L’appel à l’aide crépusculaire de Nicolas Sarkozy 9

Par Renaudot

Nicolas Sarkozy, place de la Concorde - cc UMP Photos

Nicolas Sarkozy, place de la Concorde - cc UMP Photos

Avec la façade de l’Assemblée Nationale en fond de scène comme s’il s’était souvenu à quelques jours de la fin de son mandat que le Parlement pouvait servir à quelque chose, Nicolas Sarkozy a commencé son discours sur la place de la Concorde en s’adressant, comme il le fait de manière désespérée depuis quelques jours  à la « France silencieuse » (lire article de Beaumarchais sur « le silence assourdissant de la France silencieuse »). Cette France « qu’on n’entend pas, qui n’a pas la parole, qui souffre, qui ne proteste pas, qui ne casse pas ». Un vieux classique de la droite et du président sortant qui s’était déjà adressé à cette catégorie de la population lors de la dernière présidentielle.

En essayant de réveiller ce vote de 2007, Nicolas Sarkozy s’est présenté comme « le porte-parole de ceux qui ne demandent jamais rien, qui sont fiers de la France, qui ne supportent plus qu’on la critique ». Un peu plus et, copiant Ségolène Royal et Jean-Luc Mélenchon, le président des riches nous proclamait qu’il voulait être le porte-voix des sans-voix.

Nulle trace de son bilan durant les 35 minutes de son discours. Pas un mot des cinq années écoulées si ce n’est pour évoquer la crise. Et l’impression surréaliste d’un candidat promettant, comme si de rien n’était, après avoir pendant des semaines moqué le présomptueux François hollande qui veut renégocier un traité européen, de ferrailler avec l’Europe pour que celle-ci ne se contente pas de pratiquer la rigueur mais intègre la croissance comme objectif.

On a vu également celui qui laisse le pays dans une des pires situations qu’il ait connu, promettre, ni plus ni moins, les « trente glorieuses du 21ème siècle » en inventant « un nouveau modèle français », espérant, peut-être, que cet artifice de communication, sorti de sa manche à sept jours du premier tour, sera sa « silver bullet » comme l’a été il y a cinq ans le « travailler plus pour gagner plus ».

Mais surtout, ce qu’on retient de ce discours, hormis quelques belles envolées de la plume d’Henri Guaino sur les grands noms qui ont fait l’histoire de notre pays, c’est sa vision crépusculaire de la situation de la France et de l’Europe. Tout y est passé, l’habituel et même l’improbable : la  crise terrible – le mot « crise » employé à de multiples reprises –, les périls qui menacent, notre modèle de civilisation menacé de disparition, « l’héritage de la France éternelle » qu’il ne faut pas dilapider, défendre, encore défendre, ne pas perdre, l’école et la famille que des ennemis – on ne sait pas bien lesquels – veulent détruire, les chrétiens d’Orient – que font-ils là ? – persécutés à protéger, l’Europe faite pour protéger et non détruire notre civilisation, etc.

La volonté de provoquer un vote de peur est évidente. La dramatisation à outrance comme électrochoc, seule chance pour le camp Sarkozy de retourner une situation compromise et faire voter en masse la mythique « majorité silencieuse » à laquelle il a lancé, pour finir, un appel vibrant et pathétique à le sauver de la défaite, l’avenir de la France se confondant en cet instant avec son destin personnel : « Peuple de France, entends mon appel ! Aidez-moi ! Aidez-moi ! Aidez-moi à aider la France ! C’est maintenant ! ».

Au final, ce plaidoyer pro domo donnait davantage l’impression d’un chant du cygne qu’un hymne de reconquête. Un discours étonnamment court, récité à vive allure comme pour en finir plus vite, un Nicolas Sarkozy faisant le job et le faisant bien mais un cœur qui manifestement n’y était plus, et un décalage avec une foule voulant encore y croire, entonnant des « Nicolas président ! », et que ledit Nicolas coupait systématiquement dans son élan.

Après les derniers mots prononcés, on a vu Nicolas Sarkozy, debout au bord de la scène, l’air ému, écouter l’ovation en murmurant « merci, merci, merci ». On aurait dit un comédien à succès ayant annoncé qu’il arrêtait sa carrière et qui, à l’issue de la représentation finale, ne parvient pas à quitter la scène.

Enfin descendu, il a serré quelques mains et s’est éclipsé. Pendant ce temps, de l’autre côté de la capitale, François Hollande s’est offert un bain de foule de plusieurs dizaines de minutes.

C’était à Paris aujourd’hui. Deux représentations magistrales, magnifiquement mises en scène, l’une pour un acteur finissant et l’autre d’un artiste dont la carrière prend son envol.


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Photo : UMP Photos – licence Creative Commons

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