Villepin : tout ça pour ça … 7

Par Saint-Simon

Villepin lors du lancement de République Solidaire, 2010 - © Razak

Villepin, lancement de République Solidaire, 2010 - © Razak

Après un suspens quasi-insoutenable, le verdict est tombé, Dominique de Villepin ne sera pas candidat à l’élection présidentielle : « Je suis empêché de me présenter à l’élection présidentielle, faute des parrainages requis. Mais notre mission continue et notre engagement pour la France reste intact (…). Préparons-nous à faire notre devoir, encore et toujours. A la colère et à la peur, sachons opposer, une fois de plus, inlassablement, la raison et l’espoir ».

Tout Dominique de Villepin est dans cette formule. L’échec et l’inconstance masqués sous les traits de la grandiloquence.

Jacques Cheminade, qu’il est difficile avec la meilleure volonté de décrire autrement que par le terme d’hurluberlu, a obtenu les fameuses 500 signatures et sera candidat. Marine Le Pen, véritable sparadrap collé sur le nom des maires l’ayant parrainé, a également franchi l’étape des parrainages. Et Dominique de Villepin, ancien premier ministre, gaulliste, membre de l’UMP, héros du refus de la guerre en Irak, disposant de réseaux chiraquiens encore vivaces, ne serait pas parvenu à convaincre 1,3% des 36 700 maires de France de lui permettre de concourir, au seul motif qu’on les aurait empêché de le faire ?

L’explication est aussi courte que les moulinets du candidat empêché sont larges.

Depuis le 11 décembre dernier et sa déclaration d’intention de se présenter à l’élection présidentielle qui, pour tout vrai gaulliste normalement constitué, représente la conquête du graal, notre Don Quichotte de la politique française s’est manifesté à l’attention de l’opinion… surtout par son absence. Pas le moindre meeting, de rares déplacements de terrain, une présence médiatique cahotique. Pas plus d’idées que de vrais médicaments chez un charlatan. Pour quelqu’un qui devait sauver la France de la chienlit, on reconnaîtra que c’est assez pauvre.

Avait-il vraiment envie d’être candidat ? Et même de se battre pour l’être ? Poser la question c’est déjà y répondre.

Dominique de Villepin n’a que répulsion pour le combat électoral. Biographe de Napoléon, admirateur de la geste gaullienne, fils de famille, haut fonctionnaire, il nourrit un mépris profond pour ces « connards d’élus » qui s’en sont d’ailleurs peut-être souvenu lorsqu’ils ont été – mollement ? – sollicités. On fait mieux que l’insulte, l’arrogance et le dédain pour réveiller la libido endormie de nos maires ruraux…

Il faut dire que notre ancien secrétaire général de l’Elysée est plus à l’aise dans les palais ministériels qu’au cul des vaches, dans les cabinets noirs que dans les combats électoraux aux grand jour,  dans la déclamation que dans l’action concrète.

Lorsqu’il s’est essayé à l’action – hormis la parenthèse enchantée du refus de la guerre en Irak – avec sa recette miracle pour faire reculer le chômage des jeunes, le désormais célébrissime CPE, notre héros a dû ranger son sabre et subir une capitulation en rase campagne infligée par le général en chef Jacques Chirac, certainement moins flamboyant que son lieutenant mais plus au fait du moral des troupes. Ce qui n’empêche pas l’ancien premier ministre de donner des leçons de gestion gouvernementale à tous ceux qui lui ont succédé.

Les activités occultes ont longtemps été son passe-temps favori. Par bonheur pour lui, à l’Elysée, cette inclinaison personnelle correspondait à une nécessité professionnelle tant les affaires éclaboussant Jacques Chirac étaient nombreuses. A la tête du fameux cabinet noir, il a dû passer au moins 35 heures par semaines à utiliser son énergie créatrice à trouver des parades aux procédures judiciaires, à manigancer des coups tordus, à allumer des contre-feu assez rarement en cohérence avec la morale républicaine qu’il professe volontiers depuis.

A trop manipuler les officines, on finit par risquer la condamnation en justice et le croc de boucher. Nicolas Sarkozy a essayé de l’y pendre. Finalement, cannibale politique, il n’a fait qu’une bouchée de ce rival à la fois exécré et envié pour son port altier et sa taille qui lui évite les talonnettes. Ces dernières semaines, on ne l’a pas senti particulièrement inquiet d’une possible candidature de son ancien premier ministre. Il connaît bien son Villepin. Sa détermination proclamée n’était qu’apparence ou velléité.

En annonçant sa non-candidature – avec l’emphase que d’autres utilisent pour annoncer leur candidature… – , Dominique de Villepin a utilisé sa formule favorite : « le ralliement ne fait pas partie de mon tempérament » mais a ajouté « je prendrai position ».

Comprenez qu’il appellera, du bout des lèvres peut-être mais avec des mots qui nous font regarder le personnage avec un mélange d’admiration et d’ironie, à voter pour le candidat UMP, sa famille politique de toujours, qui a fait de lui un secrétaire général de l’Elysée, un ministre des affaires étrangères, un ministre de l’intérieur, un premier ministre. Le second tour de l’élection présidentielle ne laisse que peu de place aux positions entre-deux.

A à peine 60 ans, les cartes rebattues par une campagne présidentielle perdue par la droite – c’est sa conviction –, peuvent lui faire espérer jouer un rôle dans la recomposition de la future opposition. L’idée qu’il a de lui-même l’empêche de cesser de se voir un avenir politique.

Reste le sentiment d’une vaste imposture quand on observe le parcours de Dominique de Villepin : le verbe est aussi haut que les résultats sont pauvres. Un talent certain gâché par l’inconstance. Au final, tant de bruit pour rien ou si peu.

Dominique de Villepin lors du lancement de République Solidaire, 2010 - © Razak

Villepin lors du lancement de République Solidaire, 2010 - © Razak


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