Peuple contre élites : décryptage de la « sarkophrénie » 4

Par Saint-Simon

Nicolas Sarkozy dans "Looking for...". Capture d'écran Arte

Nicolas Sarkozy dans "Looking for...". Capture d'écran Arte

« De l’entre-soi, des élites politiques, économiques, administratives et syndicales, il ne sort que des compromis boiteux et de l’immobilisme (…). J’y ai beaucoup réfléchi, j’ai pu mesurer pendant cinq ans à quel point les corps intermédiaires font écran entre le peuple et le gouvernement ».

Ces formules de Nicolas Sarkozy, ébauchées lors de sa déclaration de candidature sur TF1, martelées lors de son premier meeting hier soir à Annecy, vont constituer, à défaut de la définition claire de la direction vers laquelle il veut conduire notre pays, le fil rouge de sa campagne jusqu’au 22 avril.

Passons d’abord sur la contradiction existante entre l’immobilisme regretté des cinq années écoulées où l’on décidait entre-soi – puisqu’il n’y avait pas de referendums –, et la proclamation sans cesse répétée que la France a profondément bougé sous sa présidence. Nous pourrions également nous étonner qu’il ait fallu cinq années à Nicolas Sarkozy, lui si réactif, pour s’apercevoir de ces blocages.

Le peuple contre les élites. Nicolas Sarkozy évidemment du côté du peuple. François Hollande, on s’en doute dans ce jeu de rôle imaginé par le président sortant, du côté des élites.

Cela mérite qu’on s’attarde sur cet axe affiché de campagne, tant il est nouveau, au moins en France, qu’un président sortant, par définition situé au sommet du pouvoir, s’en prenne aux élites, c’est-à-dire aux groupes dirigeants ou dominants de notre pays.

Ce positionnement de Nicolas Sarkozy, quasi-péronien, révèle ce que nous appellerons une « sarkophrénie », autrement dit une sorte de schizophrénie sarkozyenne.

Le président sortant, lorsqu’il fustige les élites à la tribune d’un meeting, croit dans les mots écrits par Henri Guaino. Il se vit, lui l’enfant de Neuilly d’un milieu aisé mais moins riches que le Neuilléen moyen, comme un fils du peuple qui a su conquérir le pouvoir contre les élites politiques en place. On connaît son mépris pour un certain nombre de professions symbolisant l’élite administrative (les ambassadeurs par exemple), sa tendance à enfreindre les protocoles empesés de la République. Il avait, en entrant à l’Elysée, la volonté réelle de secouer ce monde des décideurs de tous poils.

Si donc une part au moins de sincérité ne nous paraît pas pouvoir être mise en doute, il nous faut, parce qu’il est le président sortant et qu’il ne peut s’exonérer de son bilan, vérifier la mise en pratique de ces velléités populistes.

Sur la question du referendum, le constat est simple et limpide. Aucune consultation référendaire organisée en cinq ans alors que certains sujets s’y prêtaient de manière évidente : la réforme des retraites (puisqu’il avait dit lui-même qu’il n’avait pas mandat du peuple français pour la faire) ou le traité européen de Lisbonne (puisque le précédent referendum sur un traité européen avait été rejeté par ledit peuple français). La TVA sociale aurait également mérité une consultation populaire même s’il faut admettre que la proximité de l’élection présidentielle ne le permettait guère.

Pire que cela : Nicolas Sarkozy a fait adopter, en 2008, une réforme constitutionnelle permettant l’organisation de referendums d’initiative parlementaire avec le soutien d’un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Mais cette réforme n’est jamais entrée en vigueur car elle nécessite une loi pour en préciser les modalités d’organisation, loi que le gouvernement n’a jamais inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Au-delà de la question des référendums, c’est une évidence d’écrire que Nicolas Sarkozy n’a pas manifesté un attachement particulier à la démocratie participative chère à Ségolène Royal mais s’est plutôt signalé par un mode de décision solitaire.

Côté élites, ses rapports avec les milieux patronaux les plus influents de France sont tellement flagrants que nous avons presque scrupule à infliger à nos lecteurs ces quelques rappels sous forme de mots-flash que tout le monde comprendra : nuit du Fouquet’s, yacht de Bolloré, premier cercle des financeurs de sa campagne présidentielle de 2007, visites chez les Bettencourt, Arnaud Lagardère le frère, Martin Bouygues l’ami de toujours, bling-bling, etc…

Voilà toute la contradiction intrinsèque de Nicolas Sarkozy. Il se vit fils du peuple et transgressif par rapport aux élites traditionnelles politiques, administratives, et syndicales, et certainement l’est-il. Mais il admire et vit en promiscuité avec le monde de l’argent, du grand patronat et de la finance, alors que plus que jamais c’est ce monde-là, cette élite-là qui pèse directement ou indirectement le plus sur les grands choix politiques.

Cette « sarkophrénie », cette distorsion entre les mots (et la pensée ?) et la pratique, les Français la ressentent désormais profondément, presque instinctivement. C’est la grande faiblesse de Nicolas Sarkozy dans cette campagne.


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