Après Villepinte, éloge du candidat normal 6

Par Renaudot

François Hollande avec l'Outremer, le 10 mars 2012 - cc Benjamin Géminel

François Hollande avec l'Outremer, le 10 mars 2012 - cc Benjamin Géminel

« Vous allez voir ce que vous allez voir ! Une fois candidat, Nicolas va tout bousculer avec plusieurs meetings et une idée nouvelle par jour ». Ainsi parlaient dans le courant du mois de janvier les conseillers de Nicolas Sarkozy.

Le fait est que, depuis le 15 février, le Président sortant enfin candidat multiplie les déplacements, les rencontres avec les vrais Français (ceux du peuple, ndlr), les meetings, les polémiques, les excuses, les confidences et les propositions. Oubliée la lente et laborieuse « représidentialisation » entamée deux ans plus tôt lorsqu’il parut évident que les Français attendaient autre chose de leur président de la République que « casse-toi pauv’con » et « avec Carla, c’est du sérieux ».

Dans cette campagne, Nicolas Sarkozy est redevenu lui-même. Comme si, perdu pour perdu, il avait décidé de se départir de toute forme d’hypocrisie et des oripeaux d’une fonction dont l’étiquette le corsète presque douloureusement. Ses prédécesseurs candidats à leur succession, avaient su conserver une certaine hauteur au débat. De l’Aventin présidentiel, Nicolas Sarkozy est descendu en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire dans le marigot des attaques et polémiques au ras du caniveau.

L’hyper-président est naturellement devenu l’hyper-candidat sous l’œil désabusé du peuple de France, lassé de dix années d’activisme sarkozyste, de rodomontades, de coups de menton, de « moi je » – encore 136 « je » hier dans le discours de Villepinte ! –, d’étalage de sa vie privée et de ses états d’âme, d’annonces, de contre-annonces, de contradictions.

Nicolas Sarkozy a d’abord passionné la France, puis lui a donné le tournis et enfin l’a fatiguée. François Hollande, formidable analyste de la vie politique, l’a le premier parfaitement compris en se présentant comme un « candidat normal ». Comme il se doit dans une campagne, ses rivaux de la primaire socialiste ont alors moqué cette formule. Ils se sont trompés comme se trompe aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Les Français aspirent profondément à une présidence normale, sereine, apaisée. Ils ne veulent pas d’un capitaine de tempête. Ils veulent une mer calme.

En présentant très tôt, d’un bloc, pas au coup par coup, son projet pour la France, le candidat socialiste a donné une cohérence à sa vision de l’avenir de la France. En distillant jour après jour des propositions, polémiques de préférence, briseuses de tabou comme il se doit, le candidat de l’UMP donne une impression de coups de communication, de sur-enchère, de fouillis, d’absence de ligne conductrice, en un mot d’agitation. En tentant d’imposer son agenda et ses thèmes, il ne parvient pas à capter l’attention des Français qui le regardent s’ébattre et se débattre comme une vache observe le passage d’un TGV.

On a vu ce qu’on a vu. En tombant du côté où il penche, Nicolas Sarkozy a annihilé le peu de chances qui lui restaient de renverser la vapeur. En 2007, les aspirations des Français correspondaient à son tempérament. Moment de grâce qui lui a donné la victoire. En 2012, les deux sont antinomiques. On dit couramment que la présidentielle est la rencontre entre un homme et le peuple. On devrait préciser le « tempérament d’un homme ».

En phase avec la France, François Mitterrand avait su être en 1981 le candidat du « changer la vie » et celui du « ni ni » en 1988. Nicolas Sarkozy n’est pas François Mitterrand.

Les Français feront les 22 avril et 6 mai prochain, le choix de la raison. C’est peut-être regrettable pour les commentateurs et les militants, mais la passion sera absente de cette campagne. François Hollande, par inclinaison et par calcul tactique, ne sera pas celui qui tentera d’enflammer le champ politique. A ses yeux, seule la victoire est belle. Après cinq années de présidence Sarkozy, on ne peut pas lui donner tort.

 


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Crédit Photo : Benjamin Géminel.

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