L’Ascension Mélenchon 21

Par Dante

JL. Mélenchon discours sur les retraites, Fête de la Fraternité 2010 -  © Razak

JL. Mélenchon discours sur les retraites, Fête de la Fraternité 2010 - © Razak

Des meetings pleins à craquer, une puissance tribunicienne qui en fait l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand orateur de la vie politique française, des mots qui font mouche et une détermination qui se lit, qui s’entend, qui se voit. Jean-Luc Mélenchon est probablement LA surprise de cette campagne, comme le fut Olivier Besancenot en 2002 (comme cela paraît loin) ou François Bayrou en 2007. Une dernière enquête CSA le crédite aujourd’hui de 11% des intentions de vote.

Ça y est, il a passé la barre fatidique des 10%. Et devient absolument incontournable, non seulement pour l’entre-deux tours mais aussi pour la suite, pour la ligne de gouvernement que devra choisir François Hollande s’il est élu président de la République.

À quoi tient un tel succès, et surtout une telle ascension ?

Probablement et avant tout au personnage. Car derrière la grande gueule un peu caricaturale, se cache un homme très cultivé, très l’élégant, qui possède, et c’est suffisamment rare pour le souligner en politique, une réelle culture, historique, artistique et littéraire. Ce qui imprègne tous ces discours. Il est l’un des rares hommes politiques à replacer le combat actuel dans l’histoire de France, sans les artifices habituels du Story Telling. Mélenchon vibre réellement pour l’histoire de ce pays et surtout l’histoire de ses luttes. Elles l’habitent, de façon presqu’obsessionnelle. Tout cela servi par un talent d’orateur hors normes, qu’il a travaillé pendant des années en s’inspirant de Jean Poperen, qui fut son maître en la matière. Il confiait il y a quelques années à des journalistes « j’allais voir Poperen en meeting et ensuite, je revenais chez loi et je mentrainais à faire sonner les mots. Un mot, ça doit sonner juste. »

Et ils sonnent, ces mots. Ils assomment parfois.

En 2005, le parti socialiste en fit l’amère expérience. Mélenchon se lança dans la bataille pour le Non en janvier 2005. À l’époque, le Oui était crédité de 80%. Il termina sa course avec un Non vainqueur à 55% . À chaque meeting, les foules enflaient car il n’a pas son pareil pour convaincre et expliquer en langage simple les concepts les plus compliqués. Au risque parfois de raccourcir dangereusement. C’est ainsi qu’on frisa souvent la ligne rouge en 2005, avec le plombier polonais.

Mais qu’importe, adepte des tirs de barrages et des exécutions sommaires en 3 phrases, traitant les Ouistes de vampires, Marine Le Pen de bigote mal éveillée qui essaie de se soustraire à la lumière qui fait exploser les vampires.

Terrorisant les journalistes sur les plateaux télé surtout lorsqu’il traite David Pujadas de laquais ou hurle à Arlette Chabot « Allez au diable ! » .

Et le candidat du peuple contre les élites fonctionne dans cette campagne. Les salles ne désemplissent pas pour écouter Mélenchon, qui ne supporte pas son surnom de Meluche. C’est aussi cela, le charme du personnage. Totalement éruptif et susceptible.

Qu’importe, il draine un nombre considérables de citoyens, bien au delà des cercles du Parti Communiste ou de ses propres réseaux particulièrement bien organisés, comme on l’a vu en 2005.

Un succès également dû à la ligne choisie : le peuple contre les élites. Ça fleure bon la révolution, la prise de la Bastille, les sans-culottes et la commune. Une doxa déclinée sur tous les tons… L’Europe des peuples, la finance des peuples, le protectionnisme des peuples. Place au peuple souverain.

Un discours simple, clivé à l’extrême et qui réveille la gauche. Qui apporte cette part de ré-enchantement, de passion qui manque tant à la campagne des deux super favoris.

Et c’est paradoxalement la limite de Jean-Luc Mélenchon. Enfermé d’une certaine manière dans une sorte de folklore qu’il entretient lui-même, seule façon d’exister dans le débat bipolarisé comme jamais.

Enfermé dans le duel pour la 3ème place du podium avec Marine Le Pen, qu’il écrase pour le moment très largement dans les débats.

Enfermé dans une rhétorique qui tourne un peu court quand il s’agit de passer à l’exercice gouvernemental. C’est bien la force et la limite de sa campagne : on vote Mélenchon pour créer un rapport de force, mais jamais en pensant une minute qu’il peut accéder à la fonction suprême.

Et puis, chacun connaît aussi l’autre aspect de Jean-Luc Mélenchon, redoutable apparatchik, élevé aussi par « le vieux » comme il l’appelle, c’est à dire François Mitterrand, et donc capable des plus grandes envolées comme de tous les arrangements. Chacun sait qu’il refuse d’être ministre de François Hollande jusqu’au moment où finalement il acceptera. Il avait procédé ainsi en 2001, lors de la constitution du deuxième gouvernement Jospin.

N empêche, il fait du bien à la gauche. Car il nourrit cette flamme ouvrière et  populaire, trop longtemps abandonnée par le PS, hormis Ségolène Royal. Il recréée de l’espoir chez des citoyens qui ne veulent plus entendre le moindre discours des partis traditionnels et pourraient facilement être séduits par le discours de Le Pen. En ce sens, Jean-Luc Mélenchon est nécessaire à la gauche, comme un aiguillon qui freinera,  si son rapport de force se maintient en l’état, la tentation de la complaisance et des dérives.

En attendant, il monte, il monte, et c’est une chance pour François Hollande car ses reports de voix sont excellents. Et le candidat du PS aura besoin de cette verve, de cet élan dans l’entre deux tours.
Pas tout à fait faiseur de Roi mais incontournable.


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21 Commentaires

  1. Ping : Sarkozy : A l’UMP c’est chacun pour soi et gifles pour tous « Ze Rédac

  2. Me voilà affreusement déçue…Je crois que c’est le premier billet, sous votre plume, avec lequel je ne suis pas d’accord. Je devrais même dire absolument pas d’accord. Ni l’analyse ni les pronostics.
    Vous vous trompez sur plusieurs items.
    En premier lieu, sur l’entrée au gouvernement si Hollande était élu. L’idée arrange le PS de le marteler mais il ne le fera pas. La seule raison serait qu’il l’a dit, mais bon, comme sous Jospin… Mais la seule raison, je crois, pour laquelle il n’ira pas c’est que comme il le dit, quelque chose s’est levé. Rendez-vous compte qu’avec son faible pourcentage dans les sondages il attire en meeting autant qu’Hollande !! Un mouvement est né, autre que l’idiot utile du PS.

    D’autre part, il y a chez quasiment tous les militants PS un espèce de mépris qui tendrait à minimiser la pérennité du Front de Gauche. Et sincèrement ça devient pénible. Oh bien sûr vous vous en défendrez (comme tous les autres) mais le côté « folklorique », soi-disant, ça suffit.

    Ensuite vous évoquez le report de voix. D’un, la campagne n’est pas finie. Il reste le moment tant attendu de l’égalité stricte de temps de parole entre les candidats. On va enfin en finir de Sarkozy/Hollande, Hollande/Sarkozy. Cela pourrait, aussi, faire bouger les lignes…
    De deux, vous vous avancez beaucoup sur ce fameux report de voix. Moi qui vous parle, en ce 15 Mars, Hollande n’a pas ma voix. Je déciderai le 6 Mai, suivant la conjoncture.

    Je me soumets à la règle stricte de ne pas dénigrer la campagne de Hollande, et pourtant il y aurait de quoi, mais je ne veux pas rentrer là-dedans, considérant, qu’à priori je n’ai pas d’ennemi à gauche. Mais il ne va pas falloir trop me pousser, j’arrive à l’orée de mes limites ;-)). D’autant que je crois sincèrement qu’il n’y a pas de mauvais électeurs juste de mauvais candidat. Hollande doit nous convaincre et là, il en est à des années-lumières, en tout cas pour ce qui me concerne…

    Tout ceci dit sans animosité, parce qu’un billet sur lequel je suis en désaccord, ne fait pas le printemps de la bonne opinion que j’ai de vous ;-))
    Sans rancune !

    • Bonjour Corinne,
      Merci pour votre message. Beaucoup de choses très justes.
      Cependant pour ce qui est du report des voix, toutes les études quali et quanti montrent des reports de 85 à 95 en faveur de François Hollande. Ce qui n’est pas le cas à droite.

  3. Je crois que Corinne se trompe d’adversaire et la position aveugle des partisans de Mélenchon favorisera Sarkozy car il faut être lucide, Mélenchon n’est pas la voiture balai d’Hollande comme l’affirme Lepen mais le FdG favorise davantage Sarkozy en affaiblissant Hollande ! La raison doit l’emporter et non l’émotion !

    • Je crois que vous m’avez très mal lu ou pas compris Japp. 1) Je n’ai pas d’adversaire à gauche, je le dis expressément. 2) Vous êtes exactement dans le cas de figure de ce PS du mépris à l’égard des militants FdG. Entendez-le une fois pour toute, je me moque avec rage de votre vote utile, je vote par conviction. Ce n’est pas le FdG qui affaiblit Hollande, ce qui l’affaiblit est son programme gentillet qui ne changera rien à rien.
      Je vais vous dire, 10 pts d’écart au 2ème tour entre Sarkozy et Hollande laisse surtout à penser qu’une chèvre gagnerait contre le président sortant.
      Pour finir, je ne vous demande pas de réviser vos intentions de vote, j’attends juste que vous fassiez de même. Et ça, c’est ma raison qui vous le dit. L’émotion n’a pas sa place ici. En tout cas, me concernant…

  4. Ping : François Hollande : Fendre l’armure « Ze Rédac

  5. Japp
    Donc si je vous comprends bien, dans une élection présidentielle, à gauche, tout candidat non étiqueté Ps doit se soumettre ou se réduire au silence pour ne point gêner le favori ?
    Je n’entends pas le mêmre refrain chez Sarko pourtant confronté, outre à sa propre mauvaise popularité, à deux candidats redoutables, à sa droite, avec l’extrême droite et à sa gauche avec le centriste de droite.
    Au final, pas de pluralité de caididature à gauche et pluralité de candidature chez l’adversaire de droite ?
    Vous aurez remarqué qu’à gauche, deux candidats seulements pèsent plus de 5 % (limite à partir duquel les frais de campagne sont remboursés à 50 %). C’est déjà beaucoup pour vous ?
    La démocratie, pour vous, à gauche, sous le régime présidentiel, ce n’est qu’une seule et unique tête ?
    Le seul socialiste qui a remporté une élection présidentielle, et deux fois, s’il vous plait, est Mitterrand confronté en 1981 à Marchais et en 1988 à André Lajoinie et à Antoine Waechter.
    Vous dites quoi ?

    • Cher Thierry…En tapant sur le PS à longueur de temps, vous faites remontez Sarkozy dans les sondages et c’est bien triste de constater que le pire ennemi de Hollande est votre prétendue vraie gauche !

  6. Ping : Sarko Lacrymo « Ze Rédac

  7. 1) En 2005, le plombier polonais ce n’était pas l’argument de Mélenchon mais celui de De Villiers
    2) Non, il ne prône pas le peuple contre les élites, vu que le peuple est l’élite, juste l’élite contre l’oligarchie !
    3) En quelle langue faut-il qu’il dise qu’il ne va pas aller dans d’autre gouvernement que le sien pour que vous vous le mettiez dans le crane.

  8. Ping : Florange : Sarkozy s’énerve …. encore « Ze Rédac

  9. Ping : DPDA : Arrogance et vanité de Copé « Ze Rédac

  10. Ping : DPDA : Hollande n’a pas fendu l’armure mais … « Ze Rédac

  11. Ping : Carla : dodo l’enfant do « Ze Rédac

  12. Ping : Comment Nicolas Sarkozy peut-il rebondir ? « Ze Rédac

  13. Ping : Ze Rédac : Oui le “manger” c’est important ! | Ze Rédac Life

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