Juppé, Fillon, Copé : 3 prétendants pour un parti malade 5

Par RichardTrois

JF. Copé, C. Bruni, A. Juppé, NKM et E. Besson à Bordeaux - cc UMP Photo

Ils sont désormais 3.
3 prétendants pour un parti malade, qui n’attire plus, voir fait repoussoir comme en témoigne la prise de distance particulièrement tardive de Rama Yade.

3 prétendants à viser la succession de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP. François Fillon, le Premier Ministre de Nicolas Sarkozy. Jean-François Copé à la tête de l’UMP. Et puis hier c’est Alain Juppé qui a laissé percer sa volonté d’être de la partie qui se jouera après la défaite de Nicolas Sarkozy.

Interrogé par Le Figaro ce vendredi sur son souhait éventuel de prendre la tête de l’UMP après la présidentielle, Alain Juppé a répondu qu’il fera « tout » pour « maintenir l’unité » du parti qu’il a fondé et sauvegarder « ses valeurs« , annonçant qu’il y aura « un congrès à l’automne« . Une annonce aussitôt perçue par Le Monde comme une anticipation de la défaite de plus en plus probable de Nicolas Sarkozy, puisque les statuts de l’UMP ne prévoient de congrès qu’en cas d’échec à la présidentielle.

Alain Juppé a donc hier pris bonne place dans le canot de sauvetage de ce qui ressemble à un lent naufrage. Alain Juppé est de toute manière un survivant. Un survivant qui revient de loin. Premier des chiraquiens, « le meilleur d’entre-nous » et Premier Ministre battant des records d’impopularité au milieu des années 90, il a ensuite porté sur ses épaules tout le poids politique et judiciaire des affaires de la Mairie de Paris. Jusqu’à s’exiler au Canada après sa condamnation. Pour ensuite revenir à l’échelon local mais comme Maire de Bordeaux tout de même. Et c’est Nicolas Sarkozy qui dans sa volonté de rassembler sa famille politique avant la présidentielle, lui a permis d’être en situation de peser au niveau national en l’intégrant au gouvernement comme Ministre des Affaires Etrangères.

Le voilà donc en bonne place pour la bataille qui se prépare déjà, celle de l’après-Sarkozy. Une bataille à 3 où Alain Juppé devra faire face à l’appétit de François Fillon et Jean-François Copé.

D’une part le Premier Ministre à la longévité inédite, le premier « collaborateur » Nicolas Sarkozy qui même très différent du Président, trainera comme un boulet le bilan et les dérives du quinquennat, qu’il a endossé à chaque fois, s’assurant un bail de 5 ans à Matignon. Il aura fort à faire lorsqu’il s’agira de faire valoir un « droit d’inventaire ». On pense notamment au discours de Grenoble, de Dakar et à tant d’autres. Ainsi le 2 février dernier, invité de « Des Paroles et des Actes » François Fillon: Fillon endossait le pire de Sarkozy comme nous l’écrivions ici.

En attendant François Fillon joue toujours les bons soldats du Sarkozysme de moins en moins triomphant. Et le voilà hier sur le terrain, à Morestel en Isère, devant un millier de militants tentant de les remobiliser essentiellement en tapant sur François Hollande. En ironisant sur les sondages qui pronostiquent que « c’est plié » pour la gauche d’un « bonne nuit les petits et faites de beaux rêves ».

Et le Premier ministre de se voir dans les pas de son mentor, Philippe Séguin, qui avait contribué en 1995 à renverser la vapeur en faveur de Jacques Chirac contre Edouard Balladur en mettant en garde contre les sondages qui prédisaient la victoire du second.

A la différence non négligeable que le « sortant » de l’époque c’était Balladur pas Chirac. Facile de renvoyer à Fillon son « bonne nuit les petits et faites de beaux rêves« .

Et dans le trio du futur combat, Jean-François Copé reste installé à la tête de l’UMP et a réussi à intégrer ses proches, jadis coupables de Chiraquisme voire pire de Villepinisme, les ministres François Baroin, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie et Bruno Le Maire, à l’Agriculture, Christian Jacob, à la tête des députés UMP.

Le patron de l’UMP fait la campagne de Nicolas Sarkozy loyalement mais sans non plus l’énergie débordante que l’on peut lui connaître. Jean-François Copé  va jusqu’à tirer une balle dans le pied de son candidat cette semaine en déclarant lors de l’émission C Politique de France 5 : « Vous voulez mon intuition?  Ça n’est pas prédictif, (…) c’est juste une intuition : c’est Nicolas Sarkozy qui va être élu« .

Copé reste cet homme qui même lors de la parution dans sa tribune collective avec Baroin, Jacob et Le Maire en septembre 2012 prenait le soin de préciser pas que la dite tribune ne valait pas une « allégeance » à Sarkozy.

Copé reste ce patron de parti qui n’a cessé d’encourager la fronde Rachida Dati qui sape avantageusement l’autorité du Premier Ministre en résistant à son parachutage à Paris.

Copé reste le secrétaire général de l’UMP qui s’est désolidarisé, très rapidement, des déclarations du Premier Ministre Fillon sur le halal et le casher, affirmant que lui ne prononcerait « jamais ces mots » et qu’il ne revenait pas aux politiques de se mêler des « prescriptions religieuses« , entraînant avec lui de très nombreux députés. Il est vrai que la boulette était particulièrement grosse.

Les fleurets, campagne présidentielle oblige, restent mouchetés mais la déclaration de Juppé est claire : il sera là pour sauvegarder « les valeurs » de l’UMP canal historique. Des valeurs de la droite républicaine que de nombreux chiraquiens voient comme bafouées par les dérives et les œillades répétées vers l’extrême droite.

Et c’est d’ailleurs au nom de ces valeurs que Rama Yade dénonce dans un entretien au Monde « une stratégie de droitisation qui ne fera pas reculer le FN« , ajoutant qu’elle « voit désormais se mettre en place [cette] droitisation qui est l’épilogue d’une série d’actes politiques qui vont du débat sur l’identité nationale jusqu’à la déchéance de la nationalité. »

Les 3 prétendants à la succession de Nicolas Sarkozy se livreront bataille pour le contrôle d’un parti qui a perdu de vue ses valeurs républicaines, ses valeurs fondatrices, et qui comme l’explique très tardivement, c’est le moins que l’on puisse dire, Rama Yade, est un parti qui a en permanence « le pistolet du FN sur la tempe« . Bref un parti malade et qui sera à l’agonie après des législatives qui pourrait le laisser sur le tapis. Des raisons suffisantes pour de nombreux membres de ce parti de se démarquer de plus en plus, haut et fort de la campagne de Nicolas Sarkozy.


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