La République de retour le 8 mai 10

Par Renaudot

N. Sarkozy et F. Hollande aux cérémonies du 8 Mai 1945 - via LeTélégramme

N. Sarkozy et F. Hollande aux cérémonies du 8 Mai 1945 – via LeTélégramme

Depuis des semaines, la République avait un goût rance, celui des compromissions de la droite dite « républicaine » avec l’extrême-droite, au point de donner à cette dernière un brevet de respectabilité en la déclarant « compatible » avec la République et reprendre sans vergogne ses mots, ses attitudes, ses propositions, son positionnement antisystème.

Cette validation des thèses frontistes par le chef de l’Etat a fait davantage en quelques semaines de campagne pour la « lepénisation » des esprits que trente ans de combat politique de Jean-Marie Le Pen puis plus récemment de sa fille. Comment expliquer que les propositions du Front National sont dangereuses car inspirées par le repli sur soi et la xénophobie quand le plus haut personnage de l’Etat les reprend à son compte en leur donnant tout le poids de la crédibilité de sa fonction ?

On en arrivait au point, en fin de campagne, où l’idée d’une transition démocratique heurtée effleurait quelques esprits, ce qui était tout à fait inconcevable quelques mois plus tôt tant la démocratie française paraissait apaisée.

Et puis on a vu ce matin, sur l’avenue des Champs Elysée, la République reprendre toute sa majesté.

Deux présidents côte à côte, le battu et celui qui doit encore attendre sept jours pour en assumer toute la plénitude du pouvoir, pour célébrer l’armistice de la guerre 39-45. Deux hommes qui se sont affrontés durement, plus violemment que dans aucune autre élection présidentielle passée, ensemble pour illustrer la continuité de la République au-delà des vicissitudes du temps.

L’image était belle et à vrai dire assez émouvante, et il nous faut rendre grâce, une fois n’est pas coutume, à Nicolas Sarkozy d’avoir permis cette illustration d’une transition démocratique réussie en conviant François Hollande à ses côtés au pied de l’Arc de Triomphe. Les fâcheux pourront considérer qu’il n’avait guère le choix pour ne pas laisser de son passage à l’Elysée une image encore plus déplorable que celle qu’il a longtemps montrée. Mais prenons les choses simplement : il l’a fait – et on peut supposer que cela ne fut pas facile pour lui – et c’est tant mieux.

Chacun a été parfait et digne dans son rôle. L’actuel président en se montrant courtois et plein d’égards pour le futur Président en l’associant à chacun de ses gestes. François Hollande en prenant soin, bien présent mais avec humilité, de rester constamment quelques pas derrière celui qui est encore pour quelques jours le chef de l’Etat en exercice. Une attitude normale qui nous fait d’emblée apprécier le mandat normal qui s’ouvre.

Cette parenthèse qui se refermera avec la cérémonie de passation des pouvoirs le 15 mai et le début de la campagne pour les législatives qui révèlera, c’est à craindre, de nouvelles outrances de la droite, montre avec une grande dignité à quel point le fait démocratique est solidement implanté dans notre pays. Et à quel point il est contre-nature de s’accoquiner avec des formations politiques qui bafouent les valeurs de la République. Il est bon que ce rappel intervienne à l’occasion des cérémonies de commémoration de l’armistice intervenu après six années de barbarie nazie.

Les cérémonies du 8 mai 45 à la télévision réunissent Sarkozy et Hollande

Les cérémonies du 8 mai 45 à la télévision réunissent Sarkozy et Hollande


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10 Commentaires

  1. une sous république dirions nous, puisque d’ores et déjà les lobbys et les alliances prennent place à tous les niveaux politiques du ps et sa représentativité au sein du nouveau gouvernement

  2. si nous avons voté pour un changement , c’est pour changer avec de nouvelles têtes moscovici, cambadelis fabius et les autres c’est strauss kahn , guigou, aubry c’est jospin ainsi de suite le tenia qui avait rongé le ps est toujours là

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  10. Ce billet signé Renaudot, dans la veine de tous les commentateurs prompts à délivrer un satisfecit au sens républicain qui refait soudainement surface chez un Nicolas Sarkozy défait par la gauche, est empreint d’une certaine naïveté. Comment, après avoir entendu les ténors du gouvernement et de l’UMP marteler les mêmes messages sur « la continuité de l’Etat », sur la « république une et indivisible », sur la « France éternelle », sur le « respect de la démocratie » et j’en passe, ne pas y voir une énième stratégie pour les législatives ? L’ensemble du gouvernement et les personnalités visibles de l’UMP sont en train de redorer un blason souillé par leur ressentiment durant la campagne, leurs compromissions immondes avec le FN, leurs attaques inconséquentes sur le danger que constituait François Hollande pour la France, bref ils envoient un message clair aux Français : leur capacité à cohabiter avec la gauche, et même tranquillement (ils ne sont pas à un détournement près, leur chef est passé maître en la matière). Cela semble tellement énorme qu’on peine à imaginer autant de commentateurs aveugles à l’hystérie qui constitue l’arme stratégique de l’UMP pour brouiller et anesthésier une grande majorité de Français, cette hystérie faite de gifles et de caresses successives, théorisée par Ferenczi dans le cadre du dressage des chevaux sauvages, et efficace. Ils ne pouvaient pas, en vue de la prochaine échéance politique qui peut tout modifier, montrer le même visage au risque de donner le signal d’un blocage systématique de la politique de François Hollande, traumatisant pour la France et pour le « peuple de France ». En somme, eux, ils sont gentils, humains, respectueux, ils pensent d’abord à la France et aux Français ; eux, ils ne sont ni mesquins, ni méchants, ni partisans. En somme, ils disent aux Français qu’ils se sont trompés en votant Hollande et qu’ils peuvent rectifier leur tir aux législatives. Après avoir détourné les symboles et l’idéologie de la gauche (salle de la Mutualité, fête du vrai travail, président du peuple, etc.), après avoir repris sans vergogne le slogan de Hollande (dernier meeting de Sarkozy : « c’est maintenant », « le changement », « maintenant »), voilà qu’ils continuent leur mystification industrielle : le pire est devant nous !

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