Nicolas Sarkozy : de l’attaque à la défense Réponse

Par Saint-Simon

N’ayant pu écouté la radio ce matin, j’ai regardé avec quelques heures de décalage sur internet la vidéo de Nicolas Sarkozy, invité de la matinale de France Inter. Je ne voulais pas manquer cela : cinq ans que ce n’était pas arrivé. A croire qu’il faille, comme pour aller à Rungis, être forcément candidat pour parler directement aux Français sur les ondes matinales…

De prime abord, notre Sarkozy national ne paraît pas avoir changé. Pugnace, enclin au monologue (seulement deux questions d’auditeurs en vingt minutes), maniant l’autosatisfaction comme d’autres la brosse à reluire, bonimenteur en diable lorsqu’il refait le coup de Gandrange avec Florange, se retenant pour ne pas traiter de gauchistes les journalistes qui l’interrogent.

Et puis, grande marque du style Sarkozy, l’art consommé de la question réponse posée à son contradicteur, censée imposer l’évidence du raisonnement qu’il est en train de développer, quitte à verser dans un simplisme mâtiné de démagogie. Ce type de questions à laquelle aucune personne de santé mentale normale ne pourrait donner une autre réponse que celle que lui-même sert : « Pensez-vous, M. Cohen, que les Français aient envie que la France devienne la Grèce ? Non ! » « L’Education Nationale va-t-elle si bien que cela qu’il ne faille rien changer ? Non ! ».

Un ton maitrisé mais de conviction, une connaissance des dossiers, une proposition choc répétée en forme de tabou brisé sur les profs qui seront payés davantage s’ils travaillent davantage, une annonce forte avec le sauvetage proclamé d’ArcelorMittal. Les ingrédients d’une recette habituellement payante.

Et pourtant il est frappant de constater durant ces quarante minutes d’interview que le Rafaël Nadal de la politique française qui faisait plier ses adversaires sous ses coups de boutoir, qui allait toujours de l’avant, s’est mué en un joueur de défense, habile certes à rendre les coups, mais incapable de renverser la partie.

Sur la défensive quant à son bilan. Comment expliquer sans se renier la suppression de 70 000 postes d’enseignants depuis 2007 tout en annonçant la fin du non remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite dans le primaire.

Sur la défensive quant à sa relation avec les Français. Comment croire, selon un auditeur, à ses rencontres avec les citoyens de France durant cette campagne lorsque pendant cinq ans ses nombreux déplacements en France étaient tous construits sur le même modèle : table-ronde avec des professionnels devant une salle remplie de militants UMP, et cordon étanche de CRS pour empêcher toute personne non invitée d’entrer dans la salle. Longue autojustification de Nicolas Sarkozy avec brandissement de ses deux talismans usés à force de servir de l’Etat irréprochable : la nomination de Didier Migaud à la tête de la Cour des Comptes  et le contrôle des comptes de l’Elysée par ladite Cour des Comptes.

Sur la défensive quand, pour prendre le contre-pied de François Hollande, il se lance dans une plaidoirie en faveur des grandes fortunes et de l’argent qu’il ne faut pas stigmatiser, confortant ainsi sans le vouloir son image de président des riches.

Sur la défensive lorsque la question lui est posée sur son comportement personnel comme président de la république. Longue justification du sortant qui, pour s’en sortir,  ne trouve pas mieux… que d’annoncer le sauvetage du site d’Arcelor Florange, tombant ainsi une nouvelle fois dans un des travers qu’on lui reproche lorsqu’on évoque son comportement : celui des effets d’annonce que la réalité rattrape ensuite.

Sur la défensive enfin et surtout par rapport à son grand rival François Hollande. Une des forces de Nicolas Sarkozy durant la campagne de 2007 a été d’avoir imposé son propre agenda, ses propres thèmes de campagne, obligeant ses adversaires à répondre à chacune de ses offensives.

 L’interview sur France Inter ce matin s’est jouée à front renversé : le candidat sortant, empesé par son bilan personnel et politique, a passé une bonne partie de l’émission à commenter et critiquer le candidat socialiste qui, en maestro des échanges politiques, a réussi à reprendre le contrôle du jeu grâce à son attaque contre les riches contribuables.

Nicolas Sarkozy est acculé en fond de cours. Comme tout grand joueur comprenant qu’il ne faut pas jouer à contre-emploi, il a le potentiel de rebondir et de contre-attaquer. N’en doutons pas, il jouera tous les coups jusqu’au dernier point. Le terrain économique et social lui étant pour le moment peu favorable, il sortira d’autres coups de sa raquette et choisira, peut-être, une autre surface : celle de la insécurité et de l’immigration.  La partie continue.


A Lire Aussi :

– Débandade à l’UMP : les mots pour le dire ! par Arsinoé

– Les leçons d’amateurisme de « Battling Sarkozy » par Belle-Amie

– La chute de la Maison Sarkozy par Le Troubadour

– Pulvar / Montebourg agressés : quelque chose de pourri au Royaume de France  par Lautréamont

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s