Comment Nicolas Sarkozy peut-il rebondir ? 6

Par RichardTrois

Nicolas Sarkozy à Villepinte, dimanche 11 mars 2012.

Nicolas Sarkozy à Villepinte, dimanche 11 mars 2012.

Un semaine après le surpuissant meeting de Villepinte, Nicolas Sarkozy n’a pas passé la surmultipliée. Certes le « Président sortant » a réussi à recoller François Hollande, à jeter les bases d’un meilleur report des voix de l’extrême-droite sur son nom. Mais on est loin du compte. Loin du miracle que les marchands d’illusions nous ont survendu. Nicolas Sarkozy est si loin du tournant de campagne tant attendu que l’on se demande bien comment il va bien pouvoir rebondir maintenant que la campagne la vraie commence.

La vraie campagne, c’est d’abord celle où tous les compétiteurs sont connus et installés. C’est ce qui s’est passé cette semaine. Celle où les coups vont commencer à pleuvoir. Sauf « miracle républicain », Villepin se retire de la course, laissant ses potentiels électeurs se reporter sur d’autres candidats. Et puis surtout cette semaine, le cirque traditionnel des 500 signatures du FN terminé, Marine Le Pen a déclaré sa candidature à Henin-Beaumont. Et à l’écouter, elle ne va pas ménager Nicolas Sarkozy. Ni le laisser tranquillement siphonner, une nouvelle fois le FN.
Comme au judo, Marine Le Pen va s’appuyer sur la force que lui offre Sarkozy pour essayer le mettre à terre ou au moins le faire vaciller. Pour cela, Marine Le Pen peut s’appuyer sur 2 années de préparation d’artillerie offertes gracieusement par Nicolas Sarkozy. Le Président de la République, lui-même, lui a ainsi dégagé le terrain sur ces thèmes favoris. Plus besoin défoncer les portes à coup de dérapages, Nicolas Sarkozy a légitimé le lien établi par l’extrême droite entre immigration et insécurité avec le discours de Grenoble en 2010. Et il vient d’ouvrir le boulevard du lien entre déficit des comptes sociaux et immigration à Villepinte, réclamant que les frontières soient « défendues ».

Marine Le Pen n’a plus qu’à descendre le boulevard. Et taper sur le président sortant.

Les cartes qui pèsent lourd ne sont pas nombreuses dans la main de Nicolas Sarkozy. Mais il les bichonne et les gardes précieusement. Trop disent certains.

Le projet d’abord. Où est-il ? Personne ne l’a vu, la presse, les adversaires ne songent même pas à harceler Nicolas Sarkozy. Tout le monde accepté l’idée que le sortant ne livrerait ses propositions, son projet que par bribes à défaut de donner sa vision de la France et de la voie à emprunter pour assurer son avenir.

Tout le monde ? Non, pas vraiment, ça couine sévère à l’UMP où les militants ne savent simplement pas ce qu’il faut défendre sur les marchés comme le démontrait ce reportage des Inrocks dans une réunion UMP à Tours, où Guillaume Peltier, la star montante de la Sarkozie se faisait secouer les puces. Plus grave, le scepticisme gagne les plus hauts dirigeants. Jusque chez les ministres qui en off déclarent au Canard après Villepinte leur consternation :
 » Comme nos collègues, je m’attendais à ce que Nicolas donne sa vision de la France Forte. Il ne l’a pas fait. (…) Comment à 6 semaines du premier tour, peut-il ne pas avoir rendu public son projet ? Il y a vraiment quelque chose qui cloche dans cette campagne. « 

Il n’y a pas que le projet qui manque à l’appel. Le livre profession de foi tarde aussi à sortir. Ce livre qui devait permettre à Nicolas Sarkozy de s’adresser aux Français dans la longueur, en profondeur, de manière très pesée est lui aussi absent. Comme un joueur de poker qui croit peut être pouvoir faire tapis à la dernière minute, Nicolas Sarkozy garde cette carte là en main plus que de raison. D’après le magazine Le Point,  l’opuscule d’environ 180 pages, maintes fois retravaillé par Emmanuelle Mignon, la tête chercheuse de Sarkozy, en raison d’une première mouture exagérément larmoyante, devait sortir autour du 20 mars. Depuis plus aucune nouvelle. Pendant ce temps là, le livre de François Hollande,  » Changer de destin  » est déjà mis en place dans les librairies et se serait vendu à  » 11 582 exemplaires une semaine après sa sortie « .

Pas de projet, pas de vision. D’où une impression tenace de navigation à vue, que le candidat tente de dissiper en expliquant qu’il sait ce qu’il fait et où il va. Le problème est bien qu’il est le seul à le savoir. Le choix systémique d’une campagne guérilla où Nicolas Sarkozy croit affaiblir ses adversaires à sa droite comme à sa gauche en multipliant les  » surprises  » est un choix qui fait d’abord du mal au président sortant.

Et François Hollande l’a très bien compris qui appuie là où cela fait mal, en se présentant mercredi à Marseille, en candidat « de la cohérence, de la constance, de la confiance« , face à un président-sortant lancé « dans une fuite en avant« , qui « chaque jour fait une promesse nouvelle » ajoutant que son projet ne serait « pas une surprise, une virevolte, une improvisation « .

La stratégie du guet-apens, de la guérilla est une stratégie du faible au fort. Nicolas Sarkozy n’en sort pas grandi. Pire, il laisse voir et revoir le pire de sa personne, celle que les Français rejettent. L’agitation stérile. Cette incapacité à construire dans la durée en visant loin, toujours dans la même direction. A chaque intervention médiatique, à chaque coup, une nouvelle direction.
La campagne de Nicolas Sarkozy est à l’image de son quinquennat, une série d’embuscades médiatiques, de coups plus souvent malheureux qu’heureux, lesquels qui ont fini par lasser, par fatiguer les Français. Certes, le candidat assure le spectacle mais ne rassure pas du tout les électeurs.  Pire, il les inquiète.
Ce n’est pas comme cela qu’il va regagner une confiance largement perdue.

Au-delà des moyens, c’est la double équation personnelle et idéologique que Nicolas Sarkozy va avoir le plus grand mal à résoudre. L’équation personnelle, c’est à la fois celles de son comportement personnel. Et hier il a laissé échapper par manque de maitrise, de la vulgarité, du manque de respect et de l’agressivité. Le genre de comportements qui marquent. L’équation personnelle, c’est aussi son désir réel d’en découdre et de gagner comme nous l’évoquons ici aujourd’hui à propos de Carla et Giulia en Une de Paris Match. Tactique pour montrer son détachement ou réelle aspiration à une vie calme, apaisée, ailleurs qu’à l’Elysée. Les mois qui viennent nous le diront.

L’Himalaya de Nicolas Sarkozy reste l’équation idéologique à résoudre pour pouvoir sortir victorieux d’un second tour. La potion magique Buisson s’est transformée en poison qui violente le pays, mine la cohésion sociale, laisse des traces dans tous les milieux. Comment imaginer que cette violence verbale se transforme en quelques jours en un cercle vertueux ?


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