De Le Pen à Sarkozy : une campagne pestilentielle 6

Par Miyazawa

Le Président Sortant et la famille Le Pen face à François Hollande

On pourra célébrer les phrases ciselées à nulles autres pareilles d’Henri Guaino, ce français qui sonne juste et ample. On pourra noter que l’UMP n’a rien perdu de son sens du spectacle et les images renvoyées du Parc Chanot sont parfaites, tant du point de vue du public que du point de vue de la scénographie. On pourra noter l’enthousiasme des militants, qui scandent le prénom  » Nicolas « , ce qu’ils ne faisaient pas en 2007. La machine est rodée, elle est ultra professionnelle, et dans ce domaine, le PS doit encore travailler un peu.

Mais une fois qu’on a dit cela, on n’a rien dit de ce qui fait l’essentiel de cette campagne, la tendance lourde : la pestilence.

Car voyez vous, en 48h, Brasillach est ressorti du cul de basses fosses de l’histoire, la viande hallal s’est invitée à table et Nicolas Sarkozy a tenu un discours unique sous la vie de la Vème république : jamais un leader de droite ne s’est à ce point montre ultra-réactionnaire.

Des mensonges de François Hollande à son irresponsabilité supposées, des » factions » pour parler des partis d’une grande démocratie a son rejet des corps intermédiaires, de son lien direct avec le peuple à son plaidoyer pour la famille traditionnelle, autrement dit hétérosexuelle, de son obsession du catastrophisme (  » nous avons évité la catastrophe, a-t-il dit à plusieurs reprises ), c’était Sarko Imperator, inquiétant, à la limite de l’accusation d’anti-France comme le notaient immédiatement  sur les réseaux plusieurs blogueurs,  une violence psychologique et verbale que n’ont pas compensé ses déclarations d’amour à la France et ses emprunts à son adversaire de 2007, Ségolène Royal, qui déjà, s’étaient débattue comme une belle diablesse pour exalter le meilleur quand Sarkozy 2007 exaltait déjà le pire. Tout se tient, le peuple de France, Aidez moi. Sarkozy a utilisé tous les registres sans pour autant faire oublier la tendance lourde, profonde, comme une ombre portée : la brutalité.

Pestilentiel, le message subliminal, qui induit une surenchère terrible de mots et d’idéologie. Car 24h avant, c’est le concurrent principal, qui retombait du côté ou il penche comme le disait Mitterrand : la valse à 3 temps avec le plus noir de notre histoire. Et quand Jean-Marie Le Pen lit des vers de Brasillach, on apprend que Sarkozy a déposé sur son bureau un livre de Céline. N’en déplaise à ces candidats à la primaire de droite, nous préfèrerons toujours Albert Camus, cité par François Hollande au Bourget.

Pestilentiel, ce climat volontairement entretenu  dans ce duel droite / extrême droite, avec le bâton et la carotte : la promesse d’une dose de proportionnelle aux prochaines législatives. Voilà de quoi s’assurer les voix du second tour.

Tout cela resterait formidablement classique si cela n’intervenait pas dans une période clé de l’histoire. Nous sommes dedans, nous la vivons, et nous  pressentons que nous sommes à la bascule, à la croisée des chemins, parce que nous vivons dedans, il n’en reste pas moins vrai que l’instant est crucial et qu’il conditionnera le siècle à venir. Et dans ce temps de crise profonde, économique, financière, écologique et psychologique, les mots utilisés par l’extrême droite et Nicolas Sarkozy prennent une résonnance particulière. L’époque les amplifie, les dramatise là ou nous devrions tous chercher la paix, la concorde civile, sociale, économique, écologique.

Le monde n’en peut plus de la guerre. Et pourtant, cette présidentielle française, s’emballe, depuis l’entrée en campagne de Sarkozy et la réaction virulente de Le Pen, cette campagne glisse vers la guerre. Sale. Sur des idées sales. Edgar Morin évoquait il y quelques jours un vichysme  rampant, une dégénérescence de la démocratie. Est-ce la démocratie qui est dégénérée ou bien ce serait-ce plutôt les deux candidats que nous observons depuis deux jours, avec un mélange d’effroi et de détermination à les défaire sévèrement en Mai prochain, comme on quitte ses oripeaux.

 


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