De Versailles à Munich, la Grèce 4

par Spyros  ( Athènes )

Ils n’ont toujours rien compris et peut être leur faudra t il encore un enchaînement meurtrier pour comprendre que dans la longue chaîne de causes et d’effets, les peuples répondent toujours de la même façon.

Avez-vous vu cette image terrible? Cette femme dont la société doit fermer et qui veut se jeter d’une fenêtre.En finir parce qu’elle ne pourra plus payer le traitement médical  de son enfant, atteint d’ une maladie orpheline.  Cette photo fait le tour du monde depuis quelques jours. Elle est belle, cette femme, jeune, elle a de longs cheveux. On l’imagine dans sa vie de jeune femme moderne, d’un pays moderne. Des journées chargées. Elle court. Rit, chante. Aime.  S’agace. Se met en colère. Raconte sa vie à ses amies. S’engueule avec son mari. Passe des week-end avec ses enfants. Gére les courses, le ménages, ses nouvelles responsabilités au sein de sa petite société. Pilier parfois colère, rigoureux et détendue. Une femme belle. Qui, ce jour la, veut mettre fin à ces mille instants qui font une vie. Désespoir. Impossible de se projeter dans la minute qui vient. Angoisse totale qui entraîne au fond d’un puits dont on a jeté la clé. Cette photo n’est pas une caricature. C’est la vision suraiguë de ce que traverse mon pays.

L’aboutissement paroxystique de ce mépris de notre pays. C’est cela qui nous tue. Le mépris. Celui qui soutenait le traité de Versailles, rédige par l’arrogance des vainqueurs. L’arrogance, ce poison violent qui écrase, contraint, juge et immole.

L’arrogance, ce monstre froid qui généra la plus grande entreprise de destruction de tous les temps humains.

L’arrogance et sa face plus obscure : la lâcheté. Celle des munichois qui pensèrent avoir dompté la bête.

On sait ce qu’il advint.

Aujourd’hui, nous voici à nouveau face à la bête. Cette fois, elle est virtuelle, impalpable, inattaquable car, tel un serpent qui ondoie entre les pierres de nos maisons blanches et bleues, elle s’échappe pour reparaître dans le muret d’en face. Cette bête, c’est le capitalisme financier. Qui met aujourd’hui la Grèce à genou dans une indifférence coupable. Bien sur, nous aurons un énième plan de sauvetage, qui nous obligera à procéder à une énième purge, » la saignée des médecins du Moyen Âge  » comme le dit si bien Joseph Stiglitz.

Nous aurions mérité le respect, même si nos gouvernants avaient fauté. Nous aurions mérité le courage, celui de restructurer la dette, quitte à faire plonger les banques. Il fallait abattre la bête, dès le début, des le printemps 2010. C’est ce que préconisait Dr Doom ( Dr Catastrophe ), Nuriel Roubini, le seul économiste à avoir anticipé, des 2005, la crise des subprimes. Dans l’indifférence générale. Oui, il fallait restructurer quitte à perdre quelques milliards. Mais ils ont préféré sauver les banques.

Ils ont choisi les banques contre les êtres humains.

Auraient-ils fait cela, nos technocrates européens, si l’Allemagne, le Danemark, la France avaient été touchés ? Non. Mais nous ne sommes que des Grecs, des gens du Sud ! Et nous ne valons pas mieux à leurs yeux que les portugais ou les espagnols. L’Europe meurt de ce mépris des pays du nord contre les pays du sud. Le monde meurt de cette arrogance des puissants européens face aux petits peuples bordéliques et bruyants.

Je le redis ici, les mêmes causes entraînent les mêmes effets.

Le mépris de Versailles et la lâcheté de Munich entraînèrent la seconde guerre mondiale.

Et il serait injuste d’accuser la seule Allemagne qui tente, dans cette crise, de ne pas penser avec le poids de son propre passe, que ce soit son humiliation de Versailles ou son monstre froid de Munich.  Je ne jetterai jamais la pierre à cette nation qui a dû et su affronter son pire démon, le combattre et obtenir le pardon des nations.

Je ne jetterai pas la pierre à l’Allemagne qui a su intégrer l’Allemagne de l’Est au prix d’efforts collectifs énormes et globalement consentis.

Je jette la pierre à toute l’Europe, l’Europe des riches, qui n’a pas réagi assez tôt, n’a pas su dépasser ses intérêts nationaux pour une solution supranational. Elle avait l’occasion, grâce à la Grèce, de se forger une unité politique inconnue jusqu’alors.

Elle avait l’opportunité de faire front et corps, même pour un pays de « mangeurs d’oignons », comme l’écrivait si justement Christina.

Elle a raté son rendez vous avec l’histoire. Comme à Versailles, comme à Munich.

Mais elle ne mérite pas qu’une femme se jette d’un balcon par désespoir.

Vous devez cesser de nous mépriser, vous devez cesser de nous parler ainsi, vous devez cesser de nous aider d’une main, et de mettre en place un cordon sanitaire, de l’autre, au cas où… Au cas ou nous devrions sortir de l’euro. Un cordon sanitaire. Comme pour une épidémie.

Regardez-vous nous regarder. Et changez votre regard tant qu’il  est encore temps. Avec des encouragements, on va au bout du monde. Avec des coups de trique, on ne traverse même pas le coin de la rue. Changez ! Changez ! Et nous gagnerons… peut être… Ensemble.

Si vous ne changez pas, alors il y a de fortes chances qu’ensemble, tôt ou tard, nous perdions.


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4 Commentaires

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  2. Vous dîtes que « l’Allemagne a intégré l’Europe de l’Est ». Que s’il passé à l’époque ?
    Le Deutchmark est devenu la monnaie commune des deux Allemagne…. quel cadeau !
    Etant donné l’écart de productivité entre les deux régions de la nouvelle Allemagne, l’ex-Allemagne
    de l’Est a été ruiné. Les entreprises Ouest allemande ont acheté pour une bouchée de pain toutes les
    entreprises est-allemandes.
    Vous ne trouvez pas que cela ressemble étrangement au cas de la Grèce ?

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