De Le Pen à Bayrou, le grand écart de Sarkozy 10

Par Saint-Simon

Militante inquiète au meeting jeunesse de Nicolas Sarkozy - © Razak

Militante au meeting jeunesse de Nicolas Sarkozy - © Razak

Décidément, 2007 n’est pas 2012 pour Nicolas Sarkozy. Il y a cinq ans, il avait une ligne claire et s’y était tenu. Pas de stratégie attrape-tout. Au premier tour, faire le plein de la droite traditionnelle et déshabiller Jean-Marie Le Pen de son électorat de 2002 en annexant ses thèmes de prédilection : la Nation, la sécurité, l’immigration, la valeur travail, l’effort comme antithèse de l’assistanat. Et au second tour, il lui avait suffit de récupérer 40% des voix de François Bayrou pour l’emporter. Une tactique somme toute assez classique : rassembler les voix de droite au premier tour et élargir son assise électorale au second.

Bien avant le début de l’actuelle campagne présidentielle, le président en fin de mandat avait installé la même stratégie. On se souvient du feu-vert donné à la  » droite populaire « , composée des plus droitiers des députés UMP, pour se lâcher sur les thèmes frontistes, et des multiples polémiques déclenchées par son ministre de l’Intérieur Claude Guéant – dont la dernière portait, avant qu’il ne laisse la place à son champion, sur  » les civilisations qui ne se valent pas « . Aucunement des dérapages incontrôlés mais un plan calculé qui n’avait d’autre but que de commencer à préparer l’opinion au tournant du futur candidat de l’UMP vers l’extrême-droite.

Très logiquement, la campagne de Nicolas Sarkozy porte pour l’essentiel, si on exclue les centrales nucléaires, sur des sujets et surtout une manière de les aborder qui étaient avant 2007 l’apanage du Front National.

Aujourd’hui encore dans le Var, terre traditionnellement très à droite, il a longuement expliqué pourquoi il est nécessaire de diviser par deux le nombre d’immigrés légaux en France car dit-il,  » je ne peux pas accepter une immigration qui ne serait motivée que par la seule espérance de consommer des prestations sociales plus généreuses en France « . On ne saurait traduire de manière plus explicite le fameux  » les étrangers mangent le pain des Français « .

Pour faire bonne mesure, il a dénoncé comme au bon vieux temps de Jean-Marie Le Pen, la  » gauche caviar qui adore dire : je suis l’ennemie de la finance, mais qui aime la fréquentation et la conversation de clubs huppés « , avant de partir se reposer deux jours dans la somptueuse propriété du Cap Nègre de sa richissime belle-famille.

Mais décidément, le greffe, cette année, ne prend pas. A croire que les électeurs du Front National n’aiment pas être pris deux fois pour des imbéciles. Les sondages, malgré une petite progression, plafonnent en effet désormais sans atteindre le résultat obtenu il y a cinq ans.

Or, plus encore qu’en 2007, le candidat de l’UMP a besoin de terminer non seulement en tête le premier tour mais avec un écart conséquent sur François Hollande. Le total annoncé des voix de gauche avec le score prévisible de Jean-Luc Mélenchon auquel s’ajoutent les voix d’Eva Joly et de l’extrême-gauche, est à un tel niveau que c’est la seule chance pour Nicolas Sarkozy de l’emporter, et encore d’un cheveu, au second tour.

D’où désormais les appels du pied insistants à l’électorat de François Bayrou. D’implicite ou subliminal avec l’affichage aux côtés de Jean-Louis Borloo ou l’hypothèse d’un premier ministre non UMP, l’appel au vote centriste est subitement devenu hier à Caen explicite lorsque Nicolas Sarkozy lui a demandé ce qu’il a en commun avec Jean-Luc Mélenchon.

Preuve que la boussole Sarkozy est déréglée par l’approche du pôle magnétique de la défaite, le président sortant ne se rend même pas compte que la question est parfaitement réversible : qu’a en commun l’électorat centriste avec le Front National ?

Comment les électeurs du centre, profondément demandeurs d’un pays apaisé, peuvent-ils accepter la promesse d’une nouvelle présidence qui heurte, qui divise et dresse les uns contre les autres ? Comment des européens convaincus peuvent-ils admettre que l’Europe ne soit désormais plus un idéal de paix et de développement, mais dans la bouche du président sortant, une forteresse à protéger ?

En anticipant dès le premier tour la logique de plus petit dénominateur commun qui vaut pour le second tour, quitte d’ailleurs à entamer encore son potentiel de report de voix, Nicolas Sarkozy, avec ce grand écart périlleux, risque bel et bien la déchirure.


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Photo : © Razak – Militante,  meeting jeunesse de Nicolas Sarkozy à la porte de Versailles le 31 mars 2012.

10 Commentaires

    • le cretinisme se tradut par une alteration irreversible des capacités mentale .votre cas est desesperé .

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  2. Ping : Sarkozy ou comment donner des leçons quand on a ruiné son quinquennat en 2 photos « Ze Rédac

  3. Saint Simon analyse bien . Les blousés de 2007 ne le seront pas en 2012.
    Ça s’entend sur tous les marchés et dans tous les bistrots.

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