Ralliement à Sarkozy : Borloo et Yade, le douloureux dilemme 4

Par Saint-Simon

Rama Yade, sept. 2009 - cc MEDEF

Qui connaît Arlette Fructus ? Sans être désobligeant à son endroit, on peut raisonnablement répondre : très peu de monde à part les militants marseillais et les dirigeants nationaux du Parti Radical.

Et si Arlette Fructus préfigurait le choix que feront Jean-Louis Borloo et Rama Yade de ne pas soutenir Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle ? A tout le moins, on peut parier qu’Arlette Fructus, avec ses mots forts et sincères, de dénonciation de la « stigmatisation des étrangers » pratiquée par Claude Guéant, se fait le porte-parole des états d’âme, du dilemme cornélien qui doit agiter les deux figures emblématiques du Parti Radical.

« Pour nous, radicaux, l’unité et la cohésion nationale passent par le respect de la personne, par l’égalité en droit et par la prise en considération de toutes les composantes de notre République. » Dans les propos de cette élue marseillaise, c’est toute l’histoire du Parti Radical, sa longue filiation humaniste malgré les vicissitudes de la vie politique l’ayant amené vers le centre droit, son attachement profond à une République ouverte, tolérante et intégratrice, qui est rappelée.

Le choix tactique – on ne saurait utiliser le mot « stratégique » qui nécessite une hauteur de vue dépassant les contingences immédiates – de Nicolas Sarkozy de tenter de siphonner les voix de l’extrême-droite, l’amène, lui et ses sbires, particulièrement le ministre de l’intérieur, à prendre le contre-pied de cette tradition républicaine qui s’est ancrée dans notre pays, après les fugaces tentatives précédentes, dès les premières années de la troisième République.

La ligne Buisson est faite d’épines acérées qui entaillent jusqu’au sang le modèle français, qui, des républicains et radicaux de la troisième et quatrième république, au général de Gaulle et à François Mitterrand et Jacques Chirac sous la cinquième, avait paru d’une santé solide.

S’ils n’écoutent que leurs convictions, Jean-Louis Borloo et Rama Yade diront tout simplement non à cette sur-enchère qui estompe petit à petit les frontières entre la droite dite « républicaine » et l’extrême-droite, au point qu’au jeu du « rendez cette phrase à celui qui l’a prononcée » on serait tenté de cocher et la case UMP et la case FN.

Qui peut en effet imaginer Jean-Louis Borloo qui avait un temps pensé, en 2002, intégrer un gouvernement sous la présidence de Lionel Jospin si celui-ci avait été victorieux, cautionner une telle dérive ? Est-il imaginable que Rama Yade qui a été, durant le quinquennat écoulé, une des rares à dire – parfois – non à Nicolas Sarkozy, et une des voix à s’élever contre certaines outrances de son camp, accepte ce qui ne relève plus de l’outrance isolée mais d’un choix collectif et assumé ? Supporterait-elle, comme Alain Juppé samedi à Bordeaux, d’être assise au premier rang d’un meeting au cours duquel son candidat ferait de l’étiquetage de la viande halal une politique pour la France ?

Auront-ils la force de résister à la logique bipolaire puissante d’une élection présidentielle qui veut qu’on choisisse un camp, plutôt qu’on ne choisisse pas. Hervé Morin l’a expérimenté à ses dépens alors même qu’il n’avait rien ou plus grand-chose à négocier. La pression, on l’imagine, doit être sur eux énorme – l’UMP héritière du RPR sait y faire  –, et les législatives se profilent…

Pour le moment, ils résistent ou donnent le sentiment de résister. Leur silence est en soi un acte de courage. Les mauvais sondages de Nicolas Sarkozy les y aident peut-être. Mais nous faisons le pari qu’ils ne tiendront pas jusqu’au bout et que le meeting de Villepinte mettra en scène leur soutien enfin accordé.

C’est que Nicolas Sarkozy a besoin de ralliements de poids au moment où un frémissement de discordance commence à se faire entendre au sein de ses troupes. On, a par exemple, peu relevé ces dernières semaines la dissonance de Jean-Pierre Raffarin qui, en vieux routier de la politique, connaît pourtant la loi d’une présidentielle selon laquelle, durant la campagne, pas une tête ne doit dépasser.

Sur le terrain des ralliements où tous ont leur importance par l’impression qu’ils produisent davantage que par leur rapport électoral sonnant et trébuchant, la prise de guerre ultime dans cette campagne d’avant premier-tour pour Nicolas Sarkozy s’appelle Dominique de Villepin si celui-ci n’obtient pas ses 500 parrainages. Ce soutien-là est-il possible tant les relations entre les deux hommes sont passionnels ? C’est la grande inconnue et nous aurons certainement l’occasion d’y revenir.

 


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Crédit Photo : MEDEF


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