Vers la sortie de Bayrou 7

Par Saint-Simon

Cette fois-ci, ça y est, l’implacable machine à broyer les candidats à la présidentielle a fait son sort à François Bayrou.

Celui qu’on présente souvent, à raison, comme le plus « habité » par la certitude de devenir un jour président de la République, a dû se faire une raison. Il ne le sera pas encore cette fois. A dix jour du scrutin, on ne passe pas de 10%, voire moins, à 25%, voire davantage.

Bien sûr, il ne l’avoue pas, et ne le fera pas, c’est la règle du jeu. Si on la transgresse, c’est la chute immédiate des intentions de vote et un score au final humiliant et ne permettant pas de peser sur le cours des évènements.

Les commentateurs jugent la situation de François Bayrou paradoxale. A première vue, elle l’est. Très haut dans toutes les enquêtes d’opinion qui mesurent la sympathie, la pertinence des prises de position et la crédibilité des candidats, il n’a pas réussi à décoller dans les sondages d’intention de vote, malgré un départ encourageant, et s’est même régulièrement tassé pour tomber, dans certains sondages, sous la barre symbolique des 10%.

Deux explications sont communément données : il n’y a pas d’espace pour un centre autonome en France et François Bayrou, isolé, n’a pas à son service de machine de guerre comme le parti socialiste et l’UMP avec leurs cortèges de militants et d’élus, et leurs moyens financiers. C’est vrai mais insuffisant.

Il ne suffit pas de croire très profondément à son destin présidentiel, de le préparer depuis longtemps, d’avoir fait des sacrifices, traversé des déserts pour incarner aux yeux des Français un président de la République.

Deux autres candidats remplissent cette condition d’une énergie tendue toute entière vers l’Elysée, d’un parcours politique semé d’embûches dirigé vers la magistrature suprême.

Nicolas Sarkozy qui a déjà été président et François Hollande qui fait depuis dix mois la course en tête dans les sondages, ont ce « plus » – dont l’origine et la substance sont un peu mystérieuses – que François Bayrou n’a pas, non plus que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon : le peuple français ne partage pas tout ce qu’ils disent, font ou sont, mais il voit en chacun d’eux un potentiel chef de l’Etat pour les cinq prochaines années. C’est toute la différence et la marche la plus haute qu’il est donné à très peu de personnages politiques de franchir.

Alors comment sortir de la présidentielle ?

Les proches de François Bayrou se livrent désormais au jeu des confidences à la presse pour, comme on dit, faire monter les enchères. Les uns penchent à gauche, les autres à droite. Les uns parient sur le « ni-ni » bien que leur candidat se soit engagé, en juillet 2011, à choisir après le premier tour, d’autres tablent sur un choix de raison, dans un sens ou dans l’autre, c’est selon. En résumé, personne ne sait ce que fera le Gascon dans les jours qui suivront le 22 avril.

Cela dépendra bien sûr des rapports de force au soir du premier tour, notamment du niveau atteint par Jean-Luc Mélenchon, de la capacité de François Hollande à gagner sans lui, de Nicolas Sarkozy à l’emporter grâce à lui, de sa stratégie pour exister dans l’après, de sa croyance ou non dans son étoile élyséenne pour 2017.

Beaucoup de conditions, beaucoup d’inconnues qui ne manqueront d’alimenter les spéculations dans les prochains jours. Ce qu’on peut noter avec certitude aujourd’hui c’est que François Bayrou n’a marqué aucune inflexion de son positionnement, ni vers François Hollande ni vers Nicolas Sarkozy malgré les appels du pied pressants de ce dernier ou de ses amis.

Le président du Modem semble au contraire prendre un malin plaisir à continuer à donner des leçons à l’un et à l’autre dans son style inimitable travaillé depuis 2002 mais qui tourne désormais à vide, à parler déficits publics et sang et eau à suer quand le sujet sort de la campagne.

Et si c’était cela le choix de François Bayrou : le baroud d’honneur avant le bras d’honneur à ceux qui l’ont privé de son destin ?


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