Sarkozy à Villepinte : le surhomme qui ne peut pas tout 10

par RichardTrois

Zeus ne peut pas tout - © Razak

Incroyable show. Jamais un meeting politique n’aura autant ressemblé à une méga-production hollywoodienne vide de sens. Ce n’était pas l’un de ces excellents films au budget énorme qui vous transportent, vous surprennent, vous mène par le bout du nez vers un climax qui change tout. Non c’était un des ces films où l’on se dit que le budget a été gaspillé par un mauvais script, un mauvais acteur dans un mauvais rôle. Pas assez inspiré, pas assez travaillé, tout simplement pas juste. Une grosse production sans émotion ni suspense, ni idée nouvelle.

Bref un mauvais film quelques soient les moyens employés. Fussent-ils monstrueux comme l’expliquait ce dimanche matin l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy dans Le Parisien.

Quel « pitch » pour ce mauvais script ? Un script dont on se dit que l’auteur, le scénariste Henri Guaino s’est fourvoyé, lançant son personnage dans mille directions qui ont perdu le public non militant.
L’histoire d’un démiurge, d’un surhomme qui a mis toute son énergie dans la bataille. Vous pensez que le mot surhomme est exagéré ?  Mais c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui le dit à Villepinte en avouant avoir pensé à propos de la présidence de la République : « cette responsabilité était inhumaine« .

Autre manière dire qu’il est encore l’homme de la situation, le surhomme, le chef dont la France a besoin.

Pourtant, et c’est là que l’on voit que le couple Sarkozy-Guaino est perdu, le même surhomme nous explique que ce qu’il a appris, c’est que le Président de la République ne peut pas tout. Jospin était un peu à Villepinte, lui que Nicolas Sarkozy critiquait sur France 2 cette semaine pour son « L’Etat ne peut pas tout » de 2002 :

« Il y a des souffrances que l’on peut pas apaiser », « Des usines des emplois qu’on ne peut pas sauver », « J’ai appris l’humilité devant ce que la vie avait pris et que je ne pouvais pas rendre » a ainsi déclaré Nicolas Sarkozy mélangeant de manière détestable toutes les souffrances, les morts aux champs d’honneur comme les usines qui ferment. Le tout pour ne parler au final que de ces sentiments personnels face la douleur. Quand les Français attendent de lui des actes, des actions.

Dans le scénario de nanard d’Henri Guaino, le surhomme Nicolas Sarkozy a quand même réussi à « tenir toujours envers et contre tout », « (…) si le Président ne tient pas alors c’est tout l’édifice qui s’effondre » nous dit Nicolas Sarkozy. Les Français devrait donc lui être reconnaissant pour s’être fait 5 ans durant le meilleur allié des extra-riches, des puissances de l’argent, de ceux qui justement minent l’édifice social, la cohésion sociale, ce mot que nous évoquions ici cette semaine et que même Bernadette Chirac est venue rappeler à la tribune, en même temps qu’elle apportait son soutien mais sans un mot de la part de Jacques Chirac.

Plutôt que de proposer des solutions pour consolider l’édifice, Nicolas Sarkozy s’est payé de mots dans un discours en contradiction totale avec son action et son bilan et s’est lancé dans des diversions, ratées.

Comment faire avec ce boulet qu’est son bilan ? Les équipes du candidat ont compris qu’il manquait un mot à leur slogan giscardien, la France Forte. Alors revoilà que l’adjectif « juste » fait son apparition dans le discours du surhomme qui ne peut pas tout.  Pour un peu il reprendrait le slogan de 2007 « Une France plus Forte pour un France plus Juste ». Mais le mot n’est là que pour attaquer la proposition de François Hollande de taxer les extra-riches sur leurs extra-revenus :

Les Français sont dans « le rejet de ce qui n’est pas juste (…) mais ils ne veulent de l’égalitarisme » déclarait Nicolas Sarkozy en évoquant la récompense du talent « c’est juste la réussite quand elle est méritée« . Comme si des revenus annuels de plusieurs millions d’euros pouvaient être justes.

Ratées et misérables les diversions de Nicolas Sarkozy, qui tout en appelant à la défense de l’idée républicaine, fait siffler par 40.000 militants, les syndicats, la Justice et les étrangers !

Et plutôt que parler aux Français des sujets qui les tenaillent, le logement, le pouvoir d’achat, l’éducation et l’emploi de leurs enfants, Nicolas Sarkozy s’est tourné vers l’Europe, une manière en creux de rejeter la faute sur la techno-structure européenne, pas celle des gouvernements conservateurs européen. Il s’est tourné vers l’Europe pour faire croire à la réconciliation entre la France du Oui et France du Non dont il voudrait être le symbole, alors qu’il est le premier fossoyeur de la cohésion nationale.

Ce que l’on doit retenir de ce mauvais film à très, très gros budget ? Que Nicolas Sarkozy rejette encore et toujours la faute de ces insuffisances sur les autres, lui qui pourtant a fait un quinquennat d’hyperprésident, contrôlant tout, sans accepter aujourd’hui la responsabilité qui va avec.
Pour preuve, il demande aux Français de lui accorder de nouveau une confiance qu’il a perdu. Sans doute définitivement.


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  9. Le clown du grand chapiteau qui n’aime que sa petite personne et méprise ses concitoyens aurait dû faire l’école du cirque plutôt qu’avocat car après le costume de président des riches le voilà accoutré du costume de candidat des pauvres ! Le sarkoshow en tournée dans toute la France ! Avec quelques filles de joie, le meeting de Villepinte aurait ressemblé à un spectacle de Berlusconi sur la cinque ( prononcez tchinnekwé pour les non-italophones)

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