Sarkozy en campagne : du risque d’être challenger 5

par Hemingway

Depardieu, dans le Cyrano de JP Rappeneau

 

En 2007, Nicolas Sarkozy a fait la course en tête dans les sondages dès sa déclaration de candidature en janvier. Cette position de favori qu’il a conservée jusqu’au 6 mai, malgré le combat homérique qu’a mené Ségolène Royal dans une adversité ne venant pas toujours d’où on l’attendait, lui a permis de mener une campagne somme toute confortable, chaque prise de risque étant calculée, accueillie favorablement si ce n’est béatement par les commentateurs, chaque bévue passant miraculeusement inaperçue quand les erreurs de sa concurrente faisait l’objet d’infinis commentaires.

Bien que président sortant, Nicolas Sarkozy, a abordé l’élection présidentielle 2012 en position de challenger. A tel point qu’il a dû précipiter son entrée en campagne pour faire bouger les lignes, espérer refaire un retard considérable sur François Hollande et rétablir un déficit d’image personnelle dégradée comme aucun président de la cinquième république n’en a connu.

La magie de l’irruption en campagne, malgré la puissance déployée, n’a pas fonctionné ou si peu. Un ou deux points grapillés, correspondant à la remobilisation de son électorat naturel, et c’est tout pour le premier tour. Rien ou presque rien pour le second tour. Préalablement, la « présidentialisation » de son image, la posture du président rassembleur et protecteur, puis celle du capitaine de tempête seul à même de sauver le bateau France du naufrage, n’avaient pas non plus produit les effets désirés.

Que faire dans cette situation difficile ? Ce que fait le candidat challenger qui a pris conscience qu’il ne pouvait plus compter sur l’écroulement ou même l’érosion du favori : prendre des risques, jouer son va-tout.

Et prendre des risques… c’est risqué ! Nicolas Sarkozy le constate à ses dépens.

Risquée la rencontre directe avec les Français, sans les bataillons de CRS qui ont accompagné les déplacements présidentiels pendant cinq ans,  quand le niveau d’exaspération de nombre de nos concitoyens  est si exacerbé. Le maire radical-UMP de Bayonne avait pourtant mis en garde le candidat sur les risques de cette visite. Mais le tempérament de Nicolas Sarkozy et sa stratégie du tout-pour-le-tout ne laissent plus de place aux demi-mesures.

En rendant François Hollande responsable de la manifestation de militants indépendantistes basques,  en l’accusant de vouloir pratiquer « l’épuration » de tous les opposants si celui-ci parvient au pouvoir suprême, c’est cette fois le risque de dérapage que Nicolas Sarkozy n’a pu éviter. La stratégie de la tension permanente qu’il considère comme sa seule chance de s’en sortir, porte en germe, tôt ou tard, les propos incontrôlés qui mettent le feu aux poudres de la polémique électorale. Tant pis s’ils abaissent le niveau de la campagne et font le lit de l’abstention ou des extrêmes.

Le tout-pour-tout des annonces, toute pudeur électorale mise de côté – ce qui n’a jamais rebuté la droite… – peut également aboutir à la sortie de route. Deux fois cette semaine, le candidat UMP s’est voulu le porteur de bonnes nouvelles, deux fois il a été rattrapé par la dure réalité : en annonçant l’arrivée de la journaliste Edith Bouvier au Liban et en indiquant que l’investissement de 17 millions d’euros d’ArcelorMittal sur le site de Florange se ferait « sans aucun condition ». Sur le premier sujet, il a dû se démentir lui-même. Sur le second c’est le géant mondial de l’acier qui s’est chargé de la rectification en précisant que cet investissement se ferait « à condition » qu’il y ait une reprise de la croissance mondiale.

A trop tenter, on risque de tout perdre. Peu importe à Nicolas Sarkozy qui connaît trop les campagnes électorales pour ne pas se rendre compte que si les choses restent en l’état, il a perdu. Mais en admirable bretteur, toujours convaincu de sa capacité à faire bouger les montagnes, il espère encore pouvoir forcer le destin. Ou peut-être n’espère-t-il déjà plus ? Et dans cette hypothèse peut-être assisterons-nous à la campagne d’un Cyrano de Bergerac, jouant tous les coups à fond, pour l’honneur.
Mais attention de Cyrano à desesperado, il y a un pas facile à franchir et il n’en est pas loin.

 


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5 Commentaires

  1. On sens la panique envahir le camp Sarko,mais lui ,en vieux routier ne baissera pas les bras ,il emploiera tous les moyens jusqu’à la dernière minute .,même les plus abominables !

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