A quoi sert François Bayrou ? A lui-même 7

par Saint-Simon

François Bayrou, salon de l'agriculture 2010 - cc Régions Démocrates

De tous les candidats à l’élection présidentielle, François Bayrou est le plus capé. Candidat en 2002, en 2007 puis de nouveau en 2012, nous avons l’impression de bien le connaître et que s’il n’était pas dans la course, il ne s’agirait pas d’une vraie campagne présidentielle. Le vague sentiment finalement qu’il fait partie des meubles de la maison politique France. Et qu’il sera encore candidat en 2017 et 2022. Les candidats et les présidents passent. Lui reste.

A force de l’entendre répéter les mêmes mots, professer les mêmes leçons de démocratie et de vertu budgétaire, renvoyer dos à dos les candidats des deux partis dominants, dénoncer les choix dictés à l’avance par les médias, proclamer qu’il est le seul européen, on se croirait capable d’écrire ses discours à sa place. François Bayrou qui a été ministre de l’Education nationale du gouvernement Balladur en 1993, doit considérer que la répétition est la base de la pédagogie…

Et pourtant, nous mettons au défi quiconque de citer la moindre de ses propositions ou de ses concepts. Rarement un tel investissement personnel aura offert si peu au collectif. Les principaux candidats des précédentes campagnes présidentielles, gagnants ou perdants, ont tous marqué de leur empreinte la vie politique française. On pense à la fracture sociale de Jacques Chirac, au travailler plus pour gagner plus de l’actuel président, à l’ordre juste de Ségolène Royal. François Bayrou non. Sa seule empreinte, c’est sa présence.

Mais une présence opiniâtre, celle d’un montagnard entêté, laïque et habité à la fois.

François Hollande a la gourmandise du joueur d’échecs confronté à la plus difficile des parties mais qu’il sait pouvoir gagner s’il est habile. Nicolas Sarkozy est mû par un instinct presque animal de mettre en pièces l’adversaire. Marine Le Pen est confrontée au syndrome de l’identification au père. François Bayrou, lui, est habité du sens de sa mission, d’une croyance profonde que son destin est d’être président de la République française. Peut-être cette vocation qui l’a rendu capable de refuser de se faire acheter et de traverser deux longs déserts, est-elle née en même temps que son difficile combat gagné contre un handicap qui l’empêchait d’être lui-même ?

Les enquêtes d’opinion qui s’intéressent aux qualités des candidats le placent souvent en tête. On apprécie François Bayrou, on lui reconnaît une capacité à diriger la France, de l’honnêteté, de l’envergure intellectuelle. Une part non négligeable de la population française qui croit que les meilleurs des deux rives peuvent gouverner ensemble, est prête à lui accorder son vote. Mais il semble devoir se cogner, cette fois encore, à un impitoyable plafond de verre qui limite son rôle à celui de quatrième, voire de troisième homme de la présidentielle 2012. François Bayrou est l’éternel homme du premier tour. Celui qui croit ouvrir une troisième voie, s’arrête au bout de la rue sans issue, fait marche-arrière et reprend finalement exactement le même chemin.

Au final, on se demande à quoi sert François Bayrou. A quoi cela sert-il de fixer des électeurs au premier tour pour les laisser échapper au second, de donner l’impression d’un autre choix possible pour finalement laisser ses électeurs libres de choisir en espérant les retrouver la fois d’après ? Durant cinq années, il a, mi-calculateur mi-sincère, avec des mots souvent plus acérés que l’opposition socialiste Ségolène Royal mise à part, dénoncé la présidence de Nicolas Sarkozy qu’il a contribué à installer en refusant d’appeler à voter pour la candidate socialiste au second tour de l’élection présidentielle de 2007.

Aveuglé par ce qu’il croyait être son étoile, François Bayrou n’a alors pas compris qu’il sacrifiait l’intérêt du pays à son ambition personnelle. Après le 22 avril, il sera de nouveau probablement confronté au choix à faire. Pour le moment, en funambule éprouvé du ni droite ni gauche, il tient son équilibre, veillant à tenir une distance avec François Hollande et à ne pas frapper Nicolas Sarkozy plus que de besoin.

Cet admirateur d’Henri IV saura-t-il entre les deux tours faire passer la grandeur de l’Etat avant toute autre considération et à assumer un choix clair ? Nul ne peut aujourd’hui l’assurer. Tout dépendra de sa croyance en sa capacité à l’emporter en 2017.


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7 Commentaires

  1. Le troisième paragraphe discrédite totalement l’article. Vous semblez plus attaché aux slogans qu’au fond (la « fracture sociale » de Chirac comme empreinte sur la vie politique française, lol).

    Bon, sinon : Règle d’or budgétaire (à l’époque cela faisait ricaner), indépendance du Garde des Sceaux, langue française clé de tout à l’école primaire, reconnaissance du vote blanc, deux emplois sans charge dans chaque entreprise, 20% de logements sociaux dans les programmes immobiliers, etc etc …

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