Sarkozy : une campagne en torche 5

Par Lautréamont

Les parachutes de stabilisation ont été arrachés. ©NASA

Il est des signes qui ne trompent pas. Des signes de panique que l’on cache dans des périphrases.

C’est d’abord Jean François Copé, le patron de l’UMP qui a l’intuition, dit il, que Nicolas Sarkozy va gagner. L’intuition, quel drôle de mot. L’intuition, au doigt mouillé, à la lecture des os de poulet, du marc de café ou du vol des corbeaux le matin sur la plaine de Meaux. À bien  y réfléchir, dire qu’on a l’intuition, c’est laisser la place au doute. Ça n’est pas dire de toutes ses forces  » on va gagner « .

Dans un autre registre, justement, il y a François Fillon qui lui, le dit «  de toutes les forces, je ferai campagne « . Là encore, il faut chercher dans le creux des phrases l’étrange sentiment de défaite déjà installé. Quand un premier ministre déclare quelques lignes plus loin, qu’il fera son devoir et qu’il inaugure prochainement son QG pour les législatives, on comprend bien qu’il se prépare à conduire une campagne, certes pour lui, mais pour le camp du perdant à la présidentielle, par devoir. Et par devoir donc qu’il espère s’imposer comme le patron incontesté et incontestable de l’UMP. Avec 2017 dans le viseur. Penser à la prochaine, c’est acter qu’on a perdu celle qui vient.

Ensuite il y a le blues des militants. Sur les marchés, dans les meetings. Ils sont secoués, heurtés même pour les plus chiraquiens d’entre eux, les plus gaullistes par la tournure extrême droitière du discours de Nicolas Sarkozy.

Et même si des dizaines de bus et de trains vont converger vers Villepinte, le bleu du militant UMP est palpable, dans les regards qu’on aperçoit dans les meetings, sur les lieux ou l’on tracte et dans la réflexion de cette adhérente septuagénaire qui confiait hier  » ils l’aiment plus, les gens, Nicolas « .

Il y a également les plans d’évacuation dans les ministères. Untel cherche dans le privé, un autre appelle un copain pour rejoindre des agences de communication. On est loin du moral des vainqueurs et plus proche de la broyeuse qui élimine les notes trop sensibles.

Et puis ce chiffre de Villepinte. Lors du lancement de la campagne de Nicolas Sarkozy ( on a l’impression que c’était il y a déjà deux mois ) les équipes du candidat annonçaient 60 à 80.000 personnes à Villepinte. Aujourd’hui, c’est 40 à 50.000. Bien sur, au delà de 20.000 personnes, un meeting est de toute façon réussi, qu’il coûte 1 million € ou 3 millions d’€, ce qu’annonce l’UMP pour la Seine St. Denis.

Mais le problème n’est pas là. Personne ne doute du professionnalisme des équipes à mettre en scène cet événement. Léché et esthétiquement réussi.

Et après ? Qu’importe le flacon. Où est passée l’ivresse ? Et surtout que pourra dire Nicolas Sarkozy, que pourra-t-il annoncer pour réparer ce parachute qui part en torche !

Car c’est bien face à son équation personnelle qu’il se retrouve. Le problème qu’il n’arrive pas à résoudre. Non pas son bilan, non pas ses annonces. Non. Lui même. Sa personne. Sa personnalité. Irritante, brutalisante, clivante et qui semble devenu insupportable à tout un pays.

Et aucune annonce aussi forte soit elle, aussi sensée soit elle, ne semble pouvoir couvrir le bruit du désamour qui le lie désormais à ce pays et à ses propres partisans. Pas un seul ministre qu’il n’ait humilié, peu d’élus qu’il n’ait traité plus bas que terre. Peu de collaborateurs qu’il n’ait éreinté et accusé de tous les maux.

Le pire ennemi de Nicolas Sarkozy se nomme Nicolas Sarkozy.  » Pour être aimé, il faut être aimable « , disait Francois Mitterrand. Il ne l’est plus depuis longtemps.

Et ce n’est pas le soutien maladroit d’une grande austère qui se marre assez peu, Angela Merkel, ou la coalition de ces dirigeants de droite, dont l’image reste attachée à la purge imposée notamment à la Grèce, ça n’est pas ce soutien là qui changera quelque chose à l’affaire. Bien au contraire. Cette ingérence, même indirecte d’autres états dans un pays aussi rebelle à toute autorité et qui s’enorgueillit du syndrome  » village gaulois « , cette ingérence est contre productive.

D’autant que Nicolas Sarkozy est aussi mal aimé en Europe qu’en France. Ainsi, le quotidien conservateur Die Welt, titrait-il après le soutien annonce de Merkel à Sarkozy :
 » elle s’est amourachée d’une andouille « .

Quelle liberté de ton et surtout quelle considération pour celui qui se voulait le sauveur.

Et qui aujourd’hui sauve qui peut.


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Crédit Photo : NASA via Futura Sciences

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