Sarkozy, emblème du système qu’il dénonce 7

Par Beaumarchais

Au Raincy, Sarkozy dénonce le "système" - cc UMP Photos

Au Raincy, Sarkozy dénonce le "système" - cc UMP Photos

Tout à sa tentative de ramener vers lui les électeurs de premier tour de Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy adopte les mots et les postures du Front National. Sur France Inter hier matin, Jean-Luc Mélenchon a brillamment montré comment le candidat de l’UMP reprend à son compte – Patrick Buisson, son conseiller le plus influent, ex rédacteur en chef du journal Minute, lui fournissant à n’en pas douter la matière – la réthorique de l’extrême-droite française telle qu’elle était pratiquée dans les années trente et reprise depuis par ses succédanés. Avec cet éclairage, la « une » de l’Humanité comparant Sarkozy à Pétain semble moins outrancière.

L’immigration occupe bien sûr une large place dans ses discours. Hier soir, à Dijon, dans un meeting à l’enthousiasme forcé respirant la défaite, ce thème a occupé une grande partie de la soirée. Dans son one man show un peu surréaliste, Nicolas Sarkozy a réalisé une intervention circulaire qui a fini, par définition, par tourner en rond : tour à tour il s’est justifié sur les accusations de racisme, pour enchainer par une charge contre les flux migratoires trop importants, puis est revenu à sa dénégation de toute volonté d’instrumenter les thèmes du Front National qu’il a toujours combattu, pour ensuite dénoncer ces étrangers qui viennent manger les prestations sociales des Français, a refusé les critiques en xénophobie de François Hollande pour aussitôt l’accuser de vouloir régulariser tous les clandestins – notez qu’on est passé de sans-papiers à clandestins, mot on le suppose censé frapper plus fort les imaginations frontistes. Et ainsi de suite…

L’autre grand ressort désormais des discours du candidat de l’UMP, c’est la dénonciation du « système ». Une dénonciation en forme de victimisation qui ouvre depuis le 22 avril tous ses discours.

Le « système » veut sa mort politique. Il ne l’a pas obtenu au premier tour alors que, nous dit sans vergogne Nicolas Sarkozy, tous les médias et instituts de sondage l’annonçait absent du second tour, ce qui est bien évidemment totalement faux.

Pourquoi le « système » veut-il l’éliminer ? Parce que, lui, il ose parler directement au peuple, parce qu’il le comprend et le défend.

Qu’est-ce que le « système » ? C’est comme toujours, c’est-à-dire comme dans la bouche de Jean-Marie Le Pen – qui l’appelait aussi « l’établissement » – ou dans celle de l’actuelle présidente du FN, une notion définie de manière assez imprécise, laissant la porte ouverte à tous les fantasmes. Ce qui est certain, c’est que les éditorialistes bobos et la gauche caviar du boulevard Saint-Germain en font partie. Les tenants de la pensée unique aussi, mais nous ne sommes pas beaucoup plus avancés… On se risquerait presque à dire les élites en général.

Comme les Le Pen père et fille, Nicolas Sarkozy utilise le « système » comme ressort d’une victimisation dont il pense qu’elle va provoquer chez les électeurs un réflexe de protection dès lors qu’ils s’estimeront confronter à la même attaque de la part de ceux qui nous dirigent et qui décident de nos vies sans se préoccuper de nous.

Parce que le « système » porte aussi cette idée d’une machine froide et brutale qui s’enrichit au détriment du peuple, dans l’entre-soi des gens qui ont tout et qui ne veulent rien partager, qui ouvrent les frontières dans leur seul intérêt sans se préoccuper de savoir si les plus faibles en pâtissent.

Ce ressort peut être efficace. Il l’a été pour Marine Le Pen au premier tour. Nicolas Sarkozy a compris que sa seule chance d’être réélu, c’est de réussir à son tour à l’activer. Le total de ses voix, de celle de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan le porte en effet tout prêt de la majorité.

Seulement voilà, malheureusement pour lui, Nicolas Sarkozy a un handicap majeur pour y parvenir. Aux yeux de beaucoup d’électeurs du Front National, il est tout simplement le chef et l’emblème du « système ». Non seulement par sa position institutionnelle, mais par sa pratique du pouvoir avec le Fouquet’s, les amitiés ostentatoires avec les plus grandes fortunes de France, le népotisme, le mariage avec une top-model richissime, les relations incestueuses avec la presse dont le bon peuple sait qu’une partie d’entre elle est détenue par le grand capital. A l’Elysée, il a rompu avec une forme d’hypocrisie de ses prédécesseurs et étalé sa vie, ses amitiés et son attirance pour ce qui brille au grand jour. Il le paie aujourd’hui.

Car Nicolas Sarkozy se retrouve dans la position inconfortable de devoir dénoncer un « système », de s’en présenter comme la victime,  alors qu’il en est ou en apparaît comme le chef.

Si Nicolas Sarkozy est victime, c’est donc d’une nouvelle forme de Sarkophrénie, un schizophrénie redoutable quant à ses effets dans les urnes.


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Photo : UMP Photos – Licence Creative Commons

7 Commentaires

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  3. C’est un bonheur de tomber sur ce blog après quelques déambulations hasardeuses sur le net, au cours desquelles l’on se voit presque agressé dans son âme et son coeur par des discours pro-Sarkozy.
    D’ailleurs, à la seule évocation de quelques noms (Morano, Guéant, Copé, NKM…), les poils se hérissent, le corps entier se révulse…
    Faites que la France quitte pour ces cinq prochaines années cet état d’esprit puant et abject qui l’a totalement contaminée. Je ne reconnais plus mon pays. Jamais l’ère du « chacun pour soi » ne m’est parue si palpable que sous Sarkozy. Voter Hollande, c’est aussi sauver l’âme de notre pays.

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