter les presque 50 % qui restent sur le bas-côté de la route. Alors, on trouve des leaders, qui à défaut de savoir diriger le pays, savent se faire élire. Pas sûr que Copé fasse partie de cette catégorie. Il veut jouer les hyperactifs, tueurs d’ennemis. Mais il lui manque un réseau d’ultra fidèles, de ramasseurs de pognon, de groupies prêts à le défendre bec et ongles jusqu’au bout. Reste à savoir s’il saura faire tout ça avant la campagne de 2017. Pour les prochaines législatives, il n’a pas encore l’air de bien savoir rassembler, sauf peut-être ceux qui ont peur de perdre leurs sièges. Et il est déjà handicapé par Fillon, le modeste « collaborateur » de l’Ex. C’est pas gagné !

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