François Hollande a-t-il fait le plus difficile ? 3

Par Renaudot

François Hollande au Club Droit, Justice et Sécurités, février 2012 - © Razak

 

Au contraire de celle qui l’avait précédée, la séquence écoulée n’a pas été bonne pour François Hollande. Il a dû faire face à un renouvellement de violence verbale déchaînée de la part de Nicolas Sarkozy qui, laissant libre cours à la faiblesse de son surmoi, lâche ses coups sans la moindre retenue, dépassant en intensité ceux qu’il avait délivrés en 2007. Si on peut comprendre et partager le refus de François Hollande d’entrer dans le pugilat pour rester au-dessus de la mêlée et se comporter déjà en président de la République, le manque de pugnacité de ses troupes qui ne sont pas astreintes à la même pudeur, laisse par contre songeur.

Il est aussi advenu cette semaine ce que François Hollande savait qu’il adviendrait : un resserrement des courbes de sondages entre les deux principaux prétendants. Resserrement que l’Elysée a remarquablement théorisé en croisement des courbes marquant le début de la marche vers la victoire.

C’était attendu et annoncé. Mais dans notre système médiatique, ce qui compte c’est l’évènement, c’est la tendance nouvelle et du coup la dynamique qu’elle semble créer. Deux fois pourtant cette semaine, des sondages sont venus contredire complètement la légende naissante du croisement des courbes en continuant de placer François Hollande à un très haut niveau (30% et plus) et très loin de Nicolas Sarkozy. Ces deux enquêtes d’opinion ont été occultées parce qu’elle ne faisait que constater une situation préexistante. Là encore, si ce n’est pas au candidat de commenter les sondages, on aurait aimé que son équipe soit davantage à la bagarre comme l’a été celle de Nicolas Sarkozy.

La semaine passée  a également été marquée par l’irruption du président sortant sur un terrain où on ne l’attendait pas, celui du populisme anti-européisme cher au Front national. Bien qu’en contradiction évidente avec toutes ses actions et messages passés sur l’Europe, il a réussi par cet artifice à reprendre l’initiative de l’agenda des thèmes de campagne dont on dit que la maîtrise conditionne largement la victoire finale.

Enfin, c’est l’offensive Mélenchon qui continue avec en ligne de mire les électorats lepénistes et socialistes et comme viatique le réveil du souvenir en hibernation du vote non au référendum de 2005.

Avec tout ça, un candidat moins solide et installé dans l’opinion aurait dévissé. Pas François Hollande. Dans la pire des photographies d’opinion qui ont été prises ces derniers jours, il se tasse légèrement. Dans les autres, il demeure stable et à des niveaux jamais atteint par les candidats de la gauche depuis le début de la cinquième république, hormis François Mitterrand en 1988 dont la présidentielle a été marquée par un nombre de candidats beaucoup moins important. Si l’écart se resserre, c’est parce que Nicolas Sarkozy a grapillé quelques points, fruits logiques de son offensive.

Au second tour, le différentiel entre les deux finalistes demeure considérable, tout comme le potentiel de report de voix en faveur de François Hollande, et les manipulations du camp sarkozyste ne peuvent rien changer à cet état de fait.

Le calme, la maîtrise, l’attitude digne de François Hollande, son refus d’alimenter les polémiques, ont finalement payé.  En gérant la campagne comme un coureur de fond, avec un rythme régulier et quelques accélérations fortes, il est parvenu à passer sans trop de dégâts la séquence – qu’il savait délicate – courant entre l’entrée en campagne de son rival UMP et l’ouverture de la campagne officielle qui marque l’égalité stricte des temps de parole.

A partir du 20 mars, la campagne va effet changer de nature. Chaque candidat, y compris Jacques Cheminade, disposera d’une couverture médiatique égale aux autres. Il pourrait en résulter une forme de congélation des grands équilibres observés aujourd’hui avec une progression des petits candidats. Il est en tous cas certain que l’opinion sera moins exposée aux grands coups de boutoir sarkozyystes. Cette nouvelle phase privilégie celui des candidats qui est en tête avec une avance conséquente.

François Hollande a peut-être fait le plus difficile. Prendre d’abord beaucoup d’avance, la conserver pendant longtemps et résister jusqu’à la fin. Comme en football, les puristes préfèrent un jeu plus chatoyant. Mais quand c’est l’avenir de la France qui se joue, seule la victoire est belle. N’en déplaise aux gricheux.

 


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3 Commentaires

  1. La comparaison avec un match de foot est un peu hasardeuse car beaucoup de matchs se gagnent à la dernière minute, voire dans le temps additionnel et souvent au détriment de celui qui pensait « avoir le match en main ».

  2. Ping : Sarkozy et les affaires : l’omerta rompue par Royal « Ze Rédac

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