Les Forces de François Hollande 2

Avant l’émission ce soir « Paroles de candidat » sur TF1, revue des forces du candidat vainqueur des primaires dans cette confrontation impitoyable qu’est la présidentielle.

par La Licorne

F. Hollande au Mans - cc Aude Guerrucci

 

Il n’est pas là par hasard. Il n’est pas là par défaut. Il n’est pas là par faiblesse. Il n’est pas là par contrainte.

François Hollande a bel et bien remporté la primaire socialiste, mettant à terre Martine Aubry, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et Manuel Valls .

Et s’il doit à son ex-compagne d’avoir triomphé si largement, il n’en reste pas moins vrai qu’il a gagné tous ses galons de candidat.

Seul. Sans l’aide de quiconque. À ce titre, le parallélisme avec l’histoire de Royal est flagrant.

En 2006, personne ne pouvait imaginer voir la Présidente de Poitou-Charentes désignée, et de cette manière. Désignée par les militants contre les cadres du parti ce qui lui vaudra, en partie sa défaite.

En 2011, personne ne pouvait imaginer voir Hollande triompher, parti de si loin, parti si seul avec une poignée d’amis, parti avec un tel handicap. Un bilan médiocre à la tête du parti socialiste, aucune fonction ministérielle et une image de gars sympa et consensuel comme une maladie dans un monde où il faut savoir trancher.

Et pourtant, au fil du temps, et sur un coup de baraka inimaginable, l’expulsion violente de DSK, François Hollande avec persévérance et rouerie s’est imposé contre toute attente.

On pourra gloser sur ses métamorphoses physiques ( perte de poids, changement de lunettes ) qui firent plus pour lui que tous ses discours.

On pourra moquer ses non-décisions, son flou sur ses propositions, ses allers retours sur l’éducation nationale, la loi hadopi ou le quotient familial, François hollande a mené sa conquête comme un stratège formidable : pion par pion, étape par étape, chapitre par chapitre.

Persévérer

C’est probablement son maître verbe. Et il en fallait de la persévérance pour se projeter vers l’Elysée, en novembre 2006, lorsque c’est sa compagne qui est désignée par les militants. En décembre 2008, quand il perd piteusement le congrès, après son alliance avec Bertrand Delanoë et sa non-intervention lors de l’épisode terrible de la triche qui ôte tout espoir à Ségolène Royal de diriger le parti, et donc d’échouer dans sa nouvelle tentative de conquête en 2011.

Deux ans de traversée du désert avec ses amis, les fidèles parmi les fidèles, ceux qui y croient encore alors que lui n’y croit presque plus.

Et puis, recommencer à avancer, avec un objectif: le sommet de la montagne, sans dévier, sans bouger, sans dérailler.

Se maîtriser

La maîtrise, c’est la deuxième force de François Hollande. Et elle pose un problème, majeur à Nicolas Sarkozy. Impossible de faire déraper le candidat socialiste, impossible de l’entraîner dans le combat frontal. Et même si Hollande est parti dare dare à Florange alors que Sarkozy était à Petroplus, ces images en miroir seront probablement rares dans cette campagne. Le candidat socialiste refuse la confrontation, non pas par manque de courage mais par stratégie, pour casser la frappe de battling Sarko, condamné à boxer dans le vide,  à balancer des uppercuts dans le vent.

Maîtrise aussi de ses émotions. On l’a vu lorsqu’il à été enfariné. Il ne bouge pas. Reste plongé dans son discours. N’exprime aucune émotion, aucune peur, aucune angoisse. Nul doute qu’il les ressent mais il n’en montre rien.

Comme il ne montre pas devant les autres ses agacements, ses humeurs. Humeur égale. « Pour être aimé, il faut être aimable » avait coutume de dire François Mitterrand. Pour ce qu’on en perçoit lorsqu’il s’adresse aux autres ou aux journalistes, le candidat socialiste semble avoir fait sienne cette devise. Et même s’il reste cloisonné à l’extrême, et solitaire dans l’exercice du pouvoir et de la décision, les murs ne semblent pas résonner de ses hurlements et autres crises de rage.

Rassembler

Dernière force de François Hollande. Ce qui fut son pire défaut, sa pire faille, ses fameuses synthèses, devient aujourd’hui une force. Rien chez lui de clivant  pour ce qui n’est pas de son avis.

Hollande n’insulte jamais l’avenir, c’est à dire le moindre élu, le moindre conseiller général, le moindre premier fédéral, le moindre journaliste, petit ou grand.

Cette courtoisie systématique au service d’une immense ambition est devenu aujourd’hui sa force principale. Qui peut vouloir critiquer quelqu’un qui a toujours pratique la poignée de main, la claque dans le dos et le dos rond ? Le meurtre par étouffement ? Il ne tient jamais le couteau. Jamais de jugement à l’emporte pièce, jamais de jugement public humiliant. C’est beaucoup moins drôle, beaucoup moins aventureux, beaucoup plus convenu, mais c’est diablement efficace.

Ainsi Jean-Luc Mélenchon aura bien du mal à trouver une réplique aux querelles qu’il cherche. Idem pour Éva Joly.

Hollande rassemble, de la façon la plus traditionnelle qui soit, sans génie, sans créativité, au contraire  de Ségolène Royal, si cash, si étonnante de franchise et de formidable sens du combat. Hollande avance sans coup d’éclat mais cette pacification des relations politiques et personnelles  lui permet de s’assurer la paix durant une campagne. Et ça n’a pas de prix.

Un goût de la synthèse que l’on retrouve dans son programme.

Bien malin celui qui pourra dire si c’est un programme social libéral ou socialo gauchiste. Pas de prise de risque dans ses propositions. Des grandes lignes : la jeunesse, l’éducation et le pacte productif. Un peu de chair autour. Rien de révolutionnaire. Rien de droitier. À l’équilibre. Là encore, pas de création, pas de puissance sur les valeurs, comme celles que porta si brillamment Ségolène Royal, mal aimée des siens, en 2007. Pas de ferveur non plus contrairement a son ex-compagne qui fit rêver si haut des millions de gens, ni d’incarnation mais les temps sont-ils encore à la ferveur, le rêve et la magie de personnalités hors du commun ? Non, si l’on en croit les sondages.

Et s’il n’y a pas d’adhésion à sa personne, il n’y a pas de rejet non plus.

Après tout, le vrai talent politique, c’est d’être élu. La vraie force, c’est de gagner. Tout le reste n’est que littérature.

À ce titre, la France forte s’incarne aujourd’hui en François Hollande.

 


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2 Commentaires

  1. il manque une toute petite chose ,c’est le rejet de Sarkozy .Les français n’acceptent toujours pas la désignation d’une femme à la tête de l’état ? il était donc le seul qui pouvait battre le président sortant . Balayer d’un revers de main le bilan de FH est purement scandaleux ; il n’a pas hésité ,avec les caciques du PS à sacrifier la candidature de SR ? C’est purement inadmissible . il n’a rien fait pour rassembler durant 10 ans ,il a cautionné les tricheries de l’élection de la première secrétaire du PS ;il a menti en disant qu’il n’était pas au courant de l’affaire Banon ,des magouilles de Guerini et dans le nord Pas de Calais . Soyons sérieux ,après l’avoir tant critiqué on lui trouve maintenant plein de qualités . il a une chance inouï il profite du rejet de Sarkozy . il a piqué les idées de SR ,(sans le reconnaitre ) quel courage . Il s’est couché devant Fabius pour le referendum européen ,pour Reims , pour l’élection de la première secrétaire . Quel bilan !!, avoir osé dire dans les médias qu »‘il avait enfin trouvé la femme de sa vie . Quelle classe vis à vis de celle qui a partagé sa vie durant 30 ans!! . Lamentable ,aussi ses rétropédalages pour faire plaisir à l’un et à l’autre ;Alors oui il faut virer Sarkozy mais doit on pour cela encenser FH ?

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