Pourquoi François Hollande va devoir reprendre l’initiative 5

Par Saint-Simon

François Hollande à Valence, le 13 mars 2012 - cc Benjamin Géminel

François Hollande à Valence, le 13 mars 2012 - cc B. Géminel

En campagne depuis un an, primaires comprises, François Hollande a l’assurance tranquille de celui qui a déjà affronté beaucoup de campagnes, même si ce n’étaient pas la reine d’entre elles, et qui a vécu des présidentielles de l’intérieur même s’il n’y tenait pas le premier rôle. Celui qui sait qu’une campagne pour la magistrature suprême est une longue course d’obstacles avec des haies qui se rapprochent les unes des autres au fur et à mesure que la ligne d’arrivée se profile.

Ce qui importe, tous les spécialistes vous le diront, dans une telle course, c’est de garder le rythme entre les haies. Même lorsque votre concurrent du couloir d’à côté revient à votre hauteur alors que depuis le début vous l’aviez toujours derrière vous. Un peu d’énervement, de précipitation, des gestes moins coordonnés et c’est la faute, la haie accrochée qui vous fait perdre un dixième de seconde, deux points dans les sondages.

C’est ce rythme que s’attache à conserver François Hollande depuis que la course a atteint la dernière ligne droite. Doté d’un rare contrôle de lui, que n’a pas son adversaire direct qui a déjà commis plusieurs fautes, il sait garder la tête froide. Il a présenté un programme lors du discours du Bourget et il s’y tient depuis – même s’il y apporte des précisions et des ajustements – en faisant œuvre de cohérence lorsque le président sortant apparaît brouillon et agité.

Seulement voilà, une campagne présidentielle ne se déroule jamais totalement en conformité avec les schémas préétablis. Ce serait trop simple pour la mère des batailles politiques qui fait passer les prétendants au révélateur.

Il se trouve que face à lui, François Hollande doit affronter un candidat redoutable, qui aime la castagne dont il a été frustré pendant cinq ans et qui ne rechigne devant aucune promesse, devant aucune contradiction. Qui a oublié qu’il a été président et qui cherche à le faire oublier aux Français.

Lorsque la cristallisation approche, une campagne présidentielle devient extrêmement binaire et exclut de plus en plus la nuance jusqu’à la faire disparaître. Le manichéisme devient roi tout puissant pour quelques semaines.

L’instant et le ressenti qu’il procure deviennent l’essentiel. Ce qui s’est passé avant, fut-ce la veille, tend à s’atténuer et à être dissout, écrasé par le rouleau compresseur du présent et des évènements qu’il charrie. Tout va très vite et ce mouvement est accentué par l’info en continue qui, tel un ogre, a besoin de sa chair fraîche d’actualité quotidienne. Nous-même, à Ze Rédac, nous trouvons certains jours que la campagne patine, devient molle, qu’il ne se passe rien alors que les candidats s’échinent à parler du fond des choses.

Nicolas Sarkozy est à la fois l’enfant et le géniteur de ce système. C’est sa nature. Il doit parfois être étourdi lui-même par son agitation, les crochets qu’il décroche et les promesses qu’il formule. Parfois la machine s’emballe et à force de tourner avec le vent il finit par se retrouver nez à nez avec ses propres contradictions. Mais le plus souvent il arrive à faire monter le moteur médiatique dans les tours.

Pour le moment, François Hollande parvient à juguler la vague et à continuer sur son chemin de sérieux et de cohérence et, au regard des résultats du second tour dans les sondages, les Français lui en savent pour le moment gré.

Mais il sait que l’opinion, gavée d’information par un nombre de supports qui croît de façon exponentielle d’une présidentielle à l’autre, est plus réactive qu’avant. 75% des personnes déclarant vouloir voter pour lui se disent certaines de ne pas changer d’avis. Restent 25% qui peuvent changer d’opinion et aller voir ailleurs. Une partie d’entre eux change en effet et fait bouger les curseurs sondagiers. De peu, certes, sans bouleverser les grands équilibres, mais suffisamment pour donner l’impression que la dynamique change de camp. Et la dynamique est essentielle car c’est elle qui fait l’actualité.

Depuis la fin du mois de janvier et sa déclaration de candidature, à chaque fois que François Hollande est resté immobile trop longtemps face aux coups de boutoir de son adversaire, il a perdu des points. A chaque fois qu’il a pris l’initiative en provoquant la surprise voire la polémique (discours inaugural du Bourget, taxation des très hauts revenus à 75%), il en a regagné et Nicolas Sarkozy s’est tassé.

Dans la séquence actuelle – selon le terme consacré –, c’est Nicolas Sarkozy qui est à l’initiative. Dans une dynamique positive également, Jean-Luc Mélenchon qui a doublé son score dans les enquêtes d’opinion en quatre mois. Chaque présidentielle sécrète une surprise. Le candidat du Front de Gauche postule pour être celle de 2012.

Sauf à être lessivé par la lessiveuse, François Hollande n’a donc pas le choix. Sans renier sa stratégie de maitriser le temps qu’il ne veut pas se faire dicter par les autres, il lui faut reprendre la main, devenir celui dont on commente et critique les propositions et ne pas être commentateur.  Il lui faut nourrir la machine.

Il lui faut trouver la juste mesure entre le candidat de la force tranquille et celui du combat. C’est ainsi qu’il incarnera aux yeux des Français la fonction présidentielle. Le chemin de crête est étroit et dangereux. Il a toutes les qualités pour parvenir à le franchir.


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Crédit Photo : Benjamin Géminel – licence Creative Commons

5 Commentaires

  1. je milite effectivement pour que Mélenchon, et pas seulement lui (on réduit trop le front de gauche à cette seule figure alors que ce qui fait notre force n’est pas à seulement) soit la bonne surprise de cette élection comme Le Pen en fut la mauvaise en 2002. Je rêve de cette surprise, pour donner tort à tous ceux qui nous ont méprisé. Quant à Hollande, je ne me prononcerai pas davantage… Mon opinion est connue.

  2. Vous redonnez le moral aux troupes quand on vous lit…..pour bien comprendre tous les aléas de cette campagne, vous êtes très utiles…..j’ai du mal encore à croire que Sarkozy pourrait faire tourner l’élection dans son sens et que nous pourrions l’avoir encore pour 5 années …..et pourtant avec sa mauvaise foi et ses propositions qu’il ne tiendra pas il remonte dans les sondages ….

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