Sarkozy et les journalistes : une relation torturée 7

Par Crayencour

Hélène Jouan et Nicolas Sarkozy à Des Paroles et Des Actes

Rien de neuf sous le soleil chez ceux qui nous gouvernent. Depuis que le monde est monde, les rois, les princes et les ministres ont toujours entretenu un lien névrotique à ceux qui leur tendent un  miroir, qu’il s’agisse des grands artistes, louant la grandeur de leur règne, ou des journalistes, métier assez neuf dans l’histoire de l’humanité, narrant leurs grands exploits et leur petites faiblesses.

Chez Nicolas Sarkozy, ce lien confine au paroxysme. À la hauteur de son narcissisme.

Témoin hier, la passe d’armes très violente entre le candidat de l’UMP et Hélène Jouan, l’une des figures emblématiques de France Inter. Passe d’armes ou plutôt règlement de compte en direct, devant des millions de téléspectateurs ( voir la vidéo ci-dessous ).

Voilà un homme qui est président de la République sortant, rompu à tous les sommets, toutes les mécaniques, tous les honneurs et qui ne peut pas s’empêcher de remettre sur le tapis un papier, 7 ans plus tard. Oui. En mai 2005, Hélène Jouan a commis un crime de lèse -majesté, qui, si nous n’étions pas en démocratie, l’aurait conduite aux mines de sel pour une durée indéterminée. Elle est  la première, en effet  à avoir annoncé le départ de Cécilia. Elle fit ce jour là de l’information et non pas du people, tant ce couple semblait être une véritable unité politique. Et pourtant, Sarkozy ne lui pardonna jamais d’avoir été l’annonciatrice, l’oiseau de mauvaise augure. Et voilà qu’hier soir, sous nos regards médusés, un homme candidat à sa propre succession pour diriger la 5ème puissance mondiale, perdait deux minutes de trop pour régler ses comptes avec une journaliste certes brillante mais qui ne peut, dans la différence du rapport de force, répondre à la hauteur de la virulence de l’attaque.

Tout Sarkozy est dans cette image, cette scène. Un lien torturé avec ceux qui chroniquent au quotidien sa si longue carrière. Je t’aime moi non plus. Je te déteste mais je veux que tu parles de moi. Tu ne me comprends pas mais je voudrais tellement qu’on me  comprenne. Je suis un chef mais aussi  un être humain. Et en même temps tu ne peux parler de mon humanité. Sauf si je le décide. Une confusion des gens, des rôles et des sentiments, un entrelacs de sourires et de gifles.

C’est encore plus flagrant avec FOG, Franz-Olivier Giesbert, qui est probablement celui qui connaît le mieux Sarkozy et les animalus politicus. Il a d’ailleurs toujours magnifiquement chroniqué ces rois modernes. Notamment dans son dernier livre sur Nicolas Sarkozy justement. Cruel, sans complaisance mais si juste. La encore, le « je t’aime et je te hais » envahissaient  tout le plateau, de façon presque gênante car ces sentiments contraires et paradoxaux disent une vérité : nos dirigeants sont dans une seule obsession : eux-mêmes.

Avec Nicolas Sarkozy, on confine au sommet. Capable d’être gentil, chaleureux, séducteur avec le plus obscur des reporters comme avec le plus puissant des patrons. Capable de s’occuper de la carrière des uns et des autres, même si on ne lui demande rien, comme ce fut le cas de ce confrère qui traîne comme un boulet, les confidences d’un Sarkozy ivre de lui même, fanfaronnant dans un avion sur la place de chef que pourrait occuper ce journaliste. Voilà comment  l’on abîme un journaliste. Car rien n’est anodin dans tout cela. Tout politique cherche une forme d’aliénation, d’esclavagisme médiatique. D’écriture sous la dictée car aucun n’a vraiment compris ce qu’est un journaliste. Quelqu’un qui est payé pour observer et narrer ensuite aux citoyens, le fruit de ses observations. Parfois, les intérêts convergent, parfois ils divergent. La fameuse devise de Beuve-Méry  » distance et proximité « . Voilà le rapport de force inscrit entre un politique et celui où celle qui le suit. Ce balancier permanent entre séduction, cruauté, fausses confidences et parfois véritable empathie.

Sarkozy ne se sent à l’aise que dans cette confusion des genres. Les rédactions regorgent d’histoires de ces journalistes, convoqués au château pour écouter les états d’âme du patron avant d’être reconduits, que faire avec cela ? Un papier ? Rien ?

En les installant dans la fausse intimité, car ces chez gens-là, on n’ouvre jamais vraiment la porte, Sarkozy aliène à sa façon, pour contraindre et utiliser, séduire et engueuler. Humilier même. Pas un seul journaliste qui compte qui n’ait eu à subir des humiliations publiques, qui lors de sommets européens, qui lors d’un déjeuner de presse. Le prince décide qui le fera rire aujourd’hui et qui sera puni.  On se souvient de Laurent Joffrin qui en fit l’amère expérience lors d’une conférence de presse à l’Elysée. Et l’on a beau avoir le cuir tanné, un président reste un président et se faire admonester comme un petit garçon ou une petite fille devant des millions de gens est une épreuve, quoiqu’on veuille bien en dire.

Punition / récompense, voilà ce qui rythme son lien avec la presse. Connivence et menaces également. Quand tout va mal, apparaît la vrai nature du lien. Un lien de maître à esclaves totalement illusoire. Et lorsque les papiers venimeux et souvent justifiés fleurissent, Sarkozy tempête, crie à la trahison en oubliant que personne ne doit rien à celui qui gouverne, surtout pas un journaliste.

Un rapport passionnel, pervers qu’il paye aujourd’hui car il a face à lui l’un des rares hommes politiques à entretenir une relation presque saine avec la presse : François Hollande. Qui jamais n’humilie, ne blesse ou ne punit, parce qu’il aime tout simplement ce métier, lui à qui on a si souvent  souvent reproché de n’être qu’un brillant commentateur de l’actualité, une sorte d’éditorialiste de luxe. Et pourtant, ces années de commentaires incessants portent leur fruit car il a tisse un lien, si ce n’est horizontal, au moins respectueux en apparence avec ceux qui aujourd’hui couvrent sa campagne mais qui, c’est évident, le critiqueront vraiment, sévèrement, le moment venu,

Un atout précieux en tout cas, aujourd’hui, face à un Sarkozy charismatique et irritant  voire vexatoire. Qui ne peut que faire un constat en son for interieur : le miroir est fêlé. Il en est seul et unique responsable, esclave qu’il est de ses émotions, de ses injonctions paradoxales et de son égotisme. 


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