Le mortel ennui d’une campagne 7

par Crayencour

Qu’est ce qu’on s’ennuie !

Mon dieu qu’est ce qu’on s’ennuie dans cette campagne.

À part les militants échevelés qui crient « Nicolas Président » ou « François Président » qui ressemblent à des bandes préenregistrées, à part des convaincus qui brandissent leur tee-shirt et leur pancarte « Mélenchon Présidons » …
À part les bordée d’injures que s’échangent, de tranchées à tranchées, les deux camps : tiens, prends toi ton hallal, et toi tiens, prends-toi ton jambon de Bayonne, à part ça… Il ne se passe pas grand chose.

Et on ne peut pas dire que l’homme de la rue se passionne pour le débat .

On en parle peu dans les bistrots, on en parle peu dans les familles… normales, je veux dire. Car à la maison, nous en parlons beaucoup… puisque je suis journaliste et que mon amoureux l’est aussi. Mais sinon, à part ça… Rien qui dérange des débats enflammés sur le Oui et le Non. Rien sur les commentaires enthousiastes ou vachards sur les déclarations de Ségolène, le look de Ségolène,  le culot  de François Bayrou et le sens du combat de Nicolas Sarkozy.  Et il y avait du neuf, des idées, de la modernité : travailler plus pour gagner plus, les jurys citoyens, l’ordre juste. Ah rendez-nous 2007, rendez-nous 2005  ! Là au moins, on se sentait vivants, investis, impliqués. On vibrait comme au bord d’un ring. Il y avait du neuf, de l’hypnotique, de l’amour, de la haine, des héroïnes et des sauveurs.

Là, rien.

Un président transforme en hussard, condamné à charger, charger encore et traverser le pont sous la mitraille. Pas sur qu’il parvienne même jusqu’à la moitié du pont.

Un candidat socialiste qui tente de ne pas descendre dans les culs de basse-fosse droitiers.

Une fifille à son papa qui s’enfuie dès que Mélenchon fait les gros yeux.

Mélenchon qui fait son show, fait monter les enchères et ralliera le PS au second tour, après être monté dans les tours une fois deux fois mais pas trois fois.

Un François Bayrou curieusement éteint. Il a vieilli depuis 2007. L’acteur est fatigué et ses parts de marchés, à la fois populistes et européennes, sont prises par Hollande attrape tout .

Reste Poutou mais l’autre soir je l’ai pris pour un acteur de téléfilm avant de comprendre qu’il était le candidat du NPA.

Aujourd’hui encore, Nicolas ne nous a pas surpris. C’était du brutal. À pulvériser façon puzzle son adversaire principal, tour à tour traite de ‘lâche, cynique, laxiste, tartuffe, anti-républicain, irresponsable. On se renouvelle assez peu ces temps-ci, dans l’adjectif à l’UMP.  Mais chaque jour, c’est de plus en plus lourd et pour tout dire ennuyeux. Pas de quoi se relever la nuit.

On se demande bien d’ailleurs ce que cherche Nicolas. À réveiller la majorité silencieuse ? Là, elle a la migraine, la majorité silencieuse.

Quant à Hollande, il est gentil. Un petit côté Harry Potter face à Voldemort. Il parle même du verbe « aimer ». Dans « maire » il y a « aimer »… Bon… À l’évidence François Hollande peut mieux faire.

À part ça, hymne à la république plutôt bien trousse, pour Hollande à Dijon .

Et injonction à la République plutôt flippante pour Sarkozy à Bordeaux. Il y avait un petit côté : je vous ordonne d’être républicain sinon ça va mal aller. Effroi et sueurs.

Sarkozy devient de plus en plus hitchkokien, et on s’attend à voir à chaque instant, surgir des tentures, une garde impériale qui mettrait aux arrêts illico presto tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui.

Quant à sa stratégie, je laisse au soin de certains de mes confrères, l’analyse psychanalytique à 3 frcs 6 sous sur les pulsions profondes, narcissiques et autres qui poussent le chef de l’état à poursuivre dans cette stratégie brutale frontale.

Loin de la psychanalyse, le calcul est basique : il y a bien plus de gens racistes dans notre pays que de gens ouverts. Bien plus de gens qui n’aiment pas les immigrés que de gens qui les aiment. Bien plus de gens qui veulent plus de flics que de gens qui n’en veulent pas,

Tout cela est parfaitement pensé, réfléchi, et déclame d’un ton pose. La faille m’a-t-il semble, est ailleurs.  Sarkozy s’ennuie. Comme le disait sur ce site dernièrement Lautréamont, il y avait cet après midi dans son discours de Bordeaux comme une lassitude, telle d’ailleurs qu’il a interrompu les applaudissements pour se concentrer sur son texte. Oui, un ennui qui affleure comme si la chose ne le concernait pas. Comme s’il était étranger à lui-même. Absent de lui même .

Un signe. Non pas de découragement, mais de non-désir, qu’on remarque ça et la, dans des gestes, des regards, des mots.

Notre grand enfant -roi s’ennuie aussi ferme que nous, semble-t-il . Ce qui n’est pas le cas de Hollande qui poursuit sa marche, non pas triomphante, mais assurée. À un train de sénateur. Aujourd’hui , il parlait aux élus.  Renvoyer encore et toujours l’image d’un homme que rien n’ébranle, que rien ne peut venir bousculer dans le sillon qu’il s’est tracé.

Sarkozy l’a défie aujourd’hui en lui disant en gros  » viens te battre si tu es un homme « . Hollande s’est contente d’un haussement d’épaule en lui parlant France réconciliée.

Ça peut tenir comme ça jusqu’au bout. Il reste encore 50 jours à s’ennuyer ferme, Chéri.


A Lire Aussi :

– L’extrême droite à pas de Guéant par Lautréamont

– Féria de Bayonne : du bon usage des élus dans une campagne ! par Matrix

– Sarkozy en campagne : du risque d’être challenger par Hemingway

– De Bayonne à Bruxelles, Sarkozy ne parvient pas à « perturber » Hollande par RichardTrois

7 Commentaires

  1. @Nicolas_SarkUbu et @Angela_Sarkubu vous avertissent : Notre stratégie est celle d’Ubu, ne vous déplaise : « Nous jeter tous à la fois sur lui (l’autre candidat tard truffe parce que jamais ministre) en braillant et gueulant. Nous aurons chance ainsi d’entraîner les troupes ». Cornegidouille. Vrout !

  2. On dirait un article sur la Starac… sérieusement, vous l’appréhendez comment votre métier de « journaliste » ?
    Bref, vous montrez que la politique vous passe très loin au-dessus, il est peut-être temps de vous reconvertir dans la coiffure ou comme taxi, ma pauvre Bécassine…

  3. Ping : La semaine où Nicolas Sarkozy perdu la campagne ? « Ze Rédac

  4. Ping : Nathalie Kosciusko-Morizet entérine le volte-face d’un Nicolas Sarkozy perdu « Ze Rédac

  5. Ping : Le piège tendu à Hollande par les droites européennes « Ze Rédac

  6. Ping : Sarkozy : une campagne en torche « Ze Rédac

  7. Ping : Ralliement à Sarkozy : Borloo et Yade, le douloureux dilemme « Ze Rédac

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s