Et soudain, à Bercy, François Hollande fendit l’armure 9

Par Saint-Simon

François Hollande à Bercy juste avant le "rappel" - © Razak

François Hollande à Bercy juste avant le "rappel" - © Razak

Il y a parfois, dans une campagne, un moment où un candidat qui se sent pousser des ailes se lâche complètement, enlève le pied de la pédale de frein, se révèle à lui-même et aux autres, oublie sa pudeur lorsqu’il en a, et prend sur son dos ses supporteurs pour les transporter vers le succès – qui peut être la victoire ou un bon score inespéré initialement. Nul ne décide de cet instant, il survient lorsqu’il doit survenir et parfois ne vient jamais.

C’est ce qu’on a coutume d’appeler, en politique, « fendre l’armure ». C’est Lionel Jospin qui a inventé cette formule à propos de la campagne présidentielle de 1995 pour expliquer qu’il avait dépassé sa propre personnalité toute en retenue pour affronter une campagne qu’on disait perdue d’avance dès le premier tour.

Cette expression a fait florès. Souvent galvaudée, elle a bien sûr été utilisée dans cette campagne 2012. Certains observateurs, pour quelques mots sur son parcours personnel et ses origines familiales, ont cru voir cette fameuse « fente de l’armure » chez François Hollande lors de son discours de lancement de campagne au Bourget fin janvier.

Mais il s’agissait alors pour le candidat socialiste d’un exercice de style obligé. Donner à voir un peu de lui-même pour nourrir cette fantastique machine à personnaliser qu’est l’élection présidentielle.

Sans se forcer ni s’autocensurer, il a ensuite mené sa campagne en étant lui-même, chaleureux mais pas extraverti, sérieux mais pas triste, drôle mais pas dans le rôle de l’amuseur, offensif mais pas agressif. Avec au final, de l’enthousiasme mais pas de ferveur.

Que s’est-il passé dimanche au Palais Omnisports de Paris Bercy ? Une étrange alchimie entre le candidat François Hollande et son public de 20 000 militants et sympathisants, avec comme catalyseur une victoire qui, si elle n’est encore acquise, est à portée de main comme elle ne l’a pas été depuis 24 ans. Un moment où la ferveur populaire a rencontré la puissance du leader.

François Hollande est apparu libéré désormais de toute pression, comme transcendé par la mission exceptionnelle qu’il est chargé de mener à bien, déterminé comme jamais et en communion avec le public. Découvrant lui le cérébral, le tacticien au sang froid, qu’il pouvait susciter de la passion et de la ferveur. Au point d’être pris à son tour par cette émotion collective et ayant toutes les peines du monde à quitter la scène et rompre cet enchantement.

Il s’est ainsi fait transgressif, n’hésitant pas, fait pouvant apparaître anecdotique mais en réalité révélateur, à briser un usage solidement ancré en revenant parler avec le public alors que le meeting était terminé et que la Marseillaise avait été chantée en chœur. Dix minutes supplémentaires de discours, sans note, avec le cœur et les tripes, pour scander, marteler, affirmer sa volonté de victoire à la face de son adversaire, aux Français et à lui-même.

C’est tout le paradoxe de la politique : c’est lorsqu’on brise l’armure qu’on devient, le temps d’une campagne présidentielle, invincible.

François Hollande à Bercy, un parfum de victoire


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Photos © Razak – Paris

9 Commentaires

  1. j’ai trouvé ce meeting desordonné , un air de fête inapproprié car trop tot
    gardons nous de croire que sarko peut perdre
    le ps au dernier moment va tout foirer comme d’habitude , ils ont deja commencé avec ce diner de cons avec cet infame dsk

    • Bien sur que la victoire n’est pas encore acquise, ne serait-se que parce qu’il y a encore beaucoup d’indécis parmi ceux qui ont voté Bayrou, Le Pen et Mélenchon; contrairement à ce que vous pensez tous ces gens ne fêtaient pas la victoire mais c’était une vraie fête de la gauche qui a retrouvé un grand espoir et qui voulait le montrer; C’est une campagne qui s’est déroulée d’une façon extraordinaire, grâce à la personnalité de Hollande (et à tout le staff qui est d’une grande qualité); cet espèce de dénigrement (que vous pratiquez) relève du passé, ce qui ne signifie pas que tous les gens du PS, comme toute grande entité, soient devenus parfaits .

  2. J’ai aimé l’ambiance à Bercy,et le discours de François HOLLANDE, cela stimule pour attendre le 6 Mai

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