Le piège tendu à Hollande par les droites européennes 9

par Miyazawa

Cour de Justice Européenne - cc Gwenael Piaser

Il en va de l’international comme du salon de l’agriculture. Il y a dans une campagne des exercices imposés. Et la rencontre avec ses ( futurs ) homologues européens en fait partie. Mais pour le moment, les portes restent fermées.

En 2007, Ségolène Royal avait été reçue par Angela Merkel, malgré les pressions ( déjà ) de Nicolas Sarkozy. Reçue également en Israël malgré la visite controversée au Liban, par Ehoud Barak et Tzipi Livni. Reçue enfin en Chine par le numéro 2 du gouvernement. Des voyages qui avaient tous été marqués par des polémiques, à tel point que cette fois-ci, l’équipe du candidat PS a décidé de réduire la voilure.

Et pourtant, nous sommes dans le domaine réservé du Chef de l’Etat. Et en cette fin campagne, marquée par les polémiques incessantes et la domination des affaires  intérieures, il serait utile de se présidentialiser un peu.

De poser en futur dirigeant d’un pays puissant dans une Europe déglinguée.

L’équipe de Hollande l’a fort bien compris et a entamé des discussions, depuis plusieurs semaines, avec les capitales européennes pour obtenir audience. Poussée, à juste titre, par Pierre Moscovici, qui sait de quoi il parle et a bien note la faille dans la  campagne socialiste.

Mais à chaque fois, ce fut une fin de non recevoir. En Italie, François Hollande n’a pu rencontrer Mario Monti. À Londres, il s’est contenté d’une poignée de main avec Ed Milliband mais pas de David Cameron, le premier ministre. Et la porte d’Angela Merkel reste close. Et ce n’est pas le démenti de Berlin qui y changera quelque chose. À aucun moment il n ‘est écrit que François Hollande est le bienvenu.

À l’évidence, le blocage est politique et concerté. Les gouvernements de droite européens  n’ont certainement pas très envie de recevoir ce futur allié qui promet de remettre sur la table tous les traités.

La France n’est pas une petite nation et l’accession au pouvoir d’un socialiste, aussi consensuel soit-il, ne peut ravir Berlin, Rome ou Londres.

Et quand l’UMP accuse Hollande de voir des complots partout, elle fait à nouveau preuve, et c’est de bonne guerre, de mauvaise foi. Il est évident que Nicolas Sarkozy bloque la machine et que ces dirigeants obtempèrent, non par amitié pour le leader français ( ou alors Angela Merkel est masochiste ) mais par pur calcul politique. La France à nouveau à gauche pose problème pour cette droite européenne qui domine quasiment tout l’échiquier et peut impulser à son gré, les pires politiques d’austérité comme on l’a vu pour la Grèce.

Mais il serait  trop simple d’imaginer que Francois Hollande peut tirer profit de l’image du Robin des Bois français contre le reste des méchants droitiers de l’Europe.

Car la petite musique que veut installer l’UMP est assez simple : s’il n est pas reçu, c’est non seulement qu’il n est pas crédible mais s’il est élu, la France sera isolée dans la tempête financière et économique avec des partenaires qui ne voudront pas travailler avec elle.

On pourrait rappeler à nos amis propagandistes que le principe de réalité s’imposera et qu’on ne voit pas comment Merkel refuserait de travailler avec Hollande. Mais il n’empêche qu’à 48 jours du premier tour, cet argument peut encore abîmer une campagne déjà pestilentielle. Et peser lourd dans le débat de l ‘ entre deux tours.

Et on peut compter  l’UMP pour produire des experts affirmant qu’avec Hollande, le chômage augmentera, les prix augmenteront, les salaires baisseront.

Le piège est tendu.

Au candidat socialiste d’en prendre la mesure et d’imposer diplomatiquement une visite à Berlin. Au moins de courtoisie entre deux dirigeants qui semblent jour après jour, voués à gouverner ensemble.


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9 Commentaires

  1. Le piège peut être contourné et détourné en mettant Sarkozy devant ses contradictions : il se présente comme le candidat du peuple à qui il entend rendre sa souveraineté mais organise, ou tout au moins ne condamne pas, cette initiative des conservateurs européens qui vise justement à priver le peuple de son droit à l’autodétermination via l’élection présidentielle (dont il est pourtant le seul dépositaire à travers le suffrage universel).

  2. Ne pas oublier que Merkel vient de prendre une claque avec la désignation d’un président dont elle ne voulait pas, sans compter la déliquescence de son allié FDP qui menace sa survie électorale en 2013 ; que la droite (mal « dé-Franco-isée ») espagnole arrive au pouvoir dans une situation économique assez catastrophique, avec manifs de masses dans les rues ; que Monti a probablement tellement besoin du soutien des Allemands qu’il est contraint de suivre le mouvement ; que la majorité de droite aux Pays-Bas est aussi en danger… bref ,les droites européennes au pouvoir n’y resteront peut-être pas longtemps, ce qui explique ce réflexe idiot et myope de refuser de recevoir Hollande. Cameron est hors circuit, car les Tories sont en majorité contre l’Europe.
    Si Hollande est élu, ils seront obligés de faire avec, après avoir expliqué que ce n’était pas personnel et qu’ils l’aiment et l’estiment vraiment beaucoup (!). Leur insistance aveugle sur l’austérité et rien que l’austérité (Pourquoi donc nous rappellent-ils le début des années 1930 ?) risque d’avoir les effets opposés à ce qu’ils espèrent. Et, dans ce cas, ils sauteront, plus ou moins tôt.
    Donc, pas de panique.

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  4. Cela montre à quel point l’affaire est sérieuse.
    L’affaire?

    Oui, la ligne économique du FMI, de la BCE et des dirigeants conservateurs européens qui en sont l’expression politique, ne doit sous aucun prétexte être mise en discussion, dans aucun Pays ni par les peuples ni par les dirigeants.

    A cette fin tout est bon: la férocité en Grèce, les Traités léonins, les mises en garde (comme celle de Mario Draghi décrétant la fin du modèle social européen) et un constant dénis de démocratie.
    En Italie on a nommé un gouvernement de banquiers sans passer par les urnes, en Grèce on a déjà empêché la tenue d’un référendum et maintenant on voudrait empêcher la tenue d’élections, en Irlande c’est encore le référendum qui pose problème…

    Forcément la victoire de François Hollande serait un véritable cauchemar pour ces gens, car la France est au coeur de l’Europe et cela pourrait annoncer partout sur le continent un sérieux retournement de l’action politique en faveur des peuples et non plus de la finance.

    Alors, comme d’habitude, ils font leur job.
    A nous de faire le nôtre, élire François Hollande et nous battre pour que les choses changent vraiment.

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