Sarkozy : de Villepinte au « Grand Petit Journal », l’illusionniste 11

Par Lautréamont

Nicolas Sarkozy ce vendredi sur Canal+ - capture Salam93

Nicolas Sarkozy ce vendredi sur Canal+ - capture Salam93

Il faut bien admettre que Nicolas Sarkozy emporte la manche de la semaine. Non pas en raison de la réussite de Villepinte, qui ne laissera aucune trace dans les esprits tant le discours était confus et attrape tout. Non, en raison de l’incroyable capacité de son équipe à mettre en musique ce qui n’existe pas.

Il aura suffit d’un seul sondage, en l’occurrence l’IFOP, publié dans une dramaturgie toute élyséenne: fuite la veille au soir sur twitter, dépêche AFP en urgent, changements de maquette de dernière minute, tension excessive pour surdimensionner encore l’événement dans l’esprit des rédactions et le tour fut joué. En quelques heures, Sarkozy passa du statut de perdant absolu à celui de possible gagnant. Quelques heures ou la machine à illusions de l’Elysée fonctionna à plein. On vit un Sarkozy serein déambulant en province et on eut les éléments de langage diffusés à flot continu à la presse qui suit le Sarko Tour ainsi qu’aux éditorialistes les plus influents.

Objectif : accréditer l’idée que l’espoir a changé de camp et que toute la sarkozie y croit à nouveau.

Les 3 jours qui suivirent furent exemplaires à ce titre : confidences distillées comme il se doit, visage souriant du chef de l’état, phrases plus musclées, plus combattives, plus déterminées. Avec cet incroyable silence du PS et de François Hollande sur les affrontements entre CRS et syndicalistes devant le QG de campagne de Sarkozy jeudi. Pas un mot de soutien, ou si peu, avec sans doute volonté de ne pas entrer dans la polémique. On peut se demander si Ségolène Royal, elle, aurait laissé passe une telle balle en 2007?  En tout cas, cette balle ne fut pas jouée, ou si peu que la presse goba toute crue la fable d’une manipulation syndicale et évoqua à peine les propos de Sarkozy à l’égard d’un journaliste, le traitant de couillon. Honneur à Arnaud Leparmentier qui, pour Le Monde, fut le seul à décrypter le retour de cette opération séduction-aliénation entre le candidat UMP et les journalistes qui le suivent.

Pendant 3 jours, la campagne socialiste à subi sans réagir véritablement, face à une machinerie élyséenne redoutable et qui a déjà fait ses preuves en 2007, imposant son récit en quelques jours : celui du candidat en perdition qui passe du « aidez-moi » dimanche dernier à Villepinte à « on va gagner en fin de semaine ».

Le clou du spectacle étant le Grand Journal et le Petit Journal où Nicolas Sarkozy s’est promené, les mains dans les poches, sans contradictions, hormis les fou-rires de l’équipe de Denisot et ceux de Yann Barthez qui n’a pas su, malgré ses montages brillants, déstabiliser un candidat tout droit sorti de l’Actor’s Studio et adapte ses attitudes à son public. Un Sarkozy plastique et rigolard fasse à une équipe qui l’attendait certainement plus agressif. Le transgressif leur a infligé une bonne leçon mais qui peut peser lourd dans une campagne, quand, dans le même temps, le candidat du PS rechigne, à juste tire pour l’instant, à s’adonner à ces jeux de roles de bête de foire. Hollande garde sa ligne, sobre, solide, apaisée. Pourra-t-il la ténir jusqu’au bout face au bateleur de foire ? A voir.

En tout cas, la guerre psychologique commence. Car ce petit sondage dérisoire de début de semaine, contredit dans les heures qui ont suivi par un sondage où Hollande caracolait en tête, ce petit sondage semble avoir déstabilisé une équipe qui a l’habitude de faire la course en tête depuis 1an. Une équipe qui ne sait pas vraiment barrer dans l’adversité. Fort heureusement, le candidat, lui, le sait. Il semble garder la tête froide.

Mais il faudra une autre alchimie que le self contrôle pour obtenir la bascule dans l’isoloir. Un vote toujours piloté par la raison et l’élan, le rationnel et le désir.

Sarkozy fait vibrer le désir. Le moins noble : gagner plus d’argent (“je me bourrerai” comme il le dit dans le dernier livre de Fottorino) se battre et cogner, le désir sexuel aussi car on ne nous fera pas croire que sa longue tirade sur l’obsede fétichiste au grand journal hier était anodine. Sarkozy parle avec familiarité (“les couillons”). Ce vibrato d’instinct qui s’adresse, dirait les communicants au cerveau reptilien. Pour rappel, le monsieur nous a déjà fait le coup il y a 5 ans. Quand Ségolène Royal s’adressait au meilleur, faisait vibrer les foules avec l’humanisme, l’amour et la fraternité, Sarkozy exigeait qu’on liquide mai68.

Il ne faudrait pas avoir la mémoire courte et tout oublier.

Et si l’illusion d’optique à parfaitement fonctionne cette semaine, ce n’est qu’une illusion d’optique.


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Photo : Capture Salam93

11 Commentaires

  1. L’illusionniste, c’est exactement ainsi que je viens de le nommer en twittant votre article précédent.
    Face à tant d’irrationnel dans les arguments de campagne, les objectifs de certains, chez les Français, les médias et certains candidats, me vient la tentation de la superstition, de ne plus reflechir, de ne plus essayer de comprendre mais juste croiser les doigts pour essayer d’éviter 5 années supplémentaires de catastrophes quotidiennes.

  2. François Hollande a pourtant de l’humour , il l’a maintes fois montré ..pourquoi ne s’en sert il pas devant ce clown , car maintenant c’est bien NS le bouffon qui amuse la galerie , mais la galerie applaudit !
    du pain et des jeux réclamaient les Romains ..François Hollande nous promet du pain , mais il faut aussi des jeux ..la campagne de FH est solide, propre mais triste ..

    • complètement d’accord avec vous, la campagne de François Hollande est solide, propre mais si triste…..

  3. Ping : A Lyon, Nicolas Sarkozy trépigne … encore « Ze Rédac

  4. Ping : Villepin : tout ça pour ça … « Ze Rédac

  5. Ping : Sarkozy à Lyon : casse toi, pov môme « Ze Rédac

  6. Ping : Mélenchon – Hollande, ensemble tout devient possible « Ze Rédac

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