Sécurité : Sarkozy, ce procureur impuissant 7

par Hemingway

Nicolas Sarkozy à Lyon le 17 mars 2012 cherche à montrer sa force

La campagne présidentielle de 2002 s’était faite pour l’essentiel sur le thème de la sécurité. Avec le résultat que l’on sait : le candidat socialiste relégué à la troisième place et privé de second tour. Celle de 2007 a été gagnée par le ministre de l’époque chargé de la sécurité des Français qui a gagné ses galons de président en mettant en scène de la place Beauvau ses qualités de battant et d’efficacité.

Jusqu’aux évènements de Toulouse, la sécurité était étrangement absente du débat politique. Les candidats de gauche faisaient campagne sur leur point fort, les questions sociales et éducatives, et Marine Le Pen sur la sortie de l’euro. Quant à Nicolas Sarkozy, malgré un départ tonitruant avec un grand virage sur la droite, il avait étrangement jusque-là délaissé les questions sécuritaires pour se concentrer sur l’immigration, l’Europe de Schengen, le mérite et la valeur travail. Il est pourtant crédité par tous les sondages comme le plus crédible en la matière alors qu’il est distancé sur la plupart des autres thèmes.

Par crainte d’être attaqué sur son bilan ? Plus certainement parce qu’il avait programmé cette séquence plus tardivement dans la campagne.

Quoi qu’il en soit, Mohamed Merah et sa folie meurtrière ont imposé le sujet tout de suite et maintenant.

Culturellement pas frileuse dès qu’il s’agit de parler ordre, la droite s’est engouffrée dans la brèche, le thème de la sécurité ayant aussi le mérite de maintenir Nicolas Sarkozy dans la position régalienne qu’il a bien su réoccuper pendant la crise.

Il y a eu d’abord les confidences distillées pendant le siège du forcené Merah, sur le super-flic Sarkozy qui a suivi minute par minute les opérations – l’histoire ne dit pas s’il est resté 32 heures sans dormir – et qui a décidé du poste de commandement de l’Elysée de chacune de ses étapes.  Curieusement, après la polémique qui a suivi sur l’efficacité du RAID, le vrai commandant en chef de l’opération a été caché…

Il y a eu ensuite les traditionnelles annonces à chaud pour satisfaire une opinion publique dont on pense décidément qu’elle est incapable de comprendre que le temps de la réflexion est nécessaire en de telles affaires.

Puis, le discours de Strasbourg a constitué un enchaînement parfait entre les évènements récents et la campagne qui devait reprendre ses droits, avec comme trait d’union la question de la sécurité.

Enfin, ce matin, en attendant les prochains jours qui devraient être du même tonneau, le président de l            a république cette fois – on s’y perd avec ces deux casquettes qui changent tout le temps, parfois d’une heure à l’autre, heureusement il y a toujours une bonne âme de l’entourage de Nicolas Sarkozy pour expliquer aux journalistes qui nous le répètent si c’est le candidat ou le président que nous voyons dans le poste – organisait une réunion sur les questions de sécurité, pour discuter, semble-t-il, de l’efficacité de la police. On ne sait pas bien ce qui en est sorti mais l’essentiel c’est d’occuper le terrain.

On vous prévient en tous cas : attendez-vous à des mesures choc sans tarder…

Et puis, en parallèle il y a bien sûr la charge, nuancée comme il se doit, lancée contre les socialistes, ces incapables, ces laxistes, ces soixante-huitards attardés, qui vous laisseront tous égorgés sans même bouger le petit doigt si jamais par malheur ils reviennent au pouvoir.

Rendez-vous compte : si Mohamed Merah a connu cette dérive criminelle, c’est parce qu’ils n’ont voté aucune des lois sur la sécurité proposées par la droite et même pas celle sur la burqa. Moi, à des socialistes pareils, je ne leur confierais même pas mes enfants à garder en baby-sitting. J’aurais trop peur qu’ils deviennent délinquants dans la nuit.

Ces accusations de laxisme lancées à la gauche sont vieilles comme la droite. Reconnaissons que pendant longtemps, la gauche, particulièrement le parti socialiste car c’est lui qui a vocation à gouverner, a été mal à l’aise sur ces questions, soucieuses qu’elle était de ne pas empiéter sur les libertés publiques.

Mais rappelons à Nicolas Sarkozy et à la droite certaines vérités.

La gauche n’a plus exercé le pouvoir depuis dix ans. Dix ans ! Combien d’années faudrait-il pour que l’UMP cesse de la rendre responsable de la situation du pays ?

Avant même de quitter les responsabilités en 2002, sous l’influence de Jean-Pierre Chevènement et au contact de la réalité du pouvoir, la gauche avait rompu avec cet angélisme qu’elle cultivait parfois en la matière. Notamment, et c’était le sens d’une déclaration de Lionel Jospin pendant la campagne présidentielle, elle avait cessé d’établir un lien de causalité absolue entre insécurité et difficultés sociales. François Hollande, qui était alors premier secrétaire du PS, avait participé à cet aggiornamento idéologique. La campagne de Ségolène Royal en 2007 a fait le reste.

Le parti socialiste gère la plupart des grandes villes de notre pays. Ses élus sont confrontés tous les jours aux incivilités et aux actes plus graves. Ils prennent pleinement leurs responsabilités et n’hésitent pas à recourir à des moyens qui autrefois les auraient renvoyés sur ce plan dans le camp de la droite : polices municipales, armées parfois, caméras de vidéo-surveillance, etc.

Surtout, la droite, particulièrement Nicolas Sarkozy, chef de la police depuis dix ans, à Beauvau puis à l’Elysée, a un bilan. Ce mot est détestable, il devrait être supprimé du dictionnaire politique. Le problème c’est qu’un bilan, on en a forcément un, bon, moyen ou mauvais, mais on en a un. Et qu’il est lu à l’aune des promesses qui avaient été faites. Comme dirait Nicolas Sarkozy, c’est sûr, quand on ne promet rien, on ne risque pas de faire quelque chose. Son problème à lui c’est qu’il a beaucoup promis, beaucoup rodomonter pourrait-on même dire, fait de la sécurité son fond de commerce électoral, sa marque de fabrique. Il a beaucoup dénoncé, les juges et leur laxisme notamment, beaucoup vilipendé. Il a plus souvent qu’à son tour appelé à la sévérité. Et puis Nicolas Sarkozy a demandé à être jugé sur ses résultats.

Le résultat est là. Mauvais. Les moyens affectés aux forces de l’ordre fondent comme neige au soleil. 12 000 en moins depuis 2007. On nous expliquera comment on fait de la sécurité sans policiers ? Malgré la multiplication des lois sécuritaires, les statistiques de la délinquance se dégradent. Surtout, les atteintes aux personnes, plus insupportables en impact sur la vie quotidienne que les autres types de délits, sont en augmentation inquiétante.

Depuis 2002, Nicolas Sarkozy se comporte en procureur, accusant à tout va, livrant au tribunal de l’opinion tous les coupables, actifs ou passifs, de la délinquance.

Mais alors qu’il est en charge depuis dix ans du droit à la sécurité des Français, il a été impuissant à leur en assurer l’effectivité.

Procureur dans le verbe, héraut de la volonté qui peut tout, Nicolas Sarkozy est impuissant dès qu’il s’agit de contraindre le réel.


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