Quand Nicolas saborde Sarkozy 7

Par Miyazawa

Cette campagne sarkozyste restera longtemps comme un cas d’école et d’étude dans tous les amphis de science politique. Car rarement il nous a été donné de voir un tel sabordage du candidat par le Président sortant et vice versa.

Rarement un candidat n’aura coupé autant de joncs pour se faire battre, mis autant de détermination à démolir avec un tel systématisme sa propre campagne, sa propre parole.

Tout était très mal parti depuis le début avec ses confidences  » j’ai une famille, je sais où aller maintenant  » ( sur France 2 )… et  » si je perds, j’arrête la politique  » sur RMC.

Voilà pour les désirs profonds. On fait mieux comme signal conquérant.

Sur les lignes politiques, un durcissement à droite, une Lepénisation du discours qui ne colle pas avec ce que Nicolas Sarkozy pense vraiment sur les sujets qu’il avance. Avec le paroxysme des polémiques grotesques sur la viande halal. Voilà pour le risque de triangulation extrême.

Il fallait donc redonner de la hauteur à Villepinte. Se rehausser. Dépasser l’horizon français. Et ce fut fait, avec la provocation du matamore qui d’ailleurs à annonce la couleur  » je sais que je vais être critiqué sur l’Europe  « … Comme  s’il éprouvait un réel plaisir à se faire étriller.  Une forme de jouissance du mal aimé, cette figure sur laquelle il a construit tout son ascension politique , résumée en une phrase qu’il prononce à intervalle régulier  » on ne m’a rien donné, on ne m’a pas aidé. J’ai tout gagné , tout seul « .  Vanité, vanité, tout n’est que vanité, lui répondrait l’Ecclésiaste.

Comment Nicolas Sarkozy pouvait il imaginer relancer sa campagne sur l’Europe ? Qu’espérait il en annonçant un retrait éventuel de Schengen, lui, qui malgré les apparences, à toujours été un élève docile des marchés et de la Commission de Bruxelles. Lui qui n’a jamais brillé par son goût du protectionnisme et ses appétits pour la construction européenne. Lui, qui a combattu pour le « oui » et qui aujourd’hui cherche les voix du « non ».

Sa conversion subite au protectionnisme, allant à l’encontre de tout ce que le président Sarkozy, hier ne pouvait entraîner rien d’autre que l’avalanche de critiques, de questionnement, les mines dubitatives de ses propres alliés. Seul Yves Tréard dans LeFigaro semble désormais comprendre la parole et la pensée présidentielle. Mais quand il faut des interprètes d’une parole et d’une pensée politique, c’est que tout va vraiment très mal ?

What’s on Sarkozy’s mind ? C’est la question que tout le monde se pose, sans oser aller au bout de la réponse. Et bien osons une explication concrète : Nous sommes dans un sabordage, même inconscient, de sa  propre campagne par le candidat lui même.

Sa fameuse stratégie du bras d’honneur qui atteint ici son paroxysme.  Ce  » je vous em... » rituel qu’il sert à ses conseillers, ses élus, son premier ministre, ses magistrats, ses ministres, ses affidés depuis 5 ans. Et on l’entend déjà dire comme à son habitude « ça fait 30 ans que je fais de la politique, je sais ça mieux que vous « . D’ailleurs a-t-il seulement consulté quelqu’un, hormis Henri Guaino, avant de nous servir ce discours insipide, incohérent, inefficient, de Villepinte ?

Car comment peut-il imaginer que Villepinte sera le meeting de la reconquête quand dans la même phrase il plaide pour une Europe politique, une cohésion politique, et la phrase suivante, prévient qu’il va tout casser si ça ne se passe pas comme il pense que cela devrait se passer.

Comment peut-il imaginer reconquérir le cœur des citoyens, de ce peuple de France qu’il convoque à chaque paragraphe en lui parlant d’une entité, l’Europe, abstraite, lointaine, presqu’irréelle alors que le quotidien, lui est bien réel.

Comment peut-il imaginer qu’il réenchante même ses propres militants, certainement un peu dépités, avec ce sujet âpre et pour tout dire parfaitement désincarné dans une campagne présidentielle , et surtout à quelques semaines d’un premier tour de tous les dangers.

Comment pouvait-il imaginer reprendre des points dans l’opinion de façon spectaculaire en offrant un visuel discours, décousu de fil blanc, et des mines de tristes sires au premier rang. Il est quand même malheureux que Bernadette Chirac ait été la seule à faire vibrer passionnément la salle.

Mais à part ça, les sourires de circonstances masquaient à peine l’ennui du premier rang, hormis Carla qui bien sur regarde son mari, et c’est bien normal, comme un pélerin regarderait le saint suaire à Turin.

Aucune joie, aucun enthousiasme. Une équipe robotique pour un candidat mécanique.

Qui peut résister intellectuellement  et surtout croire à ces coups de balanciers, un coup à gauche, un coup à droite, comme un marin déboussolé qui met la barre à gauche, et se rapprochant dangereusement des rochers, remet un coup de barre à droite. Sans cap, sauf celui de sortir de la tempête.

Bertrand Delanoë a raison, qui comparait ce matin Villepinte à un vaste péplum.

Mais Sarko Impérator comme le surnomment dans les bons jours ses supporters s’est transformé en barde des aventures de Goscinny et Uderzo, sous les yeux d’Asterix Clavier et d’Obelix Depardieu.

Cet Assurancetourix qu’on bâillonne en haut d’un chêne pour ne plus l’entendre chanter.


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Crédit Photo : AP / Lionel Bonaventure

7 Commentaires

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