Villepinte : Sarkozy face à son impasse idéologique 5

Par Dante

Nicolas Sarkozy, 2 jours après les incidents de Bayonne - cc UMP Photos

La compétence d’un homme politique, c’est d’abord et avant tout d’être entendu pour éventuellement être écouté.

Le problème de Nicolas Sarkozy est bien celui-ci : il est devenu inaudible. Une parole éparpillée entre mille mesures, des allers-retours ou des sillons tracés qui n’imprègnent plus les esprits, ne mordent plus l’opinion comme il avait su si bien le faire en 2007.

Il s’agit probablement là de son obstacle le plus important : le manque de créativité, d’innovation, de modernité. Il est à sec, comme on le dirait d’un écrivain devant sa page blanche et qui se prépare à réécrire l’éternel même roman.

Car c’est l’objectif de Villepinte : pouvoir exprimer enfin une esquisse de programme et non pas ces petits bouts par-ci, ces petits bouts par-là qui s’inspirent de 2007, sans avoir le moindre mordant. Une façon de resservir le même plat en se contentant uniquement de changer la salade.

Ça ne suffit par car l’homme doit faire oublier sa personnalité si décevante pour ceux qui ont cru si fort, si irritante pour ceux qui l’ont combattu si fort. Et son bilan, assez désastreux dans bien des domaines majeurs, qu’il s’agisse de la lutte contre le chômage, le pouvoir d’achat et la sécurité. Tous ses fondamentaux sont sapés, et ensevelis par l’échec en terme de résultats.

Le voilà au pied de son mur programmatique.

Si le braconnage sur les terres de Le Pen lui a permis de stopper la progression du FN dans les sondages, il lui faut désormais présenter une perspective autre que la viande hallal et réduction du nombre de députés. Toutes ces mesures très ont été lancées sans l’espoir de créer de la polémique, de faire tourner le débat autour de soi. Mais rien n’a marche car ça n’imprime plus, tout simplement.

À Villepinte, Sarkozy doit dire ce qu’il veut pour la France et comment il se projette avec ce pays dans l’Europe et dans le Monde.

Plus question de saucissonner mais bien d’avoir une vision. Et ça n’est pas le lyrisme désuet d’Henri Guaino vantant nos cathédrales, la République et les clochers de nos villages qui changeront quelques choses à l’affaire. On ne nous refera pas deux fois le coup de Guy Môquet.

Cette fois, il faut chercher plus profond et c’est mission impossible. Emmanuelle Mignon, qui avait construit pas à pas le logiciel du Sarkozy de 2007 paraît usée, à-côté, rigide et engoncée dans un passé glorieux, ses années passées dans la production cinématographique ne l’ayant certainement pas incitée à être la tête chercheuse qu’elle fut pour le Sarkozy de l’an .

Henri Guaino lui, est usé aussi. Tournant en boucle autour des mêmes rengaines qui ne correspondent plus au temps. Si l’homme est cultivé et possède une réelle connaissance de ce pays, sa vision sombre de l’histoire ne peut porter le souffle nécessaire à un candidat si rejeté par l’opinion.

Claude Guéant, lui, s’est noyé. Ministre de combat, même les plus inavouables, il ne perçoit plus du tout l’ensemble du jeu, ce qu’il faisait formidablement bien en 2007.

Quant à la jeune équipe, elle manque d’expérience, pour preuve le ratage du déplacement de Bayonne, qui est un tournant de campagne.

À sec, Nicolas Sarkozy qui est obligé d’user d’artifices qui ne font plus bouger une seule ligne.

Car s’il s’assure un premier tour de façon quasiment certaine, que faire dans l’entre deux tours ?

Comment faire turbuler à ce point un système pour que les reports de voix lui permettent une réélection même ric-rac?

La véritable impasse de Villepinte se trouve dans cette équation politique : que dire de neuf, quelle vision nouvelle pour faire passer au second plan les deux semelles de plomb que sont la personnalité et le bilan du candidat ?

Dans le secret du QG de campagne, le premier cercle le sait qui continue à monter des événements propres, voire XXL, comme devrait l’être Villepinte. Mais il s’agit d’une coquille vide.

Il reste si peu de temps pour trouver ce propulseur, comme le fut la fracture sociale de Jacques Chirac.

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve« . Sarkozy aurait du se remémorer ce conseil maoïste. En refaisant 2007 en moins bien, en usé et fatigué, il se retrouve à courir après le temps et François hollande. Il subit le match et le désaveu est tel qu’il faudrait vraiment un miracle, dimanche à Villepinte pour qu’il puisse sortir des cordes du ring.


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Crédit Photo : UMP Photo – Creative Commons

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