L’Allègre Sarkozyste 12

Par Saint-Simon

Claude Allègre en 2008 - cc Fondapol

Claude Allègre en 2008 - cc Fondapol

Il y a plusieurs sortes de Sarkozystes.

Les enthousiastes façon Nadine Morano : ils sont assez rares mais, on se demande parfois pourquoi compte-tenu du traitement que Nicolas Sarkozy réserve à ses proches, les inconditionnels existent. Ils sont prêts à subir toutes les humiliations et à partir pour un regard au feu en première ligne.

Les résignés ou compagnons d’infortune, nombreux : on n’a pas le choix de toute façon on est sur le même bateau, quand le vin est tiré il faut le boire, qui d’autre de toute façon pour le moment vu qu’il n’a laissé aucun espace à de potentiels rivaux, au moins il a fait l’union, etc.

Les contraints, pas rares, souvent centristes : ils auraient bien fait un autre choix pour la présidentielle mais le choix ils ne l’ont pas eu, sinon pas d’investitures aux législatives ou pas de remboursement de l’argent que l’UMP leur doit. Les contraints peuvent régulièrement constatés que le RPR a beau avoir muté en UMP, ses méthodes demeurent.

Les opportunistes, compte-tenu de la période pas les plus répandus : à un moment où la conjoncture sondagière pouvait laisser entrevoir une victoire de Nicolas Sarkozy, ils ont pensé se réserver une place au soleil. Ils commencent à comprendre que le bain de soleil se transforme en tasse bue et qu’il est trop tard pour changer de plage.

Les joueurs de coups d’avance, quelques-uns : avant tout le monde ils ont anticipé la défaite du président sortant et préparent déjà l’après.

Et puis il y a les aigris, ceux dont le génie est incompris, qui luttent contre tous et qui ne sont pas reconnus par les leurs. Claude Allègre en est l’archétype. Eric Besson aurait pu aussi concourir mais il est désormais plus préoccupé par le football que par l’avenir de Nicolas Sarkozy.

Brillant universitaire et chercheur, adhérent du PS dès 1973, Claude Allègre, après avoir officié dans l’ombre auprès de son ami de jeunesse Lionel Jospin au Ministère de l’Education nationale de 1988 à 1992, a eu enfin une responsabilité digne de sa valeur quand il a été nommé Ministre de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologies en 1997.

Las ! La démonstration de son talent et de sa vision d’une Education nationale moderne a fait long feu en se heurtant à grande vitesse à l’opposition forcenée de la quasi-totalité du corps enseignant – et non pas seulement aux syndicats –, pourtant initialement pas défavorables à ses projets de réforme. Il faut dire que notre grand réformateur adepte du top-down s’est comporté avec la délicatesse d’un mammouth dans un magasin de porcelaine. Pour réformer en profondeur, il ne faut pas commencer par violenter en profondeur.

En quatre années passées dans le gouvernement Jospin, avant de devoir remettre piteusement sa démission sous la pression de la rue, Claude Allègre a réussi la performance rare à la hauteur de son talent d’éloigner durablement le corps enseignant du parti socialiste alors qu’il lui était fidèle depuis des dizaines d’années. Il faudra attendre 2012, si on en croit les sondages, pour que les profs reviennent voter en majorité pour un candidat socialiste au premier tour.

Celui qui a choisi depuis un autre sujet pour être seul contre tous – contre l’ensemble de la communauté scientifique spécialisée sur la question, il affirme que le réchauffement climatique n’est pas un problème –, ne s’est jamais remis de cette avanie. Ne pouvant accuser son ami et mentor Lionel Jospin, il nourrit depuis une aigreur contre ces lâches de socialistes qui ne l’ont pas soutenu, et en premier chef contre François Hollande alors premier secrétaire du PS.

Le vinaigre ne cesse depuis de couler. La Présidentielle de 2007 en a déjà un peu été arrosée. En 2012, c’est l’inondation : François Hollande est à jeter aux oubliettes de l’histoire et le président sortant paré de toutes les vertus.

Simplement par besoin de vinaigrer, même pas pour briguer un maroquin ministériel sur lequel, à force d’espérer en vain un geste de Nicolas Sarkozy, il a dû faire une croix.

Les Français, les journalistes et la classe politique sont décidément ingrats avec celui qui a tant donné à la France : même l’aigreur de Claude Allègre les laisse désormais indifférents.


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Photo :  Fondapol – licence Creative Commons

12 Commentaires

  1. Michèlle Cotta, dans ses « Cahiers secrets de la Vème république » raconte que c’est Hollande qui a eu « la peau » d’Allègre auprès de Jospin pour les raisons indiquées dans cet article : la fuite des enseignants du vote PS qui s’est confirmée en 2002, nombreux sont ceux qui ont voté Chevènement à cette occasion.
    A l’époque d’Allègre ministre de l’EN, j’étais « jeune » prof de 50 ans après 25 ans d’entreprise, je trouvais ses propisitions plutôt intéressantes, mais il a tellemnt « braqué » les enseignants contre les parents entr’autres erreurs que j’ai fini par participer à ma première manif depuis 68.

  2. Lorsqu’il n’était « que » vulcanologue, Allègre bénéficiait d’une certaine reconnaissance dans son petit milieu, reconnaissance toute technique pour ses compétences, puisque par ailleurs, il avait déjà la réputation d’une tête à claques, n’hésitant pas à s’affronter (même à tort) à des sommités telles que Haroun Tazieff ou Katia et Maurice Krafft.
    Il a toujours eu besoin de provocation pour exister, il y a des gens comme ça…
    Aors, certes, il existe, mais il est plus ou moins universellement reconnu aujourd’hui comme « l’exemple à ne pas suivre » ; il est devenu celui qui sert de référence quand quelqu’un dit une grosse connerie et qu’on lui rétorque « on dirait du Claude Allègre ».
    Je suppose qu’il en faut, des gens comme lui.

  3. allègre c’est un type qui est pour ce qui est contre et contre ce qui est pour c’est une girouette et il a besoin de buzz pour exister personne ne le prend au sérieux

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  10. Soyons indulgent : il est possible qu’ALLEGRE soit en service commandé. Son seul soutien fait perdre des voix au Sortant

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