Un air de fin de règne dans l’Etat-UMP 7

Par Saint-Simon

Nicolas Sarkozy dans "Looking for...". Capture d'écran Arte

Nicolas Sarkozy dans "Looking for...". Capture d'écran Arte

En 2002, l’Union pour un Mouvement Populaire, héritière du RPR, prenait le pouvoir après cinq années de cohabitation, et commençait à en monopoliser tous les leviers, y compris extra-politiques tels que le patronat et de puissants groupes de presse amis. Seules des victoires locales de la gauche ont contesté, un peu, ce règne sans partage. Dix ans après, l’Etat-UMP semble arriver au bout d’un cycle qui appelle l’alternance.

Les premiers signaux inquiétants datent de plusieurs mois, voire de plusieurs années mais on n’y prêtait pas garde. Ou bien on s’attachait à leurs conséquences et non à leur cause profonde, c’est à dire le délitement d’un système. Ils ont fait polémique le temps que durent les polémiques, ont parfois ressemblé à de séismes politiques et ont quelques fois été de petits riens passés inaperçus. A l’aune de l’élection présidentielle approchante, ils prennent une cohérence d’ensemble.

Le signal le plus alarmant, c’est celui de l’odeur putride de l’argent mal acquis, de la corruption, des amitiés douteuses, des relations malsaines, du sentiment d’impunité qui peu à peu s’installe. Depuis 2011, les scandales financiers impliquant le pouvoir s’accumulent. On ne compte plus les proches du chef de l’Etat impliqués quand ce n’est pas autour de lui que la justice rôde sans avoir eu encore le temps – la latitude ? – de porter le fer comme elle l’a fait sur Jacques Chirac. Comme souvent, Ségolène Royal a osé, bien avant tout le monde, mettre les justes mots sur une réalité qui, observée dans son ensemble, porte beaucoup de traits d’un système corrompu.

Un autre marqueur d’un régime à l’agonie est celui de sa dérive népotique. Pratiqué de tous temps par les monarques républicains ou pas, le népotisme a atteint des sommets sous Nicolas Sarkozy. Népotisme au sens propre avec cette tentative désastreuse d’imposer son fils âgé de 23 ans à la tête d’un des plus importants établissements publics de France, l’EPAD. Népotisme imité par l’entourage du Président : jamais autant de filles ou fils de hiérarques UMP n’ont accédé grâce à eux à la carrière politique.

Népotisme au sens large avec la nomination de proches à des postes de décision. Nous ne sommes pas naïfs : le « spoil-system » existe en France même s’il est malséant d’annoncer à haute voix sa mise en œuvre. Mais rarement un tel niveau a été atteint. Pour deux présidences données à l’opposition (Cour des comptes et commission des finances de l’Assemblée nationale), le clan UMP a été systématiquement privilégié dans la haute fonction publique, dans les entreprises sur lesquelles l’Etat a une influence et dans les organismes publics et para-publics.

La perte du Sénat par la droite, après 53 années sans alternance, a fait l’effet en septembre dernier d’un tsunami politique et a été analysée comme un affaiblissement de Nicolas Sarkozy avant la présidentielle. Vrai mais pas suffisant. Depuis 1958, ce pouvoir exorbitant donné aux élus des petites communes – au regard de leur poids dans la population totale – dans les élections sénatoriales était le fondement et le rempart les plus solides d’un Etat construit par et pour la droite. En les faisant tomber, ces élus locaux ont sapé le cœur même du système.

La dérive ultra-droitière de Nicolas Sarkozy ces dernières semaines, son revirement inhabituellement rapide sur la question de l’étiquetage de la viande halal qui le met en opposition avec des communautés qu’il avait l’habitude de flatter plus que de heurter, son empressement à faire des annonces qu’il doit démentir lui même, montrent un royaume en train de vaciller.

Les troupes du chef sont gagnées par la débandade. Henri Guaino, furieux que la coterie concurrente ait gagné la bataille de l’influence auprès de Nicolas Sarkozy, perd littéralement ses nerfs dans un débat télévisé. Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du candidat, contestée dans son propre camp, désavoue les propos de Claude Guéant, lui même approuvé par Nicolas Sarkozy. Idem pour Rachida Dati, 10 jours, après avoir été appelée au secours dans la campagne.

Les rivalités intestines au plus haut sommet de l’UMP sortent désormais au grand jour. Les guerres sont de moins en moins larvées. Copé versus Fillon, Fillon versus Dati. Les conseillers du 7ème arrondissement de Paris proches du premier ministre ont obligé hier soir Rachida Dati, en quittant le conseil municipal, à le reporter. Lautréamont, dans un précédent article, racontait comment l’entourage du président sortant prépare la sortie.

Il en va à l’UMP comme au feu RPR. Lorsque les têtes commencent à dépasser et les voix à discorder dans les campagnes électorales, c’est que l’air de la fin de règne devient irrespirable.


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7 Commentaires

  1. Bonjour ,

    je lis toujours avec beaucoup d’intérêt et d’empathie les billets de Zeredac. A ce titre, je me permets une petite précision sur cette phrase :
    « Pour deux présidences données à l’opposition (Cour des comptes et commission des finances de l’Assemblée nationale), »
    Si Nicolas S. a nommé Didier Migaud à la tête de la Cour des comptes ,la présidence de la commission des finances revient DE DROIT à l’opposition . Ce fait a été entériné par le nouveau réglement de l’Assemblée Nationale , certes sous l’influence de N.S.en juin 2007 et signifie que si l’Assemblée passait à gauche , le président de la Commission des finances reviendrait à la droite . La nomination à ces 2 présidences est pour l’une , le fait du Prince , pour l’autre , le réglement , ce qui fait une petite différence . rendons à NS juste ce qu’il lui revient !

    bien cordialement

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