Hollande ou la force des symboles 6

Par Saint-Simon

François Hollande à Tulle le soir de son élection - Photo cc Benjamin Géminel

François Hollande à Tulle le soir de son élection – Photo cc Benjamin Géminel

En quelques minutes, le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy a sapé son quinquennat à venir et ce qu’il avait construit durant cinq ans, par un dîner au Fouquet’s, entouré d’une brochette de stars plus ou moins vieillissantes du show-biz et de grands patrons fortunés.

Inconscience due à sa séparation d’avec Cécilia ou transgression assumée d’un homme ivre de lui-même et se sentant puissant au point d’imposer au peuple français son rapport personnel à l’argent et à la réussite ? Un peu des deux peut-être.

N’en déplaise à Christian Estrosi, le Fouquet’s n’est pas une brasserie populaire et plus que tout autre restaurant, il représente dans l’imaginaire collectif le symbole du luxe.

En y passant la soirée de sa victoire, Nicolas Sarkozy a endossé ce symbole qu’il a conservé collé à la peau jusqu’à la défaite, malgré ses tentatives – tardives – pour s’en débarrasser. D’autant plus qu’il avait aggravé son cas en passant quelques jours de mai 2007 sur le yatch d’un multimilliardaire après avoir laissé entendre qu’il ferait une retraite pour méditer sur la lourdeur de la charge qui l’attendait.

François Hollande n’a pas eu besoin du contre-exemple Sarkozy pour comprendre le rôle joué par les symboles en politique. Mais, à n’en pas douter, l’erreur originelle de son prédécesseur l’a conforté dans sa conviction.

Il s’attache, depuis qu’il a été élu président de la République, par ses actes et ses attitudes, à donner à voir ce qu’il veut faire de sa présidence : train de vie modeste par l’utilisation de véhicules français de gamme moyenne, conscience environnementale par le choix d’une voiture hybride pour la cérémonie d’investiture, attitude anti bling-bling par une soirée de victoire au milieu du peuple avant de rentrer tranquillement chez lui, volonté de lutter contre les privilèges en choisissant la Bastille comme lieu de festivités, comportement modeste et proche des gens par des séances systématiques de bain de foule et de signatures d’autographes, sérieux et esprit de responsabilité en se mettant au travail – et en le mettant en scène – dès le lendemain de son élection, souci de l’intérêt supérieur de l’unité nationale en acceptant l’invitation de Nicolas Sarkozy à participer aux cérémonies du 8 mai.

Mais son attitude et ses choix ne relèvent pas seulement de l’intelligence tactique, ce qui serait déjà beaucoup comparé à son prédécesseur. Ils correspondent profondément à une façon d’être, à un tempérament faits de bonhommie et de simplicité du nouveau président, qui façonneront son mode de gouvernance.

Une relation finlandaise me disait il y a quelques mois : « Je connais la présidente de la République, je l’ai rencontrée en bas de chez moi dans ma boulangerie ». Bien sûr, de ce point de vue là, la France ne sera jamais la Finlande ou une démocratie nordique. L’exercice du pouvoir y sera toujours davantage sacralisé, corseté par l’étiquette de ce qu’on appelle souvent notre monarchie républicaine.

Mais avec un chef d’Etat qui échapperait à l’arrogance du pouvoir, aux phénomènes de cour, au syndrome de la tour d’ivoire, un Etat plus modeste, plus accessible aux citoyens est possible.

Zola disait : « La vérité monte d’un coup d’aile jusqu’au symbole ». François Hollande fait jusqu’à maintenant les choses simplement, avec sincérité, à son image. Le peuple le sent et c’est de bon augure, par delà les difficultés de l’exercice des responsabilités, pour le mandat qui s’ouvre.


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Photo : Photo Benjamin Géminel / FH2012 – Licence Creative Commons

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