A Rouen, François Hollande oppose l’espoir à la peur 2

Par RichardTrois

François Hollande à Rouen via Internet - Capture

A Rouen, François Hollande était ce mercredi dans sa ville natale, celle-là même où il a grandi. Les observateurs attendaient à cette occasion un discours personnel, de l’intime. Mais au plus de 10000 personnes réunies au Zénith et aux 7000 visiteurs sur internet, le candidat à la présidentielle a proposé le chemin du combat politique en posant les termes de l’affrontement avec Nicolas Sarkozy, le président-candidat qui au même moment déclarait sa candidature sur TF1.

Quel contraste avec ce discours du Bourget ! Ce grand discours républicain où François Hollande n’avait pas prononcé un mot sur Nicolas Sarkozy, tout posant les principes, la vision de sa présidence la République si opposée à la manière de faire du sortant à sortir.

Hier, François Hollande a donc fait front, très directement. Et on a retrouvé le François Hollande que l’on connait et que l’on apprécie. Sans se départir de son sérieux, François Hollande a dégainé son arme favorite, l’humour pour railler un président-candidat qui soudain par la grâce d’une interview sur TF1 allait devenir candidat-président. « Il s’est trompé pendant cinq ans mais justement ce sera son expérience ! Il a gouverné pendant cinq ans, il sait donc ce qu’il ne faut pas faire. Il connaît les erreurs à éviter, la preuve, c’est qu’il les a toutes commises (…) Il dira que si on a fait les choses à l’envers, et c’est vrai, il suffira de les mettre à l’endroit » a-t-il ainsi raillé un président qui au même moment confessait sur TF1 dans un drôle d’euphémisme « n’avoir pas tout réussi ».

Et François Hollande de citer François Mitterrand pour ramener Nicolas Sarkozy à son bilan « plutôt que de présenter sa candidature, il aurait mieux fait de présenter ses excuses ». Et le candidat socialiste d’expliquer : « Je ne sais pas si la formule vaut encore mais c’est vrai qu’il y aurait des excuses à formuler ! Car qui va mieux en France depuis cinq ans ? Les ouvriers ? Les employés ? Les agriculteurs ? Les chercheurs ? Les professeurs ? Les commerçants ? Les artisans ? Non, c’est un peuple très spécial, particulier, qui vit au-dessus du peuple, c’est le peuple des importants, des possédants, des dirigeants. Lui va mieux depuis cinq ans ».

Dans cette Normandie durement touchée, François Hollande a fait une place importante à la France industrielle à reconstruire, au pacte productif qu’il propose avant d’en revenir à l’essentiel de ce discours : « la campagne sera aussi celle des valeurs, dont le prochain président devra être l’incarnation et le garant ».

Et François Hollande de poser les termes de l’affrontement avec Nicolas Sarkozy sur ce terrain essentiel celui des valeurs. Face au tryptique de Nicolas Sarkozy décliné dans Le Figaro Magazine ce week-end, l’Autorité, le Travail, la Responsabilité, François Hollande entend gouverner en réhabilitant la Vérité, le Travail et la Justice.

Ces valeurs posées par François Hollande rassemblent la gauche tout en accablant l’adversaire, le sortant. « La République veut que le talent, l’effort, le risque soient récompensés. Mais où est le respect du travail quand trois millions de nos concitoyens sont au chômage ? Où est le respect du travail quand les plus jeunes sont condamnés à la précarité, faute de disposer d’un contrat à durée indéterminée ? Où est le respect du travail quand les revenus du capital sont moins imposés que les revenus du labeur ? Où est le respect du travail quand ceux qui ont commencé tôt leur vie professionnelle sont obligés d’attendre 62 ans pour partir à la retraite ? Où est le respect du travail quand les patrons du CAC 40 s’augmentent de 34 % pour une rémunération moyenne de 4 millions d’euros par an — 240 années de Smic — et quand les mêmes considèrent que relever le Smic serait prendre un risque pour l’économie elle-même ? » a ainsi posé François Hollande.

Et sont venus ces mots qui ne sont pas sans rappeler les fondamentaux de la campagne de Ségolène Royal là encore en opposition frontale avec les mots et le slogan tout neuf de Nicolas Sarkozy, la France Forte : « Ma troisième valeur, c’est la justice. L’âme de la République, c’est l’égalité. (…) Nous avons le devoir de faire que l’égalité entre tous les citoyens soit une égalité de droit, et aussi de responsabilité. Je veux une France solidaire, parce que je veux une France juste et une République forte. Je vais vous dire une chose toute simple, c’est que la France n’est forte que si elle est juste. Si elle n’est pas juste, c’est là qu’elle s’affaiblit, c’est là qu’elle s’amoindrit. »

Et c’est François Hollande lui-même qui le dit la bataille va « s’intensifier », « Je l’ai dit, je souhaite qu’il se situe à la bonne hauteur. Mais je sais par expérience que rien ne nous sera épargné. A moi-même, mais je suis résistant. A la Gauche, mais elle saura se rassembler. Aux Français eux-mêmes, qui peuvent se laisser parfois impressionner. Toutes les grandes élections présidentielles se résument souvent en une confrontation entre la peur et l’espoir. »

Le plus étonnant dans cette séquence est de voir l’inversion des rôles. Le Président-candidat improvise, se pose en challenger, essayant de faire de sa faiblesse dans l’opinion et dans les fait, une force. Nicolas Sarkozy, celui qui, de par sa fonction, son rôle devrait rassembler les Français, les divise, les fracture, les inquiète, joue même de la peur. De l’autre côté de cet affrontement à deux retrouvé en quelques jours, François Hollande principal candidat de l’opposition rassure. La proposition de changement François Hollande, loin du bruit et de la fureur, apparait comme un retour à l’essentiel de ce qui fait la France et la République, le visage serein d’une France que l’on a gardé en mémoire, que l’on désespère de retrouver.

Et François Hollande incarne plus que jamais cet espoir collectif que la France et la République retrouvent un chemin qu’elles n’auraient jamais dû quitter, celui qui ouvre le champ de la Justice et permet à toutes et tous une vie meilleure.


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