De la patience à l’enthousiasme : le calendrier maîtrisé de Hollande 7

Par Hemingway

Hollande en meeting à Carmaux, près de la statue de Jaurès. Photo Benjamin Géminel.

Hollande à Carmaux, près de la statue de Jaurès. Photo Benjamin Géminel.

François Hollande, acteur et observateur très attentif des campagnes présidentielles depuis 1981, a beaucoup réfléchi à la manière dont il mènerait la sienne le jour où il serait investi par le parti socialiste.

Il s’est fixé un objectif, la victoire, et une méthode : ne sacrifier l’efficacité à aucun prix. Il a défini en conséquence un calendrier qu’il a maîtrisé de bout en bout.

Patiemment, le candidat socialiste a tracé son chemin depuis qu’il a remporté les primaires en octobre 2011. En prenant son temps, refusant de céder, à la fin de l’année dernière puis au cours de la campagne, aux injonctions d’accélération de son tempo. En faisant énormément de terrain comme toujours lorsqu’il est en campagne. En consultant beaucoup, notamment les fameux corps intermédiaires syndicaux. En pesant jour après jour chacun de ses mots. En gardant le rythme choisi malgré les péripéties de la campagne et les coups de boutoir de l’adversaire principal.

Il a constitué une équipe que l’adversaire UMP a moquée en la qualifiant d’armée mexicaine, mais qui lui a permis d’agréger dans un pack homogène toutes les personnalités, nombreuses et très diverses, du PS. Pas la moindre fausse note en provenance de son camp depuis le 16 octobre, ce qui relève de l’exploit pour le camp socialiste.

La présentation de son programme s’est faite en deux temps, à des moments clefs choisis par François Hollande, chacun d’eux ayant été l’occasion d’une accélération qui a surpris le camp adverse et lui a permis de gagner des points précieux dans l’opinion pour conforter sa position de favori.

Le 22 janvier, dans un meeting au Bourget, François Hollande a mis sa campagne sur les bons rails en livrant une grande partie de son projet présidentiel quand tout le monde, y compris son équipe de campagne, l’attendait quelques jours après à l’occasion d’une conférence de presse. La présentation du programme allié à la puissance de la mise en scène et à une formule marquante –« mon ennemi, c’est la finance » – ont fait mouche. Quatre jours plus tard, il chiffrait ses propositions pour en asseoir la crédibilité.

Le 4 avril, il a précisé son calendrier d’actions pour sa première année de mandat avec comme message implicite : « Vous voyez, je suis prêt », prenant de vitesse Nicolas Sarkozy qui en était encore à annoncer la présentation, le lendemain, de son projet pour la France.

Ces deux accélérations ont été complétées par une annonce « choc » et inattendue, la seule de la campagne, le 27 février : l’imposition à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros, qui a polarisé le débat politique durant une semaine et renvoyé son adversaire de droite à son image de président des riches.

Trois mouvements forts donc dans cette campagne de François Hollande parfaitement rythmés dans le temps depuis que l’année 2012 a débuté, permettant toutes les trois ou quatre semaines de donner ou redonner un souffle à sa course de fond.

Entre chaque mouvement, un rythme soutenu mais régulier, pas d’éclats mais pas de faute avec comme fil à plomb la mise en avant permanente de la cohérence et du sérieux de ses propositions. Le tout mené avec une maîtrise parfaite – notamment pendant la phase « Merah »  – qui lui a évité tout décrochage dans l’opinion même dans les phases favorables au président sortant.

Lorsqu’il a senti que le moment était venu, c’est-à-dire à l’approche du scrutin, les électeurs étant plus réceptifs, il a choisi de porter le fer lui-même contre Nicolas Sarkozy et son bilan, méthodiquement, systématiquement et efficacement.

Le dernier étage de la fusée, le candidat socialiste en a déclenché le lancement lors de sa visite à La Réunion. L’humour est revenu peu à peu dans ses discours, au grand plaisir de son auditoire grandissant à chacun de ses  déplacements. A Clermont-Ferrand, pour la première fois, il s’est permis un « on va gagner ». Ses visites de terrain sont désormais des rencontres enthousiastes avec les Français qu’on voit heureux de l’approcher et de le toucher comme encore cet après-midi dans le Tarn. Sur l’esplanade du château de Vincennes dimanche, la ferveur était là et bien là, on pouvait y sentir l’immense espoir du peuple de gauche, avide d’une victoire dont il est privé depuis si longtemps.

Dans la stratégie arrêtée par François Hollande, il y avait le temps de l’appel à la raison des électeurs, et, dans la dernière ligne droite, il y a celui du souffle, de l’enthousiasme, de la ferveur qui font chavirer les cœurs et attirent aux candidats portés par cette vague – la vraie, pas celle invoquée dans l’espoir d’un effet Pygmalion –  des électeurs indécis qui à leur tour font grossir la vague. Une vague qui continuera inexorablement de s’amplifier à l’approche du premier tour et entre les deux tours, lorsque le duel sera en place.

Plus peut-être que toute autre chose, c’est l’implacable méthode de François Hollande qu’il faudra retenir de cette campagne présidentielle après la victoire du 6 mai.


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Photo :  Benjamin Géminel – Licence Creative Commons

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