Nicolas Sarkozy ou la tentation de Venise ? 6

par Lautréamont.

Vaporetto à la fin de l'été, Venezia - © Razak

Épuisante. Stérile. Débilitante.

Voilà ce que m’inspire cette mise en scène à outrance de la candidature de Nicolas Sarkozy. Une infantilisation de nos cerveaux citoyens. Une castration pensée,calibrée, théorisée  de toute pensée contradictoire ou critique. Un flot d’images, de lieux communs, déversés sans recul, sans analyse, à brut,  par le robinet des chaînes tout info, un  débit gonflé encore par le suivisme des médias.

La com jusqu’a la nausée.

Mais passé l’écoeurement d’une choucroute à la chantilly, que  nous disent ces images ?

Que Nicolas  Sarkozy est à sec. Un arbre fatigué qui ne parvient plus à faire jaillir ses bourgeons et s’accroche, inconsciemment à ses doudous, tel un enfant angoissé.

Et le revoilà qui nous inflige à l’identique la visite matinale de Rungis avec un dispositif et des mots tout droit sortis de l’album Panini  de 2007. Et revoilà les louanges aux travailleurs qui se lèvent tôt. Ainsi que l’impression de vivre dans le film un Jour Sans Fin.

On le voit aussi à des détails qui ne trompent pas.

Son col roulé, d’abord, arboré ce samedi pour l’inauguration de son QG. Il ne vous rappelle rien, ce col roulé ? C’est pourtant celui qu’il portait au Mont St. Michel, lors de sa première visite de terrain qui avait suivi sa déclaration de candidature, fort brillante, à la porte de Versailles, en 2007.

Un col roulé de bon père tranquille, d’homme moderne stressé qui, le temps d’un week-end end, met sa vie sur  » pause ». 5 ans après, revoilà le col roulé, et le même air tranquille, dans le même ordre qu’il y a 5 ans. Une déclaration, un meeting, un col roulé. Un TOC en quelque sorte.

Et puis, il y a les objets qui meublent son bureau. Les CD de Johnny. Un livre de Céline. Son écrivain préféré.

Déjà en 2007, Il nous servait Céline. Il faut avoir déjeuné avec le ministre de l’intérieur qu’il était encore à l’époque pour comprendre, l’avoir entendu deviser sur Céline pour comprendre que cet homme n’aime ni la culture ni la littérature.

Ça n’est pas une tare, car cette génération a pris tant de temps pour avaler les fiches de l’ENA et devenir quelque chose ou quelqu’un avant 30 ans, qu’elle n’a pas eu le temps de lire, visiter les musées, se poser avec elle même devant un tableau de Raphaël, écouter un opéra ou simplement admirer les caryatides! Ça n’est pas une tare, non, mais ça n’est pas bien de vouloir faire croire le contraire.

Et revoilà Céline posé négligemment sur le bureau de notre Président.

On passera sur l’affiche de Jeanne d’arc, avec Ingrid Bergman dans le rôle titre.

C’est à se demander parfois si Ségolène Royal ne lui manque pas… Les référendums, la parole au peuple, son grand meeting prochain à Villepinte, Jeanne d’arc ?

Nous ferait-il une petite crise de mélancolie, même inconsciente ?

En tout cas, son attitude, la présence de ses objets montrent clairement, à son corps défendant peut être, qu’il tourne un peu à vide et peut être, en son for intérieur, qu’il n’y croit plus tout à fait lui même.

À sec, Nicolas Sarkozy aussi dans les idées. On l’a connu créatif, transgressif, décalé, mouvant, énergique. Aujourd’hui, cette énergie, cette inventivité semblent absentes de son discours, de ses mots, du regard. Ce regard un peu mort, un peu terne, sans éclat.

En 2007, ça pétillait, ça oeilladait, ça frémissait, ça colériquait. Aujourd’hui, il y a cette drôle de lassitude, comme une traînée d’ennui.. Comme un type qui dirait : bon, quand faut y aller, faut y aller. Comme un réflexe d’amour propre, de fierté, de survie aussi. Mais il ne se dégage pas grand chose, il ne reste pas grand chose de la puissance qui le caractérisait, cette énergie qui épuisait son monde, et pouvait en quelques mots, remettre les troupes à cheval, au galop et sous la mitraille. Aujourd’hui, Sarkozy ressemble plus à un général arthritique qui s’extrait à grand peine de sa tente, pour remonter en selle une dernière fois.

Même ses discours sentent le sépia. Comme si Henri Guaino lui même pressentait la gifle et ne trouvait plus la ressource ultime pour lâcher sa plume grandiloquente et belle.

Ou est » le petit français de sans mêlé« , le « j’ai changé » qui firent en grande partie la victoire de Sarkozy en 2007 ? Il n’y avait que violence et mécanique verbale lors de sa première intervention à Annecy. Il n’y avait que classicisme, exercice impose et vague à l’âme dans sa déclaration de candidature sur TF1. Étrange alchimie de ce coupe Sarko/Guaino si opposés en surface mais qui bat au même rythme profond.

Et puis il y a cette étrange affiche de campagne. Pourquoi la grande bleue  ? Pourquoi un visage de 3/4 ? Quel message ? Comme une bouteille à la mer ?

Il y a enfin ce qu’on sait peu de lui. Une profonde mélancolie, celle d’un homme qui s’ennuie très vite, se fatigue lui même de ses propres inquiétudes, un homme d’une profonde solitude qui a peu de goût pour le bonheur comme il l’avoue à ses intimes.

Peut être après tout à t il enfin trouve son bonheur. Carla, Julia. Une forme d’apaisement, et le  besoin de conquêtes devenu  soudainement dérisoire ?

Son équipe le sait peut être qui a compris qu’à ce manque d’appétit, il faut opposer le torrent d’images. C’est ce qu’elle nous offre, avec des relais médiatiques  complaisant. Chaque jour, un village Potemkine, des gens qui applaudissent, des élus qui disent du bien, des foules, des drapeaux. Autant de messages envoyés pour conjurer le sort… Et peut être… la tentation de Venise de Nicolas ?

Place Saint-Marc, Venezia - © Razak


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6 Commentaires

  1. Très franchement il me fatique tellement que je ne prends même plus la peine de l’écouter. Cela doit être une nouvelle maladie la sarkozyte aigüe ! J’attends par contre avec impatience l’intervention de François Hollande sur BFM demain et j’espère qu’une fois de plus il ne prononcera pas le nom honni ! Par contre je l’entends parler de l’avenir des jeunes dans l’éducation ; j’aimerais l’entendre parler des EVS ou AVS qui ont plus de 50 ans, sont handicapé(e)s et ont déjà 5 ans d’expérience et que l’on a mis dehors pour enployer des jeunes pour des contrats de 6 mois qu’ils ne font souvent pas car ce travail (mais si c’est un vrai travail) ne s’improvise pas. J’attends sa réponse sur ce point.

  2. Bonjour,

    Je trouve votre titre très « Juppéein » car c’est le titre d’un livre d’Alain Juppé « La tentation de Venise ». Il en a écrit un autre « Je ne mangerai plus de cerises en hiver ». Personnellement, j’aimerai que cet équipage, à l’affiche très marine, ne mange plus de cerises en Mai ; même si la saison est propice à la cueillette des jolis fruits rouges. Je préférerai que le peuple de France chante « le temps des cerises ». Bonne journée. Véronique.

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