Grèce : « Vous nous abandonnez ! » 8

Par Christina d’Athènes

Acropole d'Athènes - cc LouisVolant

Au pied de l’Acropole, cette colline que le monde entier nous envie, les monuments de marbre, à la ligne parfaite, immuable, dominent une ville enfiévrée. Hier, la concierge m’a demandé, craintivement « Christina, c’est la guerre ? ».
La guerre ? Oui, on peut le penser. Les manifestations se succèdent, les pierres volent. Athènes de bruit et de fureur. Athènes étranglée par son élite. Athènes abandonnée de tous.

Oui, nous sommes les abandonnés.

D’une Europe qui n’a jamais vraiment voulu de nous. Qui nous a toujours regarde comme des mangeurs de fromage et d’oignons. Un peuple ? Quel peuple. À leurs yeux, nous ne sommes qu’une bande de paysans et d’éleveurs de brebis, dont certains ont pu sortir de leur crasse et construire des super tankers. Et si le monde entier nous envie Socrate et loue notre si belle civilisation, ça n’est pas de nous dont ils parlent, mais des livres d’histoire et de philosophie. Nous sommes désincarnés. Nous, les grecs modernes, machine à touristes et à îles paradisiaques.

Abandonnés par nos  gouvernants, la droite comme la gauche. Nous avons subi la botte des colonels et la médiocrité, la fraude, la voracité des gouvernants qui se sont succédés, des dynasties entières, qui se lèguent le pouvoir comme on transmet son champs d’oliviers.

Fraude, comptes maquillés, marchés douteux, services publics en coupe réglée, sur protection des plus puissants, système  » démerde toi  » des plus petits.  Ah oui, on peut nous épingler pour notre évasion fiscale, notre argent au noir et notre façon systématique de contourner les lois. Mais qui peut survivre sans cela dans un pays où depuis toujours l’argent va à l’armée et où le clientélisme et l’élitisme sont rois.

Abandonnés enfin par nous même. Oui, les grecs ont renoncé à redresser la tête, fatigués qu’ils sont d’être jugés, trahis, étouffés, par le FMI, l’Europe, les banques, les Etats.

Nous avons lancés tous les appels aux secours, depuis 2010. Nous avons alerté. Personne n’a voulu entendre. Tout le monde à ferme les yeux en se disant : après tout ça n’est que la Grèce. Tout est dans ce « que », cette humiliation quotidienne de tout ce que nous sommes de notre histoire de nos valeurs, de nos vies, tout simplement, une vie valant autant que la vie d’un allemand, d’un danois ou d’un espagnol.

Cette façon de nous traiter, de parler de nous, de nous imposer une purge dont tout le monde savait que nous ne pouvions y survivre, tout cela nous a amène à nous abandonner nous même, à ne plus nous respecter. À casser, à mettre le feu. À nous battre.

Athènes flambe… La jeunesse est en colère. Elle veut casser, casser, comme on tape sur un mur avec les poings de l’impuissance. Face à nous, les flics, les soldats, casqués mais qui derrière leur casque, pensent comme nous, vivent aussi mal que nous.

Un peuple abandonné à son désespoir. Vous serez comptable de la suite. Tous.

 

A Lire Aussi :

La Peau de la Grèce par Karine Berger sur Alternatives Economiques

– L’appel de Mikis Theodorakis : « Les banques ramèneront le fascisme en Europe ! » sur L’Humanité

Le Discours imaginaire de candidature de Nicolas Sarkozy par Lautréamont

8 Commentaires

  1. Ping : Karine Berger » Blog Archive » La Peau de la Grèce

  2. Ping : La Peau de la Grèce « gauche2012

  3. Ne croyez pas, Christina, que nous n’aimons pas la Grèce: au contraire, elle fait partie de nous-mêmes, car elle est notre source, celle du monde civilisé et de l’Europe. Accepter qu’elle meurt, c’est mourir nous-mêmes.
    Voir ce qui se passe nous déchire: sa situation, son dépeçage, l’inhumanité et la cruauté avec lesquelles on tente de détruire cette nation qui a inventé la démocratie, mis de « l’humanité » en chaque être, nous détruit tous car c’est notre mère, nos racines, la sagesse et l’héritage de notre civilisation, notre bonheur qu’on guillotine.
    Si elle meurt, alors l’Europe toute entière mourra.
    Il faut que le peuple grec nous interpelle, nous autres peuples d’Europe qui avons une histoire commune, un idéal commun depuis l’antiquité: la valeur de l’homme et ses infinies possibilités créatrices, enrichies par nos interactions, nos cousinages, nous sommes la même famille.
    Rassemblez vos indignations, vos douleurs. Criez-les sur tout le continent, faites appel aux démocrates. à la solidarité des Européens pour montrer votre dignité.
    Lancez une pétition européenne sur internet et dans les journaux, devant tous les Parlements, appelez-nous à l’aide morale et matérielle, nous les autres peuples, ainsi que nos medias, organisez spontanément dans vos sites magnifiques des pièces de théâtre, de la musique, des expos, des opéras pour crier la richesse de votre héritage: c’est le seul moyen pour la Grèce – et pour nous – de sortir de ce cauchemar et de ce meurtre apparemment méticuleusement organisé, comme le nôtre le sera.
    Nous sommes avec vous, nous sommes vous …

  4. Christina,

    Je jette les bases d’un livre sur la Grèce non pas pour parler de grands équilibres macro-économiques mais pour faire connaître à mes concitoyens la situation que vit la population grecque. Il s’agit donc pour moi, etpour aller vite de réaliser des portraits.
    Accepteriez-vous d’échanger avec moi, et/ou de me mettre en rapport avec d’autres personnes susceptibles de m’aider à faire connaître la réalité ?

  5. Hier samedi 18 février il y avait partout en France des rassemblements en solidarité avec le peuple grec . Je suis allée à Nice devant le Consulat avec le collectif 06 pour un audit citoyen de la dette.
    Je déplore le peu de mobilisation et l’absence des socialistes même pas signataires de l’appel.
    Ségolène Royal avait appelé à signer l’appel pour un audit citoyen de la dette.
    Cependant ni Désirs d’Avenir Ni le Parti Socialiste n’apparaissent dans les signataires .
    J’y suis allée en tant que citoyenne mais aussi socialiste. J’espère que prochainement les socialistes rejoindront le mouvement.

    Je salue la position d’Eva Joly pour une politique européenne face à la crise ,une union plus « fédérale » et « plus solidaire » elle a appelé à un nouveau traité européen, qui serait appelé « traité d’Athènes »: voila une proposition dans la campagne!
    Selon un sondage Ifop ( Sud-Ouest Dimanche) près d’un Français sur deux (49%) estime que la France pourrait connaître la même situation que la Grèce dans les prochains mois ou les prochaines années. Réagissons et essayons collectivement de trouver des solutions: Eva Joly a proposé « que la France abandonne les contrats de vente d’armement signés avec Athènes; que la Grèce elle-même augmente les coupes dans ses dépenses militaires, qui « restent trop élevées »; que la Suisse « fournisse les listes des citoyens grecs qui possèdent des comptes dans le pays ».
    renforcer la traque de la fraude fiscale des plus gros patrimoines en s’appuyant sur « les signes extérieurs de richesse » (voitures de luxe, maisons, yachts) et la lutte contre la corruption!

  6. Ping : De Versailles à Munich, la Grèce « Ze Rédac

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