Stratégie de reconquête : Nicolas Sarkozy face à un immense obstacle 10

Par RichardTrois

Escalade à mains nues - cc Lastbeats

«  Du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Nicolas Sarkozy a donc choisi de faire de cet extrait de l’article 2 de la Constitution la ligne de force de sa stratégie de reconquête. Voilà donc le Sarkozy de 2012 contraint de reprendre les mots et les idées de Ségolène Royal celle-là même qu’il a combattue en 2007,  pour mettre en œuvre une stratégie de triangulation, strangulation à très haut risque (lire l’excellente analyse de Dante ici).

A très haut risque, pourquoi ? Après tout ce ne serait pas la première fois qu’un homme politique manœuvre ainsi sur la tranche pour prendre son adversaire à revers.

Pourtant le virage a tout de la sortie de vrille, de celle que l’on tente avant le crash final.
Cette manœuvre  serait déjà particulièrement dangereuse par beau temps. Mais le ciel n’est pas bleu pour Nicolas Sarkozy. Le candidat-président doit exécuter sa périlleuse manœuvre en plein ouragan, avec un équipage dont certains membres ont déjà enfilé le parachute, quand ils n’ont pas déjà quitté l’appareil.

Cette tornade que rien n’arrête, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui l’a fait monter. Il a tendu le ressort. Ainsi dans une interview accordée à L’Express, le candidat de 2007 conceptualisait ainsi sa rupture :
« Ma rupture, ce sera celle des promesses tenues, des engagements pris, de la confiance retrouvée entre le peuple et la parole publique. »

Il levait alors un immense espoir chez les Français de toutes conditions, de toutes origines. Et pourtant, et c’est là l’obstacle majeur auquel va devoir faire face le candidat Sarkozy, le quinquennat que nous venons de vivre n’est une longue succession de trahisons. Entendons nous bien, il ne s’agit pas seulement de promesses non tenues. Elles sont innombrables et le PS, qui a fait le travail de recensement, livre un pavé de 140 pages…

Non, il s’agit d’un sentiment profond, d’une blessure intime que ressentent les électeurs qui ont voté pour Nicolas Sarkozy et tous ceux qui ont crû à la sincérité des « engagements pris », qui ont accordé leur confiance.

Cet intense sentiment de trahison trouve sa source hautement symbolique le soir même de l’élection de Nicolas Sarkozy. Celui qui en appelle au peuple, aujourd’hui, a ce soir là préféré savourer sa victoire dans le confort de l’entre-soi. Au Fouquet’s en compagnie des milliardaires, des banquiers d’affaires, des publicitaires, des stars et des patrons du CAC40 qui l’ont porté au pouvoir, pendant que s’ennuyait déjà le peuple de droite rassemblé la place de la Concorde.

Ce peuple qui attendait la rupture, l’autre nom du changement, a découvert un Président, égocentrique, qui s’intéressait d’abord à son propre bonheur, à sa joie. Et il eut droit à « Carla et moi, c’est du sérieux » quand le petit Peuple réclamait l’attention pleine et entière du nouveau président. Et pourtant il n’eut droit qu’à une longue série de « Casse-toi pov’ con »…

Elu sur une promesse d’efficacité, de changement tangible essentiellement sur de l’augmentation des salaires et du niveau de vie, le « Président du Pouvoir d’Achat » est allé  là encore au-delà de la déception, sur le terrain de la trahison. La charge symbolique l’augmentation de 172% de son salaire aura autant compté que l’immobilisme de son gouvernement sur le terrain des salaires, de l’emploi. Pensez-donc aucun coup de pouce au SMIC en 5 ans quand les prix et les taxes en tout genre ce sont multipliées, plus de 20 nouvelles ponctions durant tout le quinquennat !

Le peuple auquel Nicolas Sarkozy veut rendre la parole risque fort de s’exprimer à la manière des ouvriers trahis de Gandrange, lesquels entendent encore et toujours les mots du Président en voyage de noces dans leur aciérie « Avec ou sans Mittal, l’Etat investira dans Gandrange ». Par une fin de non recevoir. Avec une violence symbolique à la hauteur du sentiment de trahison.

Gandrange : Plaque déposée par les salariés d'ArcelorMittal

Gandrange : Plaque déposée par les salariés d'ArcelorMittal - © Razak

Comment expliquer autrement que par cette violence prête à jaillir le fait Nicolas Sarkozy ne soit plus en position de rencontrer simplement les Français de tous les jours? Le fait que systématiquement, les services de l’Elysée fassent appel à des figurants, des militants UMP. Le fait que depuis les sifflets de Saint-Lô et la mutation d’office de son Préfêt, les hommes multiplient les cordes de police qui éloignent, isolent dans un manège qui transforme la France en immense village Potemkine. Très recemment encore « on s’est servi des enfants » à Lavaur, pour accueillir Sarkozy lors de sa visite créant la polémique.

Comment expliquer cette impossibilité de la rencontre avec le Peuple sinon par la violence de ces multiples trahisons qui se transforment aujourd’hui et dans tous les milieux en véritable détestation ?

Au final ces propositions de référendums, de « parole rendue au peuple » sonnent comme le pendant politique, constitutionnel de ce vrai-faux SMS adressé au peuple français :
« Si tu reviens, j’annule tout ».

Une dernière tentative, désespérée, de référendum avant la rupture, la vraie.

 


A Lire Aussi :

– Triangulation, strangulation : la stratégie de Sarkozy par Dante

– Sarkozy et la TVA Sociale : Courage, fuyons répond l’UMP  par Matrix

– Le Discours imaginaire de candidature de Nicolas Sarkozy  par Lautréamont

10 Commentaires

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  2. Selon le sénateur Raffarin dont c’était la « fête » aujourd’hui (france inter ce matin, fr5 ce soir  » c’est à dire ») Sarkozy commence sa campagne à droite pour progressivement « s’ouvrir au centre » donc un peu le contraire de ce qu’il a fait en 2007 où il a commencé avec Jaurès et ceux qui « se lèvent tôt » puis a orienté ses actions vers la droite.En tous cas, il utilisera tous les moyens même les pires pour reconquérir son électorat: il nous a habitués aux mensonges, aux reniements, aux promesses non tenues et il va encore se servir de ces tactiques tordues.Le combat sera acharné : il a tout à perdre:pouvoir,train de vie et profits élyséens et surtout…son immunité présidentielle (voir Chirac: le verdict a tardé mais, sait-on jamais?)

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